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Les Ballets de Monte-Carlo décapent " Casse-Noisette ", par Christian Colombeau

Jean-Christophe Maillot ose tout et sort vainqueur


Un spectacle onirique, irisé, toubillonnant

© DR
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Et Vlan ! Du balai ! Ames éthérées s'abstenir ! Avec sa version du plus " ragnagna " des ballets de Tchaikovsky, le Directeur de la Danse vient de donner un salutaire coup de pied dans la fourmilière et signe un spectacle onirique, irisé, tourbillonnant, revigorant pour les générations à venir.
Il est d'abord sur et certain que ce pauvre E.T.A. Hoffmann a du se retourner dans sa tombe (ou peut-être s'est-il remis à l'endroit ?!) en voyant son livret non pas trahi, mais transposé dans le monde de la danse avec ses rivalités, ses luttes, ses joies, ses peines, bref un univers ouvert à toutes les possibilités, les défis.
Telle une autobiographie de la Compagnie monégasque avec clin d'oeil sympathique aux anciens : Kaplan, Lagerfeld, Pingnon-Ernest, Laine...
Heureusement le conte de Noël traditionnel, sa magie, ses effets, est sauvegardé, pour le bonheur des petits et des grands. Confettis, serpentins ou autres gadgets apportant en prime une note de liesse populaire finale très étudiée...
Vous l'avez compris : dans cette spirituelle transposition, le monde enfantin et ses enchantements sont sauvegardés, les costumes de Philippe Guillotel et la scénographie efficace d'Alain Lagarde apportant une touche de poésie réaliste indiscutable.
Casse-Noisette continuera donc toujours de remplir nos vies d'une magie essentielle en cette période de l'année. Une magie qui, trop souvent, semble hélas de plus en plus nous échapper...
Bien sûr, les personnages sont eux-aussi bousculés. Point de Tonton Drosselmeyer, mais une Fée du même nom, à mi-chemin entre Jean Harlow et Botticelli, qui offre non le traditionnel brise oléagineux, mais un nouveau chorégraphe dans sa bulle de savon !
Ca va donc chauffer dans les loges, sur scène, la bataille des jouets se transformant en une rivalité de gangs, alla West Side Story !
Les " divertissements ", qui constituent l'ossature même de la seconde partie sont riches en émotions fortes. Le Pays des Bonbons, la contrée enchantée du Confiturembourg, permettra toutes les audaces. Comme celles de vouloir créer pour toute Compagnie qui se respecte les piliers du répertoire entre cirque, guignol ou le classique Pas de deux, sur la musique la plus inspirée d'un Piotr-Illitch en état de grâce...
Olga Sminorva et Artem Ovcharenko n'en font qu'une bouchée : magie des corps, complice sensualité, technique intemporelle... Le Bolchoï dans tous ses états...
Le reste de la troupe ne démérite pas : saisissantes compositions d'Alvaro Prieto et Mimoza Koike en parents presque tortionnaires de leurs rejetons, Anjara Ballesteros d'une douceur juvénile touchante, et Lucien Postlewaite d'une force masculine étonnante.
Impossible de les citer tous, mais Stephan Bourgond dans le rôle titre (enfin ce qu'il en reste pour les atrabilaires puristes) et Marianna Barabàs en Fée hollywoodienne sont parfaits, simplement parfaits.
Pour tous, " Gestes, pas, attitudes sombres ou gaies, renouvellent l'idée même du ballet dans une délicate impression d'harmonie atemporelle et de classicisme " comme disait... on ne sait plus qui...
Dans la fosse, Nicolas Brochot connait sa partition par coeur et tient à le faire savoir. Jamais les féériques pages de Tchaikovsky ne furent si excellemment exaltées. Le Maestro tire du Philharmonique de Monte-Carlo des gerbes musicales suaves et colorées, des fusées orchestrales magiques, comme dans un kaléidoscope orchestral. Inouï !
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Mercredi 6 Janvier 2016
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