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Opéra de Monte-Carlo. Le retour d'Amica dans sa maison d'origine, par Christian Colombeau

L'Opéra de Monte-Carlo défend le vérisme contre vents et marées


Amica, un ouvrage de chef ?

Lucio Gallo et Amarilli Nizza © Opéra de Monte-Carlo
Lucio Gallo et Amarilli Nizza © Opéra de Monte-Carlo
Un peu d’histoire pour commencer. Pietro Mascagni, figure de proue du vérisme grâce à sa fulgurante Cavalleria Rusticana, offre, en 1905, son nouvel opéra au public de l'Opéra de Monte-Carlo.
Amica rencontre à sa création, placée sous la direction du compositeur himself, un immense succès. Tant auprès du public international, trié sur le volet, déjà très jet set, que de la critique.
La première italienne (sur un nouveau livret en italien) à Rome, deux mois plus tard sera plus tiède.

Cette tragédie domestique racontant la tragique rivalité amoureuse de deux frères pour une même femme, disparaitra ensuite des scènes lyriques.
Drame de la montagne, âpre et passionné, situé entre opéra et Septième Art, d’une durée comparable à celle d'un long métrage, histoire presque contemporaine dans sa violence et son évidente incommunicabilité entre les personnages, son scénario semble donc d’une éternelle actualité. Il l’est, mais à dose homéopathique. Avec sa psychologie primaire de l’éternel triangle amoureux on s’installe dans un confortable à-peu-près, entre Grand-Guignol et série télé du vingt-heures. Plane l’ombre aussi, indélébile, de la Wally de Catalani, par le lieu, le dénouement.
Mascagni finalement aura-t-il eu de la chance avec ses librettistes ? Le texte de L’Amico Fritz sera sévèrement jugé de « stupide » par Verdi, celui de Ratcliff de « tarabiscoté »…
La partition ? Une fois entendue, aussitôt oubliée. Un travail indéfendable ? Par moments oui… et non, car l’interlude d’une pâte toute cinématographique reste d’une belle facture, l’écriture, hybride, parfois paroxystique d’une drôlerie irrésistible. L’invention mélodique semble par contre fatiguée, paresseuse, monotone, comme à la recherche d’un temps définitivement perdu.

Il faut donc une foi en béton pour ressusciter cet ouvrage qui accumule tous les poncifs et clichés d’un genre qui trouvera avec Puccini son couronnement suprême.
Le mélo flamboyant proposé par Jean-Louis Grinda (le spectacle est coproduit avec Rome, Livourne et Rovigo) est une fois encore plus que séduisant, accrocheur, les lumières hollywoodiennes de Laurent Castaingt mettant au mieux en valeur et de manière fort délicate les décors plus vrais que nature dessinés par Rudy Sabounghi.
Hélas, vocalement, on déchante souvent. Mais de joyeuse manière. Dans le genre ça casse, mais ça passe, une belle leçon de théâtre « jusqu’au boutiste… » !
Empêtré dans un français cosmopolite, avec plus ou moins de bonheur car pas toujours dans la portée, le triangle amoureux formé par Amarilli Nizza (Amica), Enrique Ferrer et Lucio Gallo en frères rivaux, se jette dans la bataille avec conviction, pour ne pas toujours en sortir indemne. Du vérisme brut de décoffrage qui laisse quelques frissons… à placer où vous voulez.
Dans leurs brèves interventions, André Heyboer et Annie Vavrille, couple diabolique par qui tout le malheur arrive, n’eurent dès lors aucun mal à imposer une diction et une musicalité parfaites. Chœurs simplement parfait.
On l’a dit. Il ne faut pas être mécréant pour défendre cette partition.
Gianluigi Gelmetti se jette dans la bataille avec le courage d’un Maréchal d’Empire à Waterloo.

Voilà quelques clairs obscurs d’une indéniable poésie, un intermède très « grande page symphonique alla Cinecittà », des fusées orchestrales irisées des couleurs de la passion-conviction, çà et là un climat mystérieux de bon aloi…
Son solide sens de la construction dramatique faisant le reste…
Tour de force du Chef référent du Philharmonique Maison, nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Chapeau bas Maestro !
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Samedi 23 Mars 2013
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