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Mozart, Idoménée, Opéra de Lyon, du 23 janvier au 6 février 2015

Les histoires sombres : telle est la prédilection du metteur en scène Martin Kušej.


Mozart, Idoménée, Opéra de Lyon, du 23 janvier au 6 février 2015
Il suffit de quelques regards de la part de ses personnages pour comprendre à quel point la situation est inextricable.
Dans l’univers de Kušej, les protagonistes ne s’agitent pas frénétiquement sur la scène, non. Ce qu’il préfère, c’est les montrer dans un état de stupéfaction. La vie est une lutte à l’encontre des limites qu’impose la société ou un ordre supérieur. L’individu s’élève contre elles, bien souvent en vain.

Le roi de Crète, Idoménée, est lui aussi habité par ce souhait : survivre.
C’est d’ailleurs ce qui le conduit, en pleine tempête, à jurer à Poséidon qu’il immolerait le premier être vivant qui se présenterait à lui arrivé sur le rivage s’il est sauvé.
Est-ce là son péché originel ? Le serment irréfléchi d’un souverain qui n’a cure du sort de ses sujets ? Ou sa faute réside-t-elle dans les prétextes fallacieux qu’il fournit pour ne pas sacrifier son fils, qui est le premier à venir à sa rencontre à son arrivée à terre ? Dans tous les cas, il est certain qu’Idoménée sera puni pour n’avoir pas satisfait à ce qu’on attend d’un bon souverain. Il a beau tenir tête au destin, il devra finalement s’avouer vaincu.
Dans l’un des adieux à la fois les plus insignifiants et les plus bouleversants de toute l’histoire de l’opéra, il quitte la scène, brisé, en prononçant les paroles « Ô Crète bénie, que je suis heureux ! », avant de renoncer à son trône en faveur de son fils Idamante.

Cet opéra composé pour le prince électeur Charles Théodore de Bavière à l’occasion du carnaval offre bien plus qu’une occasion de faire montre des talents de ce qui était le meilleur orchestre au monde à l’époque : il présente avant tout un aperçu des abîmes de la psyché d’une société prétendument bien rangée.
Le metteur en scène Martin Kušej s’est toujours méfié de la mince couche de civilisation.
C’est qu’elle se révèle bien souvent très fragile, comme c’est le cas dans Idoménée.
Membre de la minorité slovénophone d’Autriche, il a très tôt pris conscience des concepts d’appartenance à un groupe et d’identité, qui se définissent bien souvent par une démarcation volontaire. Lorsque Mozart a accepté de composer Idoménée, il espérait fortement décrocher le poste de compositeur de la cour de Munich.
Cette partition est donc en quelque sorte sa lettre de motivation, un document qui recèle la forme musicale la plus originale et la plus empreinte d’émotion qu’il ait écrit pour l’opéra.
On dit d’ailleurs que des années plus tard, il aurait éclaté en sanglots alors qu’il chantait quelques airs d’Idoménée avec des amis.

Mais point de situation pour Mozart à la cour de Charles Théodore à Munich. Pendant des années, son opéra a été considéré comme une œuvre mineure et n’a connu que peu de représentations. Il y a peu, le metteur en scène Hans Neuenfels, par exemple, en à fait une pièce antireligieuse qui a fait scandale à Berlin. D’autres mises en scène, quant à elles, mettent en exergue l’aspect de la parabole politique. Néanmoins, l’essence même de l’opéra reste inchangée : la confusion émotionnelle existentielle dont sont épris ses personnages face à un destin écrasant qui les dépasse. Et qui mieux que l’intrépide Martin Kušej, grand psychologue de la mise en scène, pour mettre au jour cette essence ténébreuse ? Uwe Friedrich

Pratique

Idomeneo, rè di Creta
Dramma per musica en trois actes, 1781
Livret de Giovanni Battista Varesco

Idoménée : Lothar Odinius
Idamante : Kate Aldrich
Ilia : Elena Galitskaya
Electre : Ingela Brimberg
Arbace : Julien Behr
La Voix de Neptune : Lukas Jakobski

Direction musicale : Gérard Korsten
Mise en scène : Martin Kušej
Collaboration artistique à la mise en scène : Herbert Stöger
Dramaturgie : Olaf Schmitt
Décors : Annette Murschetz
Costumes : Heide Kastler
Lumières : Reinhard Traub
Chef des Choeurs : Philip White
Orchestre, Choeurs et Maîtrise de l’Opéra de Lyon

Représentations :
janvier 2015
- Vendredi 23 20h
- Dimanche 25 16h
- Mardi 27 20h
- Jeudi 29 20h
- Samedi 31 20h
février 2015
- Lundi 2 20h
- Mercredi 4 20h
- Vendredi 6 20h

Opéra de Lyon
Place de la Comédie
69001 Lyon
+33 (0)4 72 00 45 00


Pierre Aimar
Mercredi 3 Décembre 2014
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