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Le Festin de Chun-Te. Evénement collatéral de la 54ème Exposition Internationale d’Art - la Biennale di Venezia du 1er juin au10 octobre 2011

L’exposition personnelle de l’artiste taïwanais Hsieh Chun-Te, organisée par le Musée d’art Contemporain de Taipei (MoCA, Taipei) et présentée comme événement collatéral de la 54e Exposition internationale d’art - la Biennale di Venezia sera composée de trois parties : “Raw”: une série de 21 photographies (1987-2011) grand format ; Une salle renfermant une vaste installation ; performance de food art (2 fois/jour)


Hsieh Chun-Te, Raw - Electrical Parade © DR
Hsieh Chun-Te, Raw - Electrical Parade © DR
L’exposition personnelle de Hsieh Chun-te de Venise 2011 organisée par MoCA Taipei et dirigée par Dominique Païni et Lin Chi-Ming est un événement collatéral de la 54ème Exposition internationale d’art - la Biennale di Venezia. Elle montrera diverses facettes de l’oeuvre de ce célèbre photographe taïwanais, qui a débuté sa carrière à la fin des années 60 et qui reste un artiste inclassable. Le restaurant C’est bon, auquel il a apporté ses idées créatives et sa profonde connaissance de la tradition culinaire locale, fait partie du classement des 100 meilleurs restaurants émergents du monde entier (sélection figurant dans COCO, publié en 2009 chez Phaidon Press).

Bien qu’il exerce son talent dans des domaines très divers, on peut discerner dans son oeuvre une pensée artistique centrale : Hsieh pense que l’art a pour rôle de nous toucher en profondeur. A travers ses créations, quelque forme qu’elles prennent, il cherche donc à éveiller en nous un désir physiologique et primaire. L’exposition personnelle qu’il présentera à Venise tournera certes autour du thème du food art, mais c’est la série de photos “Raw” qui sera au coeur du Festin de Chun- Te, des compositions photographiques chargées d’érotisme qu’il a réalisées entre 1987 et 2011. L’idée originale de cette série est née des observations qu’il a menées dans un quartier de la banlieue de Taipei, Sanchong, alors que la métropole se développait à un rythme effréné. Il s’agit d’une sorte de ville satellite où de nombreux émigrants de la campagne taïwanaise venaient jadis s’installer provisoirement. On ressent avec acuité tous les types de dégradations infligées à l'environnement et on éprouve un sentiment de malaise et de déracinement. Si cette série s’inspire de ses observations, les photos n’ont toutefois aucun caractère documentaire. Il s’agit plutôt de compositions représentant une allégorie de notre mal-être.

Hsieh cherche à entrer dans les racines profondes de nos expériences, éveiller nos désirs primaires et les réorganiser. Pour cela, il dispose d’une autre approche, le food art, qui le rend si unique original et si contemporain. Afin d’accentuer le lien entre la série de photos et la performance de food art, cette dernière sera enregistrée et diffusée à divers endroits du site. Une vaste installation occupera une salle entière de l’exposition. Une rizière, composée de pièces de céramiques, sera disposée au centre et quelques grains de riz seront plantés. Ils pousseront durant l’exposition et symboliseront la renaissance de l’espoir après les souffrances évoquées dans la série de photos.

La cruauté enjouée de Hsieh Chun-Te par Dominique Païni

Lorsque je découvris les tableaux photographiques de Hsieh Chun-Te, je fus frappé par l’atmosphère d’orage imminent qui baigne de nombreux d’entre eux. Comme si, Hsieh représentait un monde après la « faute ». Certaines compositions indiquent clairement l’accomplissement d’un acte violent que les règles de la société des hommes et que les convenances réprouvent. Il s’agit presque toujours d’un châtiment : corps jeté sur un symbolique champ d’épines, corps pendus, corps abandonnés dans l’indifférence de l’assourdissement moderne, corps écartelés, corps punis sexuellement, corps paraissant exposés à l’opprobre publique… De La Tempesta de Giorgione aux gravures de Gustave Doré, l’orage est la manifestation du courroux divin.

L’artiste qui ose de telles scènes de sacrifice est un visionnaire poursuivi par l’inquiétude qui naît de la connivence entre Eros et Thanatos. Nous n’avions jamais vu une scène d’exécution capitale dont l’acte ultime est un acte sexuel observé par les sombres témoins habituels de cette terrible cérémonie qui supprime légalement la vie (The Romance on the Stele, série Raw).
Quelle audace, quelle dérision de mêler ainsi cette transgression légale qui consiste à ôter la vie froidement par décision de justice et le plus bel acte humain qui soit ! Cérémonie en effet, et tout l’oeuvre entière de Hsieh Chun-Te en relève.

Qualifier plus justement les oeuvres photographiques de Hsieh Chun-Te appelle de les comparer à des images qui formeraient un ensemble, tels des caprices qui ne se limiteraient pas à la seule caricature mais qui s’attacheraient aussi à décrire les désastres du monde. Et je n’emprunte pas ces deux mots par hasard à Goya car c’est en effet l’impression immédiate que ces grandes compositions photographiques font sur moi : un ensemble de songes de la raison engendrant des monstres pour reprendre le titre fameux donné par Goya à une de ses oeuvres, ensemble au sein duquel le noir et blanc, la laideur et la beauté, la pureté et le vice s’affrontent. Hsieh offre une sorte d’équivalents photographiques de ces visions de fin d’humanité décadente et corrompue, visions traversées de vents menaçant d’engloutir les ruines d’un monde après la catastrophe (…).

Pratique

Scoletta dei Battioro e Tiraoro Campo S. Stae 1980, Venezia © DR
Scoletta dei Battioro e Tiraoro Campo S. Stae 1980, Venezia © DR
Scoletta dei Battioro e Tiraoro
Campo S. Stae 1980, Venezia


Pierre Aimar
Lundi 18 Avril 2011
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