Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




"Ombre de couleur" de Martine DAMAS, à la Vitrine Régionale d'Art Contemporain, à Millau, du 28 avril au 24 juin

Une oeuvre emblématique des recherches de Martine Damas sur les rapports entre couleur, lumière, matière et perception.


Pierre Patrolin, écrivain et cinéaste, présente l'œuvre de Martine DAMAS :

"Ombre de couleur"  de Martine DAMAS, à la Vitrine Régionale d'Art Contemporain, à Millau, du 28 avril au 24 juin
« Le propos obstiné de Martine Damas était de concevoir et de réaliser des objets, avec la volonté de placer devant l’observateur quelque chose dont la matérialité consisterait entièrement dans la simultanéité possible de la forme et de la couleur. Elle tenait à affirmer que l’art lui paraissait naturellement constitué d’objets. Objets de matière, objets de perception, objets de pensée. Objets de couleurs puisque objets de réflexion.
Un reflet, donc. Une réverbération appréciée comme un objet. Quand elle déclarait : «La couleur, c’est une manière de donner de la matière à l’espace, de lui donner un corps, Martine Damas posait la question du volume, de la perception du volume, de la matière apparaissant en tant que volume d’un objet. La question de la sculpture en général, sinon celle de la vision du volume, interprétée à travers l’action ambiguë de la couleur: celle-ci peut soudain être considérée non pas comme une simple qualité superficielle, attribuée à un objet, mais plutôt comme un caractère immédiat de la perception du volume.
Une sensation produite conjointement par le sentiment de la masse apparente, le tracé de la forme, le modelé ou l’aspect épidermique de sa surface. Ou par son illusion.
Dans les ombres de couleurs, le volume semble être devenu une fonction de la couleur. Des couleurs. De deux ou trois couleurs, comme deux ou trois dimensions: la somme de deux lumières colorées, et, de part et d’autre d’un écran sans épaisseur, les deux composantes de ce flux lumineux. Jusqu’à l’apparition d’un objet sans densité, sinon sans matière. Dénué de densité, dans la mesure où celle-ci échappe à la vue. Un objet de couleurs, impondérable, sous l’aspect d’un simple effet de lumière, d’un feu d’artifice immobile ou d’une expérience d’éclairage visant à illustrer quelque principe d’optique élémentaire. La réelle vision d’un forme sans consistance, dans un espace sans dimension, une forme effectivement virtuelle, dont la couleur seule suffirait à définir le relief et à constituer le volume. Une pure illusion. Qui prétend démontrer que ce n’est pas la lumière qui projette une ombre sur l’objet, mais que c’est plutôt l’ombre qui confère à la forme son volume dans la lumière.
Une illusion, volontairement décomposée : Martine Damas avait l’obsession de soumettre la question des moyens utilisés, du savoir-faire ou du parti-pris, à
l’évidence du résultat. Une simple ombre, un papier découpé selon l’intuition de sa projection dans l’espace, deux lumières colorées suffisent à faire apparaître le
volume d’un objet sans substance, comme trois cercles de couleurs suffisent à peindre en trois dimensions.
Dans chacune de ses entreprises, l’exigence première reste que tout doit paraître simple, limpide, facile: chaque chose, chaque dispositif doit faire oublier la
complexité de sa mise en oeuvre. La technique peut être virtuose, ou d’une simplicité de funambule, l’important reste que la couleur, le volume, la profondeur soient offertes dans le sentiment d’une clarté lumineuse: une illusion doit d’abord savoir exprimer sa fragilité.
En s’appliquant ainsi à exposer ses propres artifices, à décomposer ses propres illusions, Martine Damas cherchait à partager une vision honnête de la couleur. Honnête c’est-à-dire aussi critique que généreuse. Et malicieuse : «la technique c’est surtout le moyen de rendre réel ce qui paraissait un peu impossible, sinon impensable. »

L'exposition sera visible à la V.R.A.C., Vitrine Régionale d'Art Contemporain,
du 28 avril au 24 juin, toute la journée, jusqu'à minuit.
La Vrac remercie chaleureusement Pierre Patrolin pour son implication dans ce projet, et ainsi que le Théâtre de la Maison du Peuple de Millau. Site : [www.la-vrac.com]urlblanck:http://www.la-vrac.com


Stéphane Got
Jeudi 26 Avril 2012
Lu 339 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 198










Inscription à la newsletter