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Le Sacre du Printemps, Fragments, Voice Duo, par la Compagnie Julien Lestel, Opéra de Marseille, Samedi 19 Octobre 2013, par Philippe Oualid

La compagnie Julien Lestel a présenté sous l’égide du Lions Club international, à l’Opéra de Marseille, un programme de ballets au cours d’une soirée caritative exceptionnelle offerte au profit du "Jardin d’Hospitalité", destiné à recueillir des adolescents en souffrance, au sein des hôpitaux de la région PACA et de la ville de Marseille.


© Lucien Sanchez
© Lucien Sanchez
Au programme de cette belle soirée, trois nouvelles chorégraphies de Julien Lestel caractéristiques de son style néo-classique qui conjugue force et douceur au sein d’une puissante gestuelle mise en valeur par des interprètes virtuoses.

Fragments (musique de Max Richter) nous plonge dans l’univers énigmatique de trois allégories du présent, du passé et du futur, rencontrées par une femme désemparée devant les évènements de son destin. Ces allégories sont incarnées par trois éblouissants danseurs: Gilles Porte, Ivan Julliard et Marco Vesprini, qui s’étirent, réalisent de grands jetés, pirouettent pied dans la main, se décomposent dans des étreintes, des portés, des chutes, avant l’entrée nonchalente de la jeune femme oublieuse (Maria Stefania di Renzo) sur des croassements de corbeaux. Soulevée par les danseurs, puis libérée, elle les quitte indifférente, au moment où ils se dirigent bras tendus vers le public, exprimant pathétiquement leur désespoir de voir s’évanouir des états d’âme qui n’existent plus...

Voice Duo, dansé avec panache par Julien Lestel et Fanny Fiat, sur la voix dolente de Bob Ashley et une musique de Jacques Diennet, est un pas de deux néo-classique très élégant où le danseur s’amuse à poursuivre, abandonner ou rattraper sa partenaire, attentif à rester le plus souvent le guide de son équilibre: placé derrière elle, il la fait glisser, pédaler, tourner en attitude ou en arabesque, réalise de beaux portés avant de la laisser s’échapper et de la suivre dans un élan de charmante courtoisie.

Avec Le Sacre du Printemps, commande du Centre culturel Tjibaou de Nouméa, pour célébrer le centenaire de la création de Nijinsky au Théâtre des Champs Elysées à Paris, Julien Lestel nous donne une nouvelle version du ballet, inspirée par les traditions mélanésiennes du peuple kanak.
Sur la partition originale de Stravinsky qui fige le matériel musical en une succession de blocs sonores et un agglomérat de timbres, se développent les deux parties du ballet: la cérémonie rituelle d’initiation, avec ses groupes séparés de garçons et de filles, dans un climat primitif où dominent les danses frénétiques qui se transforment en transe sauvage, et le sacrifice aux dieux du Printemps d’une jeune fille élue, obligée de danser jusqu’à mourir d’épuisement.

Obsédés par la terre, avançant en pliés, se livrant à des petits sauts, martelant le sol, se frappant la poitrine ; vociférants, les danseurs, le corps couvert de boue, renforcent le rythme impressionnant de la musique de Stravinsky de mouvements plus symboliques qu’émotionnels, en multipliant les attitudes de terreur ou de fureur incontrôlée. Après que les garçons se soient brutalement emparés des filles (Mara Whittington, Aurore Vicitra, Caroline Lemière, Julie Asi), la Vierge Elue (Maria Stefania di Renzo) qui se voit sauvagement entourée par le groupe, va s’agiter et se crisper dans une danse extatique et saccadée qui produit un effet irrésistible de paroxysme et s’achève dans une effrayante figure de crucifixion.

Séduit par cette extraordinaire atmosphère de sauvagerie mêlée à des sentiments religieux profondément ressentis, le public de l’Opéra de Marseille a gratifié la Compagnie Julien Lestel d’une ovation prolongée pour exprimer son intense émotion devant l’esthétique admirable de ce spectacle.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mercredi 23 Octobre 2013
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