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NOS IMAGES de Mathilde Monnier, Loïc Touzé et Tanguy Viel, KLAP (Maison pour la Danse), Marseille, 28-29 septembre 2012, par Philippe Oualid

NOS IMAGES, présenté sur la scène de la grande salle du KLAP, dans le cadre du douzième Festival Actoral, est une pièce drôle et subtile de Mathilde Monnier (directrice du Centre chorégraphique de Montpellier), créée en 2011 avec la complicité de Loïc Touzé et de Tanguy Viel.


Un conférencier, critique de cinéma (Tanguy Viel), installé devant un ordinateur, à l'avant-scène, nous parle des vertiges de l'oxymore dans La Mort aux trousses d'Hitchcock, et étudie la célèbre séquence du film qui nous montre Gary Grant mitraillé par un avion dans une grande plaine du Middle West. Au bout de quelques instants, le danseur Loïc Touzé l'interprète dans la langue des signes et cède la place à Mathilde Monnier qui reproduit la gestuelle de Nosferatu.

Le conférencier s'emploie ensuite à contester la liste des dix plus grands films de l'histoire du cinéma, établie par ses confrères, et nous déclare préférer Voyage en Italie à Citizen Kane, tandis que les danseurs valsent au ralenti en costumes pailletés, dans la pénombre, glissent, tourbillonnent avec élégance ou se figent dans des poses baroques. En revanche, lorsqu'il en vient à évoquer le mariage du cinéma et de la psychanalyse, Mathilde Monnier, en collant, cagoule et loup de velours noirs, reproduit le numéro de Musidora dans Les Vampires et se désarticule comme un pantin, tandis que Loïc Touzé multiplie les figures de la débilité mentale ou les grimaces de Belmondo imitant Michel Simon dans Pierrot Le Fou, au grand dam du critique qui perd le film de sa réflexion!

Enfin, lorsque le conférencier constate que les Américains n'ont pas de second degré, et les français aucun premier degré, le couple de danseurs en jeans, tee-shirt et baskets, multiplie les portés acrobatiques, les enlacements complexes, la danseuse s'accrochant éperdument au cow-boy qui braque les spectateurs, majeur, index et pouce tendus.

Au final, le questionnaire bidon des trois complices tourne en dérision un procédé galvaudé de magazine féminin ou d'émission de télévision et n'offre plus à la danse le soin d'accompagner ou de contredire le discours. Nous avons changé de registre et il y a là une sorte de concession peu flatteuse à la bêtise plaisante de "Voulez-vous gagner des millions?"

Quoiqu'il en soit, ce spectacle ironique séduit, en l'espace d'une heure, la plupart des cinéphiles : en effet, tous ceux qui lisaient les Cahiers du Cinéma et suivaient des cours d'analyse de films, à l'Université, à la fin des années soixante, ont retrouvé, grâce à Tanguy Viel, la saveur d'un exposé décousu que seuls de vieux danseurs, créateurs en danse contemporaine, ont su récupérer comme une image démodée de Rêve romantique.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Lundi 1 Octobre 2012
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