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Opéra de Lyon : Un Siegfried décevant

Un spectacle où la splendeur musicale a fait heureusement oublier une mise en scène bien décevante


Mettre en scène la Tétralogie de Wagner est une entreprise difficile

où l’on voit les meilleurs se casser les dents. A Lyon, François Girard nous propose un « Siegfried » décevant. Il est rare en effet de voir une direction d’acteurs-chanteurs aussi inexistante : plantés sur scène comme des objets, les personnages restent le plus souvent figés ou, manifestement abandonnés à eux-mêmes, ébauchent quelques gestes convenus…Matthew Best, par ailleurs affligé d’une barbe ridicule, est un Voyageur d’un statisme éprouvant ; ses scènes avec Mime, avec Siegfried, avec Erda perdent ainsi en intensité et en vérité dramatique. Même Mime que nous avons connu plus vibrionnant passe une grande partie du premier acte enfoncé à mi-corps dans un trou qui est censé être sa forge…

Les meilleures idées sont ressassées à l’infini : le foyer de la forge, figuré par des mains ondulantes, reste identique pendant toute la fin du premier acte et le jeu de Stig Andersen, caressant indéfiniment les flammes est en complète contradiction avec le réalisme brutal de la musique. Qu’en est-il de ses coups de marteau sur le métal, pourtant notés dans la partition ? Et l’arbre généalogique où sont suspendus les ancêtres de Siegfied et un Walhalla déjà bien ébranlé devient vite très encombrant au cours des scènes…Et je ne suis pas convaincu que la figuration de l’ours par un acteur velu ou celle du dragon par une fragile pyramide d’acrobates soient de la meilleure venue…

Pour en terminer avec ces reproches, j’ajouterai que je n’ai apprécié ni les lumières ni les costumes : ce défilé de pyjamas blancs, cette anachronique robe de bal de Brunnhilde sont d’une grande banalité et n’ont qu’un lointain rapport avec le drame humain et philosophique que Wagner a voulu.

Gérard Korsten a été fidèle au grand compositeur

Fort heureusement, Gérard Korsten a été fidèle au grand compositeur, obtenant de l’orchestre de Lyon d’admirables sonorités, de magnifiques envols. Et, soutenus magistralement par les instruments, les chanteurs ont séduit les mélomanes les plus exigeants. Robert Künzli, Mime, Stig Andersen, Siegfried, Mette Ejsing, Erda, Susan Bullock, Brunnhilde soutiennent la comparaison avec les meilleurs interprètes que j’ai pu entendre jusqu’ici. C’est donc plus particulièrement pour cette qualité musicale qu’ il faut sans réserve, remercier l’audace et la réussite de l’Opéra de Lyon.
H.Pezelier

Les fervents de Wagner peuvent actuellement aller voir jusqu’au 20 janvier 2008 une très belle exposition à la Cité de la Musique de Paris : Richard Wagner : Visions d’artistes. De nombreux tableaux de Renoir, de Makart, de Fantin-Latour, de Hughes, de Max Ernst, de Salvador Dali et d’autres encore illustrent les grandes scènes de ses opéras. Pendant la visite, des audio-guides permettent d’entendre des extraits nombreux et variés des œuvres ; enfin l’influence de Wagner sur le cinéma est rappelée par la projection de fragments de films citant des pages symphoniques mémorables dans des contextes historiques et dramaturgiques très divers.
Henri Pezelier

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pierre aimar
Samedi 19 Janvier 2008
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