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Lieux Saints Partagés. Exposition au MuCem (Esplanade du J4), Marseille, du 29 avril au 31 août 2015

La nouvelle exposition temporaire du MuCem, réalisée par l'anthropologue Donigi Albera assisté de Manoël Pénicaud et d'Isabelle Marquette, porte à la connaissance du public un phénomène très présent en Méditerranée : le partage des lieux saints,


Abraham lavant les pieds aux trois anges, Émile Levy, Paris, 1854, huile sur toile, 113 x 145,5 cm, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris. © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN - Grand Palais / image Beaux-arts de Paris
Abraham lavant les pieds aux trois anges, Émile Levy, Paris, 1854, huile sur toile, 113 x 145,5 cm, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris. © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN - Grand Palais / image Beaux-arts de Paris
la fréquentation des mêmes sanctuaires par des fidèles de religions différentes, et par conséquent, l'interpénétration des traditions et des cultes qui s'exprime de façon discrète et silencieuse, tout au long des siècles, derrière le tumulte des croisades et des guerres de Religion.

On s'aperçoit ainsi que les croisements entre musulmans, juifs et chrétiens, ont survécu aux secousses de l'histoire et se prolongent dans le présent. En commençant le pèlerinage par la représentation d'Abraham, père des peuples, le caveau des patriarches, le tombeau de Rachel à Bethléem, les prophètes Elie, au mont Carmel, Moïse ou Muhammad au mont Sinaï, on découvre des sites où le partage est parfois antagoniste. . .

On peut suivre ensuite les doubles dévotions dont Marie fait l'objet, à la fois chrétienne et musulmane, avant d'aller à la rencontre des saints du Maghreb qui ont généré des croisements interconfessionnels parce qu'ils remplissent des fonctions thaumaturgiques, ou permettent d'obtenir une baraka, une grâce divine. Quelques détours permettent enfin d'écouter des figures singulières, de grands islamologues qui opèrent en tant que témoins et passeurs, comme par exemple le Chevalier d'Arvieux au XVIIe siècle ou Louis Massignon, au XXe siècle.

On se rend compte alors que la posture théologique des religions monothéistes nous présente constamment une spécialisation des croyances en un seul répondant, Dieu, et comme horizon maximal d'attente, la récompense finale dans l'au-delà. Que l'institution religieuse, par ailleurs, sélectionne des énoncés, leur donne la forme d'une doctrine, les organise en pratiques autorisées dont elle a le contrôle. Tandis que les sanctuaires ambigus qui font l'objet de dévotions partagées, par delà les frontières religieuses, tendent des passerelles, renvoient à des modalités douces de transfert d'une religion à l'autre, et deviennent ainsi des palimpsestes où les écritures précédentes malgré tout demeurent.
Bousculant les certitudes, déconstruisant les préjugés, cette intéressante exposition nourrie de documentaires vidéos, nous propose une immersion au cœur des lieux saints partagés à Jérusalem, en Syrie, en Tunisie (à Djerba), sur l'île de Lampedusa, à Notre-Dame d'Afrique ou à Notre-Dame de la Garde, et donne une image généreuse et tolérante du paysage religieux en Méditerranée.
Le catalogue remarquable, et indispensable, réalisé par des chercheurs de différentes disciplines, reproduit tableaux, photos, gravures des principales pièces exposées. Edité par Actes Sud, il est en vente à la librairie du Mucem, au prix de 32 euros.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mercredi 29 Avril 2015
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