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Paris, galerie Larock-Granoff : exposition Jean Couty. Du 8 au 30 octobre 2008

Jean Couty est un des plus importants peintre de Lyon. Architecte et bâtisseur, le peintre a été subjugué par la coexistence des monuments romans et des grands chantiers contemporains. Ami de Tony Garnier, grand architecte de Lyon, Couty n'a eu de cesse de peindre la capitale des Gaules dans toutes ses contradictions.


Jean Couty, l’architecte, le peintre et le mystique

Que le rapprochement de ces trois mots ne surprenne pas. C’est le triptyque dans lequel nous apparaît Jean Couty, en ce que l’homme et son oeuvre en font l’unité et l’exceptionnelle richesse. Ce fils de maçons n’est pas seulement dans la tradition d’un métier, mais dans l’appel d’une vocation qui s’affirme auprès de deux maîtres prestigieux, Henri Focillon et Tony Garnier. Même s’il se désigne comme un “transfuge de l’architecture” il en est visiblement habité : en témoigne toute une partie de son oeuvre, de la tour de la Part-Dieu au chantier du Métro ou de l’auditorium, qui unit une facture puissante et, selon l’expression de Lydia Harambourg, un “fauvisme sonore” dominé par les rouges éclatants et les bruns sombres. C’est encore le regard de l’architecte qui fixe rigoureusement les volumes des façades romanes : ainsi celle de Ruffac ou de Notre Dame la Grande. Inspiré, c’est ce que fut Jean Couty, architecte et peintre. Au long de ses voyages il les a vu, ces cathédrales. Le mystère des êtres qui soutend une autre partie de son oeuvre, peut être la plus saisissante de vérité. Il me suffira d’évoquer à
cet égard une de ses toiles de 1939 la Solitude.
Mystère des engagements de foi, que Jean Couty décline en plusieurs tableaux, parmi les plus importants, avec un regard intérieur qui vise au fond des âmes. Bien loin du pari pascalien une foi sobre et robuste, à l’image du grand peintre qu’il est.
Gilbert Carrère

Les vues de Lyon : Couty Lugdunensis

Jean Couty fut le premier peintre lyonnais exposé par une grande galerie parisienne dès la fin de la guerre, en 1945. Pourtant, malgré de multiples sollicitations, il n’a jamais voulu s’installer dans la capitale, car il était viscéralement attaché à Lyon par toutes ses fibres.
L’instinct de l’artiste lui a permis de découvrir très tôt la magnificence colorée qui se cachait derrière la cité grise et brumeuse décrite dans Calixte et Ciel de suie.
Ses représentations du clocher de la Chapelle Sainte-Anne ont su donner à l’Île Barbe, qui n’était alors qu’un lieu de guinguettes, les couleurs de bijou archéologique que les lyonnais ont appris à redécouvrir. Les teintes vives de sa palette chaleureuse nous ont offert, de façon prémonitoire, l’atmosphère florentine qui allait bientôt transformer le Vieux Lyon, la Croix Rousse et les rives de la Saône. Bien avant “le Plan Lumière”, Couty avait deviné que le Lyon nocturne dont il nous a donné de multiples représentations étincellerait chaque soir de feux et d’éclairages renouvelés.
Quant aux travailleurs de la rue, aux grues et aux chantiers qui l’ont toujours fasciné, ils continuent à envahir la ville sur les quais, au Confluent, à Gerland ou dans ce 9e arrondissement qui, après avoir absorbé Saint Rambert, était devenu le sien. Où qu’il peigne à travers la France ou le monde, c’est toujours la vision lyonnaise qui inspirait ce grand artiste du XXe siècle, Couty de Lugdunum.
Régis Neyret

Les églises romanes

Couty bâtisseur. Tel est celui qui mit ses pas dans ceux de ses ancêtres maçons creusois, compagnons du tour de France. L’élève architecte, disciple d’Henri Focillon, devient le chantre d’une figuration lisible, apte à une révélation pour exalter les lois vivantes, identitaires de l’architecture romane, partagées par l’art moderne.
Peindre comme on construit. Par le trait et la couleur. Sur les routes, parti à la rencontre des églises romanes, Couty est confronté au mystère de la création. Les lignes de force, les rythmes construisent un monde formel appelé à la ferveur. Voilà confondus pour la gloire du royaume de Dieu et celui de l’humanité, la main et l’esprit en dialogue.
L’art roman c’est l’humanité écrit Jean Couty. Peintre et chrétien, rien ne peut se peindre sans cet appel aux forces vives tapies dans la réalité charnelle. Hiératiques, massives et éternelles, les églises romanes induisent notre regard du visible vers l’invisible. C’est le rôle dévolu à la peinture. Couty fait fi des querelles obsolètes entre abstraction et figuration, seulement guidé par sa quête d’une intériorité qui passe par une pâte amoureusement nourrie, une palette vive et contrastée d’un expressionnisme à l’unisson de l’ordre originel.
Couty, portraitiste des églises romanes, traduit et transpose l’harmonie de ce grand géomètre qu’est Dieu. Des dessins effectués sur place, aux toiles réalisées à l’atelier, il y a le temps de l’observation et celui de la réalisation pour dialoguer avec le sacré que Couty vivait au quotidien.
Lydia Harambourg
Historienne et critique d’art. Correspondante de l’Institut

Jean Couty et les Paysages

André Chouraqui, traduisant la Genèse, appelle Adam “le Glébeux”. C’est, à mon sens, le meilleur qualificatif que l’on puisse donner à Jean Couty. Il est l’homme de la terre et ce croyant fervent a l’intuition de l’incarnation.
Les cathédrales qu’il peint à longueur d’années, mais aussi les travaux des hommes, dans leur fatigue et leur déréliction, c’est pour lui l’incarnation la plus évidente. Et cette incarnation fonde les paysages qui parsèment son oeuvre. Curieusement ce mot de paysage évoque la paix, la douceur, bien plus que la violence ou la tragédie. Or Jean Couty traite le paysage comme il traite les cathédrales romanes, avec son sens de l’équilibre, de l’architecture, mais sans jamais oublier que ce calme précède la tempête. Et ce n’est pas par hasard que la plupart de ses paysages portent le poinçon d’un soleil que ne renierait pas Georges Rouault.
Ce n’est pas un hasard non plus si les paysages tirent Jean Couty vers l’abstraction.
Abstraction que ces glaces qui ponctuent la Saône devant l’Île Barbe, abstraction que ce paysage traversé par l’Isère avec le soleil qui ensanglante les coulées des nuages, abstraction encore lorsque des meules évoquent des chapelles romanes. Et c’est le génie de Jean Couty que de s’affranchir des écoles, de refuser de s’inscrire dans un genre, mais de s’y poser, comme au passage, avec toujours cette passion qui lui fait refuser la tiédeur et lancer sa voix en toute violence vers Dieu.
René Gachet
Directeur général honoraire des théâtres

Les portraits de Jean Couty

Les portraits de Jean Couty sont exemplaires dans la manière de conjuguer la spiritualité des êtres dans l’espace pictural. Influencé par Cézanne et Derain, l’artiste cultive la solidité des figures et la simplification des couleurs.
L’Autoportrait (1936), avec les aplats de rouge et les épais cernes noirs, révèle aussi plastiquement une filiation expressionniste. Jean Couty peint des portraits charpentés à partir de 1937 1. Dans le Repos de Famille (1937), les deux figures féminines monumentales définissent strictement l’espace de la chambre. Son profond sens de la religion catholique l’inspire dans des portraits collectifs. Il compose également des portraits des frères des écoles chrétiennes de Lyon dont il maçonne les robes de bure dans des tonalités brunes tranchant à peine sur le fond. Il trouve d’autres sources d’inspirations dans le cercle familial et chez les gens modestes, dont il apprécie l’humilité
Dans les portraits individuels familiaux - en buste ou assis -, Couty développe un style plastique construit,
intensifié par la palette de tons bruns (Le Père, 1936) ou de couleurs prononcées comme pour Fillette à la poupée, 1952. Ses portraits dessinés illustrent ses recherches de volumes dans l’espace : “suite normale de la construction d’une harmonie et d’une composition.” 3 La puissance de ses portraits et sa préoccupation sur les droits de l’individu face au collectivisme croissant du XXe siècle peuvent se rapprocher de ceux du peintre allemand Max Beckmann (1884-1950), mais emprunt d’humanisme et de spiritualité.
Sylvie Carlier
Conservateur du musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône

Jean Couty et les chantiers

En 1979, Jean Couty présentait ses ”Chantiers de ce temps” au musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Dans la préface du catalogue de l’exposition, René Déroudille rappelle que l’artiste a été l’élève de Tony Garnier, le visionnaire de la “Cité industrielle”. Autre rencontre importante, celle de Henri Focillon, professeur à l’université de Lyon et conservateur du Palais Saint-Pierre avant d’être appelé à la Sorbonne et au Collège de France. Il n’est pas indifférent que Couty ait été marqué par la leçon de l’historien qui avait renouvelé la vision de l’art roman, montrant de quelle manière le sculpteur se conformait à l’ordre fixé par l’architecte. Couty peintre sera lui aussi fasciné par la loi du cadre architectural. Héritage de ses ancêtres, maçons de la Creuse, dialogue avec les maîtres, Tony Garnier ou Focillon, l’architecture traverse ainsi l’oeuvre de Couty. Dans les églises romanes tout d’abord
à partir de 1949, mais aussi dans les chantiers parisiens et lyonnais des années 70. En cela, la poétique de Jean Couty fait penser à celle des Constructeurs de Fernand Léger, également fasciné par les matériaux modernes et les ouvriers, interprètes de ce nouvel urbanisme. Faut-il rappeler que Couty a vécu et peint à proximité de l’Île Barbe, à quelques pas des villas “conventuelles” que son maître Tony Garnier avait construites. De là, il pouvait également contempler les vestiges médiévaux de l’ancienne abbaye édifiée par Leidrade, évêque de Lyon et conseiller de Charlemagne.
Sylvie Ramond
Conservateur en chef du Patrimoine, Directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon

Un peintre témoin de son temps. Jean Couty, le témoin

Jean Couty, réaliste dans la tradition des Le Nain et de Courbet, n’a cessé de peindre en observant avec une tendresse rugueuse le monde dans lequel il vivait. Les paysages de l’Île Barbe d’abord, à portée de sa maison, soumis aux variations des saisons, la tribu familiale ensuite saisie dans ses assises patriarcales et les rituels quotidiens. Témoin de son temps, comme il a été souvent dit, Couty accueille l’histoire et s’y engage quand elle frappe à sa porte. Il a peint des travailleurs au chômage. Il décrit des scènes de l’Occupation et fait les portraits des écrivains résistants qu’il reçoit chez lui.
Mais la grande affaire de Couty, sa motivation essentielle, est une célébration charnelle du sacré sous toutes ses formes. Des sites bibliques aux rives de la Saône, des églises romanes aux chantiers urbains modernes, des natures mortes avec pain de ménage, bouteille de vin rouge ou chandelier humblement symbolique aux effigies du Pape, des moines, des soeurs hospitalières ou des filles de joie, tout, chez ce peintre sensuel, participe de la même substance liant grassement la terre et le ciel.
La ville de Lyon, sa ville de l’éternel retour, figure par excellence dans cette matière touchée par la grâce. Il y a de l’amour dans sa façon de témoigner pour elle, sa beauté sourde, les jalons de son passé, les fêtes qui l’illuminent, ses grands chantiers animés par des ouvriers casqués juchés sur des échafaudages qui profilent l’avenir.
Jean-Jacques Lerrant
Critique d’art

Pratique

EXPOSITIONdu 8 au 30 octobre 2008
Galerie Larock-Granoff - 13 quai de Conti - 75006 PARIS
Tél : 01 43 54 41 92 - www.jeancouty.fr


pierre aimar
Mardi 29 Juillet 2008
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