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Little Big Galerie se met (à) au Nu, Montmartre, Paris, jusqu'au 15 mars 2016

Avec Gilles Rigoulet, Philippe Bréson, Georges Saillard, Guilhem Senges, Ana Tornel, Isabelle Levistre, Clotilde Noblet, François Delebecque, Fabrice Malzieu.


Au cœur du Montmartre des artistes, la Little Big Galerie expose jusqu’au 15 mars des photographes contemporains réunis autour de la question du nu. On pourrait croire avoir déjà tout vu, ou presque, sur la capture photographique du corps nu, mais les artistes présentés ici nous livrent une vision onirique, hors du temps, et tout à fait originale de ce poncif du monde de l’art. Tous se rejoignent sur l’utilisation du noir et blanc, dotant les corps d’une sculpturalité toute particulière – ceux-ci se transforment en objets de contemplation, voire de sensation tant les effets de matière sont recherchés. Mais chaque artiste travaille selon des procédés techniques différents (Héliogravure, polaroid, sténopé, argentique ou numérique) créant des univers parallèles qu’on est invité à explorer.
Gilles Rigoulet expose des tirages d’après Polaroid 665, utilisant le négatif ou le positif dont il manipule la chimie et qui s’oxyde avec le temps… il scanne les positifs tous les 2 ans pour relater la transformation du polaroid et des corps qui disparaissent au fur et à mesure sur l’original.. On peut observer cette mutation sur 2 nus masculins exposés ici.
Une note de couleur à l’étage avec les polaroids originaux de Clotilde Noblet.

Georges Saillard, inspiré par Walden et la vie dans la nature, a photographié une créature de rêve, encore plus douce, plus pure grâce à la technique de l’héliogravure, procédé ancien du XVIII e siecle permettant le transfert d’une image photographique sur une plaque de cuivre par l’intermédiaire de gélatine photosensible. Ce procédé non tramé permet de traduire avec subtilité les nuances des dégradés de gris du cliché original à travers un grain extrêmement fin, et de produire des tirages sur papier coton de toute beauté.
Philippe Bréson préfère quant à lui travailler les négatifs au corps. Il les lacère, les troue, les contraint, livrant ainsi des corps féminins scarifiés mais sublimés. Suivant la transgression des limites incitées par Georges Bataille, Bréson redéfinit les corps au travers des négatifs mêmes. Car cet artiste voit une « analogie entre la peau et la pellicule. Deux surfaces sensibles s’il en est, fragiles et délicates. » La manipulation des négatifs crée alors des anatomies fantasmagoriques qu’on se plaît à éprouver, donnant à réfléchir sur le caractère d’objet, de fétiche que le corps de la femme peut revêtir.

On trouve également exposées les photographies de François Delebecque, troisième photographe à être reçu à la Villa Médicis, en 1984. Ses nus féminins – lui-même fait quelques apparitions dénudées – sont souvent placés dans une Nature sauvage, ou sommairement domestiquée, comme c’est le cas avec La Cabane, confrontant ainsi notre essence et notre civilisation. En regardant son œuvre, on se surprend à rêver de retrouver une nudité primaire dans une Nature mère, loin de la ville.

On pourrait enfin évoquer, parmi les nombreux photographes exposés, le travail d’Isabelle Levistre qui, par surimpressions et tirages au charbon, met au jour un univers onirique et empreint d’une grande sensibilité, où le corps parle un langage poétique. Levistre aime jouer avec les effets de matière en proposant la création de petites boîtes, à l’intérieur desquelles sont coulées des photos dans de la résine. La photographie devient ainsi un objet à part entière, au toucher lisse et plein, que l’on peut conserver comme un petit trésor.
La Little Big Galerie réussit le pari d’exposer un grand nombre d’œuvres dans son espace pourtant réduit, typique des demeures montmartroises. On comprend ainsi mieux son nom : si elle est petite, sa grandeur est prouvée par la qualité et la diversité des artistes qu’elle présente. C’est au 45 rue Lepic, à deux pas de l’ancienne demeure du frère de Van Gogh, que l’on peut venir explorer l’un des derniers lieux authentiques de la création parisienne du XXème siècle. Cette adresse abrite un ensemble d’ateliers réunis autour d’un passage couvert, qui reste peu connu afin d’en préserver le calme et l’authenticité.
Irène Cavallaro, Constance Lequesne

Pratique

Little Big Galerie
45 rue Lepic
75018 Paris
tel 01 42 52 81 25
littlebiggalerie@beall.fr



Pierre Aimar
Jeudi 18 Février 2016
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