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Le Sacre de deux jeunes pianistes illumine la Nuit de jeunes Prodiges à La Roque d’Anthéron ! par Serge Alexandre

Il y a des concerts qui demeurent à jamais en mémoire. Tel est le cas de ce 11 août 2013 au parc du Château Florans où le public venu en nombre a acclamé pendant de longues minutes deux jeunes interprètes dont il faut à tout prix retenir les noms l’un est néerlandais : Hannes Minaar, l’autre est allemand : Joseph Moog qui ont offert deux vibrantes et habitées interprétations du cinquième concerto pour piano et orchestre opus 103 de Saint-Saëns dit l’Égyptien et des deux concertos pour piano et orchestre de Franz Liszt !


Joseph Moog @ Leslie Verdet
Joseph Moog @ Leslie Verdet
Ces deux jeunes pianistes retrouvaient les excellents musiciens polonais du Sinfonia Varsovia dirigé par le chef d’orchestre français Fayçal Karoui.

De caractère ironique et véritable clin d’œil à la forme de la symphonie classique, la première symphonie de Serge Prokoviev est une œuvre concise, redoutable à diriger qui peut être perçu comme un mirage aux œuvres de Joseph Haydn… Clarté et précision caractérisent la direction du chef. Fayçal apparaît en grande forme et se joue aisément de toutes les difficultés de la partition au point que tout semble facile. Du coup cette symphonie « Classique » devient jubilatoire, une œuvre pleine de sève, de jeunesse, bouillonnante et jamais fixe.

Elle est un amuse-bouche d’une grande fraîcheur avant d’écouter le dernier concerto pour piano et orchestre de Saint-Saëns composé et créé en 1894 après un séjour en Égypte. C’est cette même légèreté et souplesse que l’on retrouve dans son accompagnement du jeune interprète hollandais qui ne tend jamais à surcharger, ni à épaissir. Et sa finesse de vue, ciselant l’arête vive de l’orchestration si raffinée du compositeur français qui assimile certains modes et rythmes orientaux inspirés par les chants des bateliers du Nil. Les doigts et l’intelligence d’Hannes Minaar marient avec conviction la grande virtuosité de l’écriture à la puissance générée par la profondeur de l’expression.
Le style du pianiste convainc absolument sachant prendre appui sur un tapis instrumental idéalement équilibré.

Son jeu aérien et d’une grande lisibilité épouse parfaitement le parfum un tantinet jazzy du final.
Sa sonorité intense mais toujours d’une grande clarté exalte le caractère romantique de l’œuvre.
Fayçal Kairaoui et Hannes Minaar parlent le même langage, échangent les motifs, se complètent oubliant toute tentation hégémonique méritant pleinement l’ovation du public…

Après une pause, le phénoménal pianiste allemand du haut de ses vingt-cinq printemps retrouve le grand steinway de concert et les musiciens de Varsovie pour affronter les deux concertos pour piano et orchestre de Franz Liszt.
Le jeu de Joseph Moog époustoufle dans le premier concerto par son intériorité limpide évitant tout effet démonstratif d’aucune sorte, la puissance de son jeu mêlé à une agilité lumineuse et ronde.
Son jeu se trouve très affirmé dans le deuxième mouvement nous transportant sur les rivages d’une béatitude émerveillée enrobée d’une grande tendresse. Son jeu se trouve magnifié par l’aspérité et l’austérité des cordes, des bois et des cuivres du Sinfonia Varsovia.
Soliste et chef d’orchestre ne font qu’un !
Triomphal accueil du public à la fin du premier concerto laisse juste le temps au jeune soliste de se jouer de la complexité du deuxième concerto offrant une interprétation d’une grande sérénité stylistique mettant en lumière les tourments inspirés du génie du compositeur hongrois.
Son interprétation bouleverse, provoque des sensations fortes tant elle est mûrie : Joseph Moog alterne la délicate retenue demandée par l’œuvre avec une puissance altière, vivace et subtile… C’est juste étourdissant de facilité sous les doigts du pianiste d’outre-rhin.

On tient là une interprétation idéale des concertos de Liszt à en oublier les légendaires dans le même répertoire Brendel, Bolet ou Berman.

Une fois encore, l’accord est parfait entre le chef d’orchestre et le pianiste.

Le public crie son enthousiasme devant tant de talent ! Joseph Moog nous offre un bis d’un Debussy comme irradié par la grâce d’une soirée rare et magique où le temps rejoignit le pas suspendu de la cigogne…
Serge Alexandre


Pour découvrir l’Art de Joseph Moog, signalons un très beau disque paru chez Onyx Classics donnant à écouter le troisième concerto pour piano et orchestre de Rachmaninov et le trop rare quatrième concerto pour piano et orchestre d’Anton Rubinstein.


Pierre Aimar
Lundi 12 Août 2013
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