Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Pierrot, de Pierre Pastre, Editions Illador

Ce roman à la première personne raconte l’histoire d’un enfant pauvre de Béziers. Il ressuscite avec humour et tendresse un monde aujourd’hui disparu : celui de la guerre et de l’après-guerre dans un milieu ouvrier.


Pierrot, de Pierre Pastre, Editions Illador
Pierrot est un gentil voyou qui paiera toutes ses « bêtises ». Nous explorons avec lui le chemin escarpé d’une forme de résilience. L’école apparaît accessoire, malgré les brimades ou les efforts des instituteurs, à ce jeune gamin des rues et des champs, qui échoue au certificat d’études, comme son ami. Le récit s’arrête quand il quitte son sud pour Paris où une autre vie commencera alors pour lui !

EDITIONS ILLADOR
34, rue du peintre Lebrun
78 000 Versailles
01 30 21 56 92
06 82 36 83 49
illador@hotmail.fr
www.editions-illador.com

Extraits

« Tout le temps que durèrent la guerre et ses restrictions alimentaires, mon père n’eut comme seule ressource pour nourrir sa fratrie que de monter au ravito. Il prenait des trains rares et bondés avec pour seul bagage sa musette et une valise, et pour passeport le livret de famille aux pages bien remplies ; huit enfants, ça meuble les feuillets et décrit les joies et les déveines d’une vie.
Il s’enfonçait dans les terres, l’Aveyron, le Cantal, la Lozère pour soutirer des provisions aux paysans. Il pointait jusque dans la Creuse. Il avait une adresse là-bas. De braves gens qu’il avait émus en leur parlant de notre condition. Il disait qu’en bas, au bord de la mer, on avait peut-être le soleil mais qu’on la sautait méchamment question alimentaire.
Et lui, bon père de famille française, il avait des voraces à nourrir qui attendaient son retour comme le messie. Dans certains villages il allait droit chez le curé pour se faire recommander auprès des familles compatissantes. De telles démarches devaient lui coûter, athée qu’il était, et qui fut à son heure enterré civilement. A croire que la faim est bonne conseillère. [...] »

« Gardienne laxiste de mes horaires, ma mère s’inquiétait de cette indépendance qui me voyait quitter la maison dès le départ de mon père au travail pour n’y revenir qu’à ses horaires. Ses départs et ses retours me trouvaient au garde-à-vous dans la cour, appliquant à la lettre le rituel du bonjour-au-revoir-Papa qui était le gage de l’enfant sage. Un soir, alors que ma mère venait me border dans mon lit, elle prononça une phrase qui allait mettre fi n à l’insouciance de ma jeune vie :
- Faudrait voir à commencer à apprendre. Elle avait ses phrases, ses dictons, ses marottes qui la plupart du temps restaient lettre morte.
-- Pourquoi tu veux que j’apprenne, Maman ?
- C’est pour ton bien, Pierrot, qu’elle me disait gentiment, si tu veux lire le journal comme ton père, ou l’heure, il te faut apprendre à lire et à compter, et pour cela, il te faut aller à l’école.
La barre n’était pas trop haute. L’heure, le journal, c’est le fondement du citoyen. Mais confusément, je sentais que lire, compter, m’entraînerait dans un ailleurs qui ne serait plus l’enfance mais le monde des autres, celui des adultes. Et leurs vies ne m’inspiraient pas. J’y voyais trop de servitudes, de tristesse, sinon de sérieux. Leur bonheur, si bonheur il y avait, était soumis à trop d’impondérables, comme celui d’être heureux à plusieurs… [...] »

Notes sur le livre

La principale référence reste Pagnol qui est évoqué plusieurs fois : certes Pierrot est davantage un voyou que le studieux Marcel de la Gloire de mon père, du Château de ma mère et du Temps des secrets. Mais Pierre Pastre nous régale d’un humour équivalent à celui de Pagnol, en nous faisant voir les choses à travers le regard naïf et ignorant d’un enfant, l’adulte ajoutant souvent son grain de sel. Il n’est guère de page où l’on ne sourie, quand on n’éclate pas de rire, à la lecture des remarques qui égaient et colorent sans cesse le récit. Parmi les passages les plus savoureux, citons le pêcheur de rivière qui devient un capitaine Achab d’eau douce, l’institutrice revêche qui, munie de son jonc et de ses banderilles, se mue en un toréador de l’enseignement , l’affaire Paméla dans laquelle les deux enfants jouent les apprentis médecins avec une petite Espagnole qui aime trop le chocolat, la chute épouvantable de l’histoire de l’oiseau que le narrateur prétend avoir sauvé…

Cependant Pierre Pastre a sa propre personnalité, et si son entreprise rappelle celle de Pagnol, son style souvent populaire et plein d’invention fait parfois penser à Céline. Cependant c’est un Céline sans hargne ni haine, un Céline bonhomme en quelque sorte, un Céline tout en rondeur ! Par exemple, le regard que l’enfant porte sur l’occupant allemand ou sur les immigrés espagnols est très nuancé finalement, puisque chaque fois l’expérience va effriter certains préjugés. Le passage où le narrateur raconte un acte de résistance inattendu, mais efficace selon lui, de l’enfant de sept ans qu’il était, est vraiment très drôle.

Le récit joue (toujours avec humour) la carte de la nostalgie et Pierre Pastre compare souvent l’époque de son enfance et celle d’aujourd’hui, ce qui lui permet d’égratigner avec bon sens un certain nombre d’absurdités contemporaines, issues en particulier de la fascination pour la psychanalyse, pour la psychologie mais aussi pour les spécialistes en tout genre. De ce point de vue, le compte rendu que l’enfant fait à sa mère de son entretien avec le psychiatre est un véritable morceau d’anthologie, qui crie haro sur la bêtise à visage docte ! Le lecteur appréciera particulièrement ce message de bon sens que nous délivre cet homme qui a vécu et qui –c’est le privilège de l’âge- peut se permettre de dire ce qu’il pense avec la plus grande liberté : voilà donc une pensée unique qui s’oppose justement à ce qu’on appelle la pensée unique.


Pierre Aimar
Jeudi 28 Avril 2011
Lu 1156 fois


Commentaires articles

1.Posté par denis pierre pastre le 12/02/2012 10:46
Je suis tombé par hasard sur cette publication ou puis-je trouver ce livre?
cordialement Denis PASTRE

2.Posté par pierre aimar le 12/02/2012 12:57
La réponse est dans l'article :
EDITIONS ILLADOR
34, rue du peintre Lebrun
78 000 Versailles
01 30 21 56 92
06 82 36 83 49
illador@hotmail.fr
www.editions-illador.com

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 27










Inscription à la newsletter