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Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port, de Serge Valletti. Théâtre de l’Épée de Bois-Cartoucherie, Paris, du 9 au 21 mai 2017

« Pourquoi j'ai jeté ma grand-mère dans le vieux port » est l'un des rares textes autobiographiques de Serge Valletti où il raconte l'histoire de sa famille qui vécut pendant plus d'un siècle à Marseille. Dans cette épopée, peuplée de personnages typiques, l'écriture de Serge Valletti révèle une humanité pleine de pudeur, de secret et de bienveillance.


Extrait

Alors un jour d’août, au soleil d’un bateau avec mon père, on a jeté ma grand-mère dans l’eau du vieux port. Juste à l’entrée, quand on vient de la mer, près de la digue, devant le phare, avec trois roses que j’avais achetées sous le clocher des Accoules (…) En fait cette histoire-là, c’est une histoire pleine de restaurant, on ne parle que de restaurants, on a toujours parlé dans ma famille, que de restaurants, je ne sais pas pourquoi. C’est plein d’histoires incroyables, comme celle de ma mère qui pesait neuf cent grammes à la naissance, personne ne me croit, c’est pour dire (…) Tout simplement, parce que ma grand-mère vivant seule, au bout d’un certain temps, elle en a eu marre d’être seule, surtout à élever un enfant, et elle a connu un ouvrier marocain, que j’ai connu après, qu’on appelait Charles. Moi, je l’appelais tonton Charles en fait. Il s’appelait Mohamed et il a vécu avec ma grand-mère jusqu’à ce qu’il meure d’épuisement. En voilà un qui a travaillé toute sa vie comme un dingue (…) Ma grand-mère m’a raconté qu’ils s’étaient séparés. Elle et mon grand- père qui était né à Rome et que là-bas il avait une famille et que même il avait une grand-mère comtesse et qu’il avait des frères qui étaient généraux dans l’armée italienne (…) Dans le secrétaire de la rue Jean Martin, il y a un tiroir secret, il y a une lettre terrible, mais je ne sais pas s’il faut que j’en parle ou pas, parce que c’est quelque chose d’à la fois terrible et pourtant d’une beauté inouïe. Souvent, j’allais la regarder et je pleurais parce que pour moi, c’était le comble de quelque chose, mais je ne sais pas de quoi.

La fable

Les hommes ne sauraient rien d'eux mêmes si la littérature ne leur disait pas. Sciascia
Pourquoi j'ai jeté ma grand-mère dans le vieux port est l'un des rares textes autobiographiques de Serge Valletti où il raconte l'histoire de sa famille qui vécut pendant plus d'un siècle à Marseille, « ville monde », populaire, multiculturelle.
Dans cette épopée, peuplée de personnages typiques, l'écriture de Serge Valletti révèle une humanité pleine de pudeur, de secret et de bienveillance. Il pose sur les siens un regard tendre, innocent et lucide comme celui d'un enfant exigeant la vérité. L'humour, le rire, ne laissent place ni au cynisme, ni à la dérision. C'est un bonheur de partager cette langue agile, volubile, de se laisser embarquer par Patrice Verdeil dans cette galerie de personnages, dans cette jouissance du verbe. Étienne Pommeret

Un homme jette les cendres de sa grand-mère dans le Vieux-Port et tout à coup Dolorès apparaît. L’histoire simple d'une femme qui voulait se faire enterrer debout pour faire « chier » ses jambes toute l'éternité parce qu'elles l'avaient fait, elles, toute sa vie. De Louis, son mari, qui a quitté sa femme officiellement à cause du persil. De son fils, Alex, qui aurait pu être pape, et de son petit- fils qui aurait pu être fils de pape. De Mohamed, l'ouvrier marocain qu'on appelait tonton Charles.
Une véritable épopée peuplée de figures qui se croisent tout au long d'un récit cocasse à l'écriture limpide. Dolorès aurait pu être ma grand-mère. Quoi de plus excitant que de faire siennes les histoires intimes d'un autre que l'on n'a pas connu mais qui nous ressemble tant. Le rapport enthousiaste que je peux avoir avec ce texte ressemble à celui que l'on peut avoir lorsqu’on se rend au mariage d'un cousin que l'on n’a pas vu depuis longtemps. Ma démarche se rapproche de celle du conteur, raconter des histoires, pour que le théâtre ne soit pas un temple, mais juste un abri dans lequel défilent les images d'un paysage intime dont l'humanité nous rassemble tous. Patrice Verdeil

Serge Valletti, auteur

Serge Valletti, comédien et auteur de théâtre français est né en 1951 à Marseille.
Après sa première pièce Les Brosses en 1969, il n’a plus jamais arrêté d’écrire pour le Théâtre.
« Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port » rédigée en 1995 raconte un siècle de vies en une heure.

Portrait par Gilles Costaz (extrait)
Marseille : une « immense Ville-Théâtre », selon Valletti. C’est là que l’auteur du récit « Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port » – l’un de ses rares textes autobiographiques, où il conte, riant sous cape, comment il a jeté à la mer les cendres de son aïeule – est né. C’est là qu’il a puisé son inspiration, là qu’il a situé beaucoup de ses pièces, là qu’il a créé son langage de théâtre en donnant son propre rythme et sa propre syntaxe à la tchatche méridionale, là qu’il a fait ses premiers pas de musicien, d’acteur et d’auteur, là qu’il casse les règles du jeu dramatique pour écrire loin des moules traditionnels de la comédie. Valletti est marseillais, avec tout ce que cela implique : le sens de la galéjade, la parole toujours en expansion et dans le jeu de la contradiction, un sens de la vie embelli par l’infini des rivages et aussi corrodé par un certain mal de mer, l’affiliation innée à une culture méditerranéenne où les fureurs d’Aristophane sont aussi actuelles que les révoltes de la rue et des marchés phocéens d’aujourd’hui. (…)
L’une de ses spécialités, la captation de l’absurde contemporain, transposé dans un cadre méditerranéen, et cette gravité sans laquelle il n’y a pour Valletti ni comique ni hilarité. Car, avec lui, on rira toujours à gorge déployée ou serrée, mais à mille lieues de la facile rigolade méridionale. (…) On l’a souvent comparé à Pagnol et le rapprochement n’est pas infondé.

Distribution

Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port
De Serge Valletti
Adaptation Patrice Verdeil

Pour tout public à partir de 10 ans Durée : 1h10
Théâtre de l’Épée de Bois-Cartoucherie
Du 9 au 21 mai 2017
du mardi au samedi à 20h30, les samedis et dimanches à 16h

Mise en scène Étienne Pommeret
Avec Patrice Verdeil
Création lumière Thierry Gontier
Création son Grégoire Harrer
Création ombres Hélène Renaudin-Verdeil

En pratique
Théâtre de l’Épée de Bois-Cartoucherie - Route du Champs de Manœuvre 75012 Paris
Réservations: 01 48 08 39 74 / www.epeedebois.com
Tarifs : plein 20 € - réduit 15€ - enfant 10€
Accès : Ligne 1, arrêt Château de Vincennes. Navette : rendez-vous à la station de taxis de Château de Vincennes, circulation 1 heure avant et 1 heure après le spectacle jusqu’à minuit.


Pierre Aimar
Lundi 3 Avril 2017
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