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La Mouette d'Anton Tchekhov, Théâtre du Gymnase (Marseille), du 22 au 26 Janvier 2013

La Mouette est de toutes les pièces de Tchekhov celle qui contient le plus d'éléments autobiographiques. Deux personnages du drame reflètent les pensées de l'auteur : Trigorine, l'écrivain « arrivé », et le débutant Treplev qui rêve de nouvelles formes d'Art.


Mais surtout Tchekhov a conscience de bouleverser avec cette pièce la tradition théâtrale, de transgresser les lois du théâtre, et d'inaugurer des procédés dramatiques nouveaux qui nécessitent une mise en scène et une interprétation originales. En 1896, à Saint Petersbourg, il demandait en vain aux acteurs de rompre avec leur jeu routinier. Ce n'est que deux ans plus tard que Stanislavski va élaborer au théâtre d'Art de Moscou une mise en scène détaillée en s'attachant à révéler le drame caché sous les propos quotidiens, à faire ressortir le système d'échos des dialogues qui se développent sous le signe du renoncement, de l'incommunicabilité. Et cette représentation du 17 Décembre 1898 sera un triomphe.

S'appuyant sur la belle traduction d'Antoine Vitez, la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, attentive à mettre en valeur le système de symboles et d'échos de la pièce, s'autorise cependant au regard du naturalisme des situations, quelques excentricités par exemple au cours des brèves querelles où les personnages échangent des coups là où l'on attendait plutôt une attitude méprisante, mais aussi, de manière générale, dans le climat de la pièce envisagé comme celui d'un "cabaret baroque à la fois violent et atone où chacun y va de son numéro". . .

A cet égard, l'interprétation se veut dérangeante à souhait : si les seconds rôles (Macha, Paulina, Dorn, Medvedenko ou Sorine) se caractérisent, comme il se doit, par leur insignifiance, les premiers, au contraire s'isolent dans leur singularité : Treplev (Manuel Le Lièvre) ne représente plus l'attitude morbide de l'artiste romantique et décadent, mais un esprit fort. Trigorine (Magne Havard Brekke), loin de ressembler à l'écrivain-tâcheron de Tchekhov, joue au dandy élégant à l'accent étranger. Obsédée par son apparence et son âge, la mère indigne, vieille actrice de vaudeville prétentieuse, Arkadina (Nicole Garcia) s'exprime avec conviction d'une voix cassée, et adopte constamment un comportement égocentrique tandis que sa rivale Nina, la jeune actrice infantile (Ophelia Kolb) accède progressivement à la lucidité avec une détermination et une énergie étonnantes.

Le spectacle se donne enfin dans une scénographie beaucoup trop lourde : au lieu de faire circuler les personnages de l'extérieur à l'intérieur de la propriété de Sorine, à partir du troisième acte, Sophie Perez les installe d'emblée dans un décor encombrant de compartiments à roulettes qui représentent un îlot sur un lac au milieu de salons chargés de meubles inutiles du XIXe siècle, de tableaux, de vases, de lampadaires, de canapés. . .

La première représentation à laquelle nous avons assisté n'avait peut-être pas encore trouvé son rythme. Mais il y a lieu d'espérer qu'en se rodant, le charme de ce spectacle va se dissimuler dans les pauses, les regards des acteurs ou le rayonnement de leurs émotions, bref dans toute cette atmosphère tchekhovienne que les comédiens russes savent si bien faire valoir au théâtre d'Art de Moscou.
Philippe Oualid

La Mouette d'Anton Tchekhov
Traduction d'Antoine Vitez
Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia
Théâtre du Gymnase (Marseille), du 22 au 26 Janvier 2013


Pierre Aimar
Vendredi 25 Janvier 2013
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