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Made in Algeria, généalogie d’un territoire, exposition du 20 janvier au 2 mai 2016 au MuCEM J4, Marseille

Il s’agit de la première exposition d’envergure consacrée à la représentation d’un territoire, l’Algérie. Made in Algeria montre comment l’invention cartographique a accompagné la conquête de l’Algérie et sa description.


Le MuCEM © MuCEM
Le MuCEM © MuCEM
L’exposition réunit un ensemble de cartes, dessins, peintures, photographies, films et documents historiques ainsi que des œuvres d’artistes contemporains qui ont arpenté le territoire algérien. Près de 200 pièces sont présentées provenant des plus grands musées français et étrangers ainsi que des créations contemporaines inédites… Un ensemble de cartes originales, d’une qualité esthétique rare, est pour la première fois montré au public.

Made in Algeria, généalogie d’un territoire est une exposition dédiée à la cartographie et à son développement dont la conquête et l’expansion française en Algérie ont été le moteur. Au-delà de l’intérêt topographique et de la beauté esthétique des cartes présentées dans l’exposition, la nécessité de rendre compte de la généalogie de cette aventure et de la subjectivité politique qui s’y est inscrite s’imposait. L’espace blanc de la carte joua un rôle majeur quant à l’invention d’un territoire, de son orientation culturelle et du récit qui a été fait de lui. Ce dernier recouvrira longtemps la possibilité d’appréhender autrement le mode d’être et le passé des habitants de ce pays.

La guerre d’Algérie n’est pas le sujet de l’exposition. C’est ce qui s’est passé en amont de cette guerre qui est présenté. Made in Algeria, généalogie d’un territoire veut rendre compte par les images, la cartographie et les relevés de terrain, de ce long et singulier processus qu’a été, à dire vrai, l’impossible conquête de l’Algérie. Les conflits même résiduels n’y ont jamais cessé durant toute la période de la colonisation.

C’est une exposition dédiée à la représentation d’un pays et de sa terre, l’Algérie. Une tentative de mise à plat d’une aventure moderne qui a commencé il y a plus de deux siècles et dont les effets durent jusqu’à aujourd’hui : la fabrique coloniale d’un territoire.

Lorsque les Français débarquent à Sidi Ferruch en juin 1830, ils connaissent très mal le territoire de la Régence ottomane. Pour les Européens, seule compte la longue frange littorale. Ensuite, de la conquête d’Alger à la fin de la guerre contre Abd el-Kader, l’Algérie est le domaine des militaires. À mesure que l’armée d’Afrique conquiert le territoire algérien, l’imagerie ne va pas cesser de s’emparer des nombreuses expéditions façonnant une vision de ce territoire. Vision qui se développe par la suite, avec la forte symbolique des noms de lieux. Partout, et jusqu’à l’indépendance, vont se substituer aux noms autochtones des noms nouveaux donnés à des centres de colonisation ou à des villes algériennes rebaptisées. Ensuite, cette représentation se trouvera d’autres objectifs : comme le démontre Todd Shepard dans sa contribution au catalogue, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à 1962, les commentateurs vont décrire l’Algérie comme une terre d’expansion, une « frontière » censée revivifier la France. Ce pays a été durant plus d’un siècle un laboratoire majeur tant dans le domaine de l’agriculture, du tourisme, de l’architecture, des sciences et de la surveillance territoriale. Après l’indépendance, la construction de l’image du territoire algérien et d’une auto-représentation demeure un processus extrêmement complexe.

Cette exposition d’envergure inaugure une nouvelle histoire de la représentation de l’Algérie en France. Les œuvres contemporaines de l’exposition sont pour la plupart inédites. Elles sont de Louisa Babari, Mohammed Dib, Hassen Ferhani, Mostafa Goudjil, Katia Kameli, Mohamed Kouaci, Gaston Revel, Dalila Mahdjoub, Jason Oddy, Raphaëlle Paupert-Borne, Zineb Sedira, Ahmed Zir, Hellal Zoubir. Elles donnent existence à un autre récit de la conquête, elles participent d’un contrechamp, qui pourrait être celui du peuple algérien, tant la qualité du patrimoine exposé ne peut occulter la charge de ce qu’il a effacé.

Pratique



Pierre Aimar
Mardi 5 Janvier 2016
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