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Le Stabat Mater de Rossini ouvre la saison du Philharmonique de Monte-Carlo. Par Christian Colombeau

La musique sacrée d'un sacré Rossini


La piété heureuse du Cygne de Pesaro

Le Stabat Mater de Rossini ouvre la saison du Philharmonique de Monte-Carlo. Par Christian Colombeau
Quel diable d'homme ce Rossini ! Qu'est-ce qui a bien pu le pousser, lui, bon vivant, libertin comme pas deux, à composer un Stabat Mater ? Eh bien, c'est l'Archidiacre de Madrid, Don Varela, qui lui en arracha la promesse, et cette composition interrompue un temps par la maladie et d'innombrables tracasseries juridiques, s'étala sur près de dix ans.
Bref, notre "Signor Vacarmi", comme on se plaisait alors à le surnommer, composa bel et bien un Stabat, mais à sa manière, certains diront de façon théâtrale, mais avec toutefois le charme, la verve, les rythmes bondissants et le style très reconnaissable que chacun lui connaît, ne serait-ce que par le célébrissime Barbiere... Si le langage choisit par Rossini n'obéit pas à l'idéal de sévérité et de dignité du choral luthérien, le compositeur prouve toutefois son allégeance au style ecclésiastique par l'emploi d'une double fugue à l'écriture très savante dans les pages ultimes de l'oeuvre.

C'est sous cet éclairage scénique et animé de l'ardeur amoureuse d'un Almaviva que l'on a pu redécouvrir cette oeuvre sous la direction de Gian-Luigi Gelmetti, dont la première phrase musicale constituait en elle-même un lever de rideau.
Dès les premières notes, le théâtre était là, devant nous : rien d'étonnant alors à y voir apparaître Celso Albelo (hier encore sublime Arnold dans Guillaume Tell à Garnier) pour attaquer son grand air de séducteur et exprimer ainsi... la souffrance de la Vierge au pied de la Croix !
Ne nous y trompons pas. Gelmetti sait aussi transformer cette partition très " typée" en une grande page religieuse, tout simplement en l'abordant, quand il le faut, d'une manière très intérieure, plus recueillie, plus lente aussi, en atténuant le côté bondissant du rythme, notamment dans l'introduction instrumentale du Cujus animan ou du Qui est homo.

Pleine de douceur, teintée de panache, la direction de l'actuel Directeur Artistique et Musical du Philharmonique de Monte-Carlo trouve un joli équilibre entre piété heureuse et imagerie saint-sulpicienne.
Après une semaine d'enfer et de stress obligé, sur les rotules suite à la tournée programmée de longue date en Roumanie, on apprécie encore plus le métier, le sérieux, la probité de la phalange monégasque. Infinie délicatesse et douceur des alti, paradisiaques, timbales dantesques ou ces cuivres d'apothéose apocalyptique...
Grâce aussi à un quatuor de solistes touchant au sublime, transfigurant, dans un poignant recueillement, le quatuor du Sancta Mater, comme pour mieux nous ouvrir les portes de l'infini. Superbe également le duo Laura Polverelli et Mirco Palazzi dans cette même séquence.

Dans le troublant duo Qui est homo, Gelmetti, réussit ce tour de force de transformer un véritable air d'opéra en prière implorante. Les voix de Cinzia Forte et Laura Polverelli se posent, s'entrecroisent, se déroulent en lenteur avec une souplesse extrême.
Ne chipotons pas sur le ton un peu emphatique du merveilleux ténor (on aurait aimé un peu plus d'intériorité chez Celso qui semble, comme l'auditeur d'ailleurs, assis entre deux chaises !) ou sur le ton un rien trop sobre de la basse, Mirco Palazzi refusant de tomber dans le caractère facilement envoûtant du rythme ternaire. Grandiose dialogue par contre avec les choeurs a cappella dans l'Eja Mater.
Enfin, admirable velouté du tissu choral (Choeur de la Radio Hongroise très impliqué) particulièrement dans l'Inflamatus ou l'étonnant Amen final survolté renvoie à certaines pages enflammées des jeunes Verdi et Puccini car très maîtrisé, jaillit sous les mains du chef romain tel un formidable chant de jubilation, résonne puis s'épanouit superbement, à l'image de certains plafonds des plus belles cathédrales italiennes.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Lundi 21 Septembre 2015
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