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« Le Dragon », du feu sur le Toursky, Marseille, 17 et 18 mars 2017

Dans le cadre du 22e festival russe, Le Théâtre Toursky accueille la merveilleuse troupe de théâtre « Sur la Pokrovka » pour un conte fantastique à voir en famille, « LE DRAGON »*, ces vendredi 17 et samedi 18 mars 2017 à 20h 30.


« Depuis 400 ans, un dragon de légende règne en tyran sur une cité avec la complicité du bourgmestre. Jusqu’au jour où arrive Lancelot, héros professionnel. Malgré les réticences de la population, il défie la bête et la tue. Il quitte la ville et les potentats s’attribuent sa victoire sans que personne ne bouge. Seule Elsa, promise au nouveau président, se rebelle… » Telle est la fable du Dragon, un conte théâtral signé Evgueni Schwartz, génialement mis en scène par Sergueï Artsibachev.

« C’est grâce à lui que le festival a vu le jour ; il fallait lui faire un clin d’œil poétique » Richard Martin, directeur du théâtre Axel Toursky, communique sa passion, sa ferveur, sa fidélité, sa tendresse, parlant de son ami, son « frère » disparu, Sergueï Artsibachev, à qui le festival est dédié cette année.

« Le Dragon » est donné par la troupe brillante du très renommé théâtre sur La Pokrovka, fondé par Sergueï Artsibachev. Comédien, metteur en scène, artiste du peuple de Russie et lauréat du Prix d’Etat, Artisbachev signe ici sa dernière mise en scène et l’un de ses meilleurs spectacles. Une mise en scène particulièrement soignée et une distribution éblouissante qui raviront petits et grands, passant du rire aux larmes et réservant aux « grands » un double bonheur : celui du plaisir et de la réflexion.
L’auteur de la pièce, Evgueni Schwartz, est né à Kazan le 21 octobre 1896. En 1917, il se tourne vers le théâtre et fonde la compagnie « masterkaja ». Il passe ensuite au travail littéraire, notamment de littérature pour enfants. En 1941, il participe à la défense de Léningrad. Il écrit « Le Dragon » en 1943. Dans cette œuvre, qui est certainement la plus belle fable philosophique de Schwartz, il dénonce le monstre dont il sentait l’odeur menaçante : le fascisme.

Schwartz se complait dans le jeu des symboles de la fable.
Une première lecture du Dragon permet d’identifier ainsi ses symboles : « le dragon » est le fascisme, le bourgmestre est le capitalisme, Lancelot est l’humanité socialiste. Mais toute œuvre a une infinie possibilité de « lectures ». En effet, quand le spectacle fut représenté à Moscou pour la première fois en 1944, les autorités soviétiques y virent une critique du régime stalinien et le firent interdire. Ce ne fut que 18 ans plus tard, en 1962, que la comédie de Schwartz retourna sur les scènes soviétiques, et de là sur celles du monde entier.

Antifasciste ou antistalinienne ?
La trame morale et poétique de l’œuvre ne peut s’enfermer dans une résonnance aussi limitée. Le « mal » n’est pas concentré dans un monde négatif à éliminer, il germe également dans un monde positif à construire : la vigilance doit être double. La lucidité et la loyauté intellectuelle et morale de Schwartz le conduit à combattre « Le Dragon » dans toutes ses métamorphoses.
Dans le Dragon on entend un cri d’affliction extraordinaire : « Pensez-vous qu’il soit simple d’aimer les hommes ? » L’humanisme devient de nos jours toujours plus nécessaire et toujours plus difficile. Le spectateur ne tranquillise pas sa propre conscience avec une banale rétrospective des symboles poétiques. Il se souvient, et comprend que le dragon est autour de lui, assis peut-être près de lui. A travers ce conte en apparence simple et mettant en scène une galerie de personnages truculents, Schwartz propose une réflexion sur l’aliénation d’un peuple qui peut être le fait d’un homme ou l’acceptation collective de la servitude.
A la fois comédie burlesque, poétique, œuvre majeure du répertoire, c’est un appel à la conscience et à la liberté citoyenne, un combat pour la liberté. Cette pièce mêle humour et fantaisie du conte. Son propos sur la tyrannie, le pouvoir, est universel. Dans le contexte politique actuel, c’est sans contexte un cri d’alarme.
Danielle Dufour-Verna
• « le Dragon » spectacle sur-titré en Français (Mais le talent et les fables n’ont pas besoin des mots)
Tout le programme sur www.toursky.fr


Pierre Aimar
Jeudi 16 Mars 2017
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