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Le Requiem de Verdi embrase la cour d'honneur du Palais Princier de Monaco. Par Christian Colombeau

Joué dans le cadre des Concerts au Palais Princier, le Requiem de Verdi a embrasé la cour d'honneur. Yakov Kreizberg a fait preuve de virtuosité dans sa direction transcendante.


Un quatuor vocal époustouflant

photo © Marco Borggreve
photo © Marco Borggreve
Il est toujours difficile de contrôler son enthousiasme et son émotion après une audition du Requiem de Verdi. Œuvre d’église dans un langage dramatique (l’opéra n’y est pas loin, comme un drame sourd à cette vaste polyphonie), monument musical du siècle passé, paradoxale de par ses effets extérieurs, cette Messa di Requiem permet surtout aux chefs de se ranger en deux catégories : ceux qui centrent toute leur vision sur le tellurique Dies Irae, sur ce Dieu de colère qui lance la foudre tout au long de la soirée, et ceux qui font du Lux Aeterna et du Libera Me l’aboutissement réel de la partition, dans un grand élan ascensionnel vers l’espérance du pardon et de la résurrection.
Dans la Cour d’Honneur du Palais Princier de Monaco, Yakov Kreizberg garde la tête froide, règne sur le chaos des passions, nécessaire au dépassement de cette dualité, et maintient de main de maître l’unité de la cathédrale sonore. La virtuosité de sa direction est transcendante.
Les immenses gémissements, ici d’une lenteur provocante du Lacrymosa envahissent tout l’espace musical avec une ampleur eschyléenne, et la fugue du Libera Me qui lance la dernière fusée du soprano solo, nous font alors admirer combien cette partition, souvent disparate, est puissamment une, et fondée en profondeur et stabilité.
L’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, comme surchauffé sous une battue aussi ferme, a fait flamboyer ses glorieux cuivres sans jamais déchirer le tissu orchestral.
Chez le Chef semble aussi dominer la volonté de faire chanter la phalange : la respiration de l’Amen à la fin de la séquence, la sensibilité pleine de compassion dans le Lacrymosa, la vulnérabilité de l’Agnus Dei resteront de grands moments.
Le quatuor vocal, pour sa part, se montra homogène tout autant que verdien.
Avec une voix presque cyrillique, la basse Carlo Colombara est saisissante, sévère comme un mur de sépulcre.
Piotr Beczala, à l’éclatant Ingemisco, et sans sanglot vériste déplacé, se montra ensuite d’une belle onctuosité douloureuse dans l’Hostias.
De son timbre riche et velouté, d’une froide impassibilité de sibylle dans le Liber Scriptus, la mezzo Sonia Ganassi entrouvre les portes de l’infini.
Carmen Giannattasio (remplaçant in extremis l’artiste prévue défaillante) enfin charge de superbe pathos verdien toute la fin du Libera Me, et nous fait retrouver cette naïveté de l’émotion, spectaculaire et sans fausse pudeur, consubstantielle aux sentiments religieux italiens, que les sophistications de consœurs plus illustres nous avaient fait un peu oublier.
Il serait injuste de ne pas associer au triomphe de la soirée le Chœur Philharmonique Tchèque de Brno, expressif et inspiré, comme hypnotisé par la vision du chef. Petr Fiala peut être fier de son travail.
Christian Colombeau
Dimanche 18 juillet 2010


Christian Colombeau
Lundi 19 Juillet 2010
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