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Linda di Chamounix : c’est dur une messe quand on n’a pas la foi…, Opéra de Toulon, la critique de Chirstian Colombeau

Il y a un peu de tout dans cet opéra rare de Donizetti : une histoire qui ressemble étrangement à celle de La Somnanbule ou des Puritains (l’héroïne retrouve la raison aux notes ultimes), une partition mineure pour ceux qui ne l’aiment pas ou veulent l’ignorer, un chef-d’œuvre méconnu pour mélomanes avertis… telle une auberge espagnole, pardon, viennoise à la création en 1842, où une chatte ne reconnaîtrait pas ses petits.


Quand la malchance s'abat sur une production ...

© Fréderic Stephan
© Fréderic Stephan
Opera semiseria en trois actes sur un livret à l’eau de rose de Gaetano Rossi, Donizetti nous présente Linda, jeune savoyarde, aimée du roturier Carlo et du ci-devant libertin Marquis de Boisfleury. Carlo doit épouser un riche parti et Linda dont on cherche finalement à protéger la vertu, en perd la raison. Revenu dans ses alpages aux neiges éternelles, Carlo refuse la riche héritière et, évoquant le passé, rend la raison à Linda. Les jeunes gens s'épousent aussitôt. Prière de ne pas rire ! Du Barbara Cartland de sous-préfecture !!
Ne soyons pas difficile ou moqueur, on a vu pire… D’autant que la musique, elle, oscille entre un adroit copier-coller de tout ce que l’on a entendu chez le Maître de Bergame avec un je ne sais quoi, ci et là, de réjouissant, entraînant et novateur.

Pas de bol vraiment pour l’Opéra de Toulon, qui, pour ressusciter l’ouvrage, a joué de malchance, avec coup sur coup, trois annulations dans les rôles principaux. Une création in loco qui s’est faite, on l’imagine sans peine, dans la douleur.

Nous commencerons par le moins pire. Dans le rôle titre Majella Cullagh porte le spectacle sur ses épaules. Avec dans le genre, ça casse mais ça passe, quelque chose de sympathique. Ce grand rôle de soprano colorature lui permet quelques belles sonorités mais hélas des roucoulades flottantes et aussi un aigu difficile.
Jolie composition de Stella Grigorian, en Pierotto charnel et expressif, convaincant, convaincu. Isabelle Vernet (Maddalena) s’ennuie, chante bas et nous ennuie.
Avec le cast masculin le malaise s’installe. Rien à sauver des prestations douteuses et douloureuses de Giorgio Casciarri (la ressemblance avec son ténor de compatriote Sabbatini s’arrête là) prototype et caricature à l’extrême du ténor italien. La scuola del mugito et del mal canto à son apogée !
Pas toujours dans la portée également, l’inénarrable Préfet de Luigi de Donato. Une plaisanterie cette basse (?) qui trébuche sur un mi ?
Roberto Servile, estimable baryton voici vingt-cinq ans, ne devrait plus paraître sur scène. La gestuelle et la voix, usées jusqu’à la trame, accusent tristesse et désolation.
Et Donizetti dans tout cela ? L’élégant Steuart Bedfort y croit dur comme fer et dirige sa partition avec flamme, sans trop de guimauve, mouille sa chemise comme pas deux et sauve tant bien que mal le spectacle. A la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Toulon il arrive à dynamiser les scènes du Marquis de Boisfleury (nous avons déjà oublié son nom) tirant le tout sans aucune vulgarité dans la veine d’un sous produit de Don Pasquale.
La mise en espace sobre de Jean-Philippe Delavaut et les lumières de Marc-Antoine Vellutini arriveraient tant bien que mal à nous faire prendre Linda di Chamounix pour un chef-d’œuvre. Mais Dieu, c’est dur une messe quand on n’a pas la foi…


Christian Colombeau
Lundi 28 Mars 2011
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