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Mangeront-ils ? de Victor Hugo, Mise en scène de Laurent Pelly, Théâtre de La Criée (Marseille), d u 12 au 15 Juin 2013, par Philippe Oualid

Sur l'Ile de Man (Mer d'Irlande), Lady Janet et Lord Slada, deux amants pourchassés par la Roi jaloux, ont trouvé asile dans un cloître où poussent des plantes vénéneuses. Ils s'aiment mais ils ont faim! Aïrolo, voleur vagabond, vient à leur secours au risque d'être pendu.


© Théâtre de la Criée, Marseille
© Théâtre de la Criée, Marseille
Le Roi , abusé dans sa superstition par la prédiction d'une sorcière centenaire agonisante, Zineb, selon laquelle il mourra juste après Aïrolo, se voit obligé de céder au chantage de ce dernier qui va utiliser le pouvoir acquis pour délivrer les amants et renverser le tyran.

Ecrit en 1867, pendant l'exil de Hugo à Guernesey, Mangeront-ils? fut publié après sa mort dans le Théâtre en Liberté, et joué pour la première fois à Bruxelles en 1907. C'est bien de liberté qu'il s'agit dans cette pièce où volent en éclat les normes dramatiques, et où de manière encore plus puissante que dans son théâtre romantique, l'écrivain allie le sublime au grotesque pour mettre en scène la révolte contre la tyrannie, celle-là même qu'incarne alors à Paris Napoléon III. Mais ce que nous disent aussi les alexandrins virtuoses de Hugo, c'est ce que lui-même appelle "la puissance des faibles".

Le talentueux directeur du Théâtre National de Toulouse, Laurent Pelly, met en scène et signe costumes et scénographie de cette comédie étonnante, peu connue du grand public, mais considérée par les connaisseurs comme la plus belle pièce de Hugo. Entre un muret en ruines et une grande voile de navire couverte de l'écriture de Victor Hugo, se déploie une forêt de joncs enchevêtrés d'où surgissent les personnages en pourpoints et hauts-de-chausse du XVIe siècle, et des archers en tenue militaire du XIVe siècle. Dans un climat de féerie qui nous fait naviguer entre farce, pamphlet politique, poème lyrique, propos philosophique sur la nature et mélodrame, dans cette veine anarchiste et libertaire qui est celle du vieil Hugo, des acteurs magnifiques déclament avec une virtuosité désinvolte, les alexandrins échevelés, destructurés, disloqués du poète, et affichent dans leur jeu cette alliance de sublime et de grotesque héritée de Shakespeare. Dans la bêtise burlesque, le Roi (Georges Bigot) et son majordome Mess Tityrus (Philippe Bérodot) rivalisent d'exubérance tandis que la sorcière Zineb (Charlotte Clemens) et le voleur Aïrolo (Jérôme Pouly, de la Comédie Française) prennent un malin plaisir à les défier avec virulence, et que les amants persécutés et affamés, Lord Slada (Cédric Leproust) et Lady Janet (Charlotte Dumartheray) se livrent à une fantasque pantomime.

Le public de la Criée fait un triomphe à ce spectacle remarquable qui met heureusement le texte en avant, et où la performance vocale des acteurs force l'admiration.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Jeudi 13 Juin 2013
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