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La Légende Noire du Soldat O, d ’André Neyton, Espace Comedia, Toulon, 28 et 30 mars 2014

En célébrant le centenaire de la guerre de 1914- 1918, la France rendra hommage à tous ceux qui ont enduré les pires souffrances et qui ont laissé la vie dans cette première guerre mondiale.


La Légende Noire du Soldat O
La Légende Noire du Soldat O
Cet anniversaire sera l'occasion de rappeler les causes d’une des plus grandes tragédies de l’histoire et ses conséquences dont certaines, parfois inattendues, ajoutèrent la souffrance morale d’une population à celle de ses soldats.

Pour le Midi, c’est incontestablement le cas de l'affaire du XVème Corps, de ses fusillés pour l’exemple et de leurs familles, qui mérite d’être rappelé. La Légende Noire du Soldat O porte témoignage de leur injuste destin à travers celui du soldat Auguste Odde fusillé le 19 septembre 1914 comme le furent plusieurs de ses compagnons d’armes pour le seul fait d’avoir appartenu au Corps d’armée du Midi.

Les faits

Trois août 1914
Déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne. La stratégie du Grand Quartier Général repose sur "l'attaque à outrance" contre un ennemi solidement retranché sur les frontières de l'Alsace et de la Lorraine depuis 1870.

Vingt août 1914
La retraite est générale sur tous les fronts. Les pertes sont énormes. L'échec de cette stratégie est total. L'Etat Major cherche alors un bouc émissaire.

Vingt-quatre août 1914
Paraît dans le journal Le Matin un article signé Auguste Gervais vraisemblablement rédigé par le Ministre de la Guerre :
« ... Un incident regrettable s'est produit. Une division du XVème Corps composée de contingents d'Antibes, de Toulon, de Marseille, d'Aix et de Nîmes, a lâché pied devant l'ennemi. Les conséquences en ont été celles que les communiqués officiels ont fait connaître. Toute l'avance que nous avions prise au-delà de la Seille sur la ligne Alaincourt-Delme et Château-Salins, a été perdue. Tout le fruit d'une bataille-combinaison stratégique longuement préparée a été momentanément compromis, malgré les efforts des autres corps qui participaient à l'opération et dont la tenue a été irréprochable. La défaillance d'une partie du XVème Corps a entraîné la retraite sur toute la ligne. Le ministre de la Guerre, avec sa décision coutumière, a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s'imposaient... A l'aveu public de l'impardonnable faiblesse des troupes de l'aimable Provence surprises par les effets terrifiants de la bataille et prises d'un subit affolement, s'ajoutera la rigueur des châtiments militaires … ».

L'affaire du XVème Corps était née. A l'humiliation de toute une population allaient s'ajouter exécutions pour l'exemple, rejet des soldats provençaux, refus de soigner les blessés et lourdes brimades. La réhabilitation du XVème Corps et l'amende honorable qui suivirent n'effacèrent pas les effets d'un racisme anti-méridional ambiant.
Boulevards, places, avenues perpétuent dans plusieurs villes du Midi la mémoire de ce Quinzième Corps d'Armée accusé de lâcheté au début de la guerre pour la seule raison qu'il était composé de provençaux et de corses. Un formidable effet de stupeur avait alors saisi la Provence partagée entre la douleur et l'indignation. Malgré la réhabilitation officielle du Soldat Odde, fusillé pour l'exemple, la plaie demeurera longtemps ouverte.

Le propos

Pourquoi le soldat O est-il mort ?
Pas au bout des fusils de l’ennemi comme il est naturel selon les lois de la guerre. Mais tombé sous les balles de ses frères d'armes. Pas par le hasard tragique d'une erreur de tir comme il en existe naturellement dans toute guerre qui fait de son mieux et n'y parvient pas toujours. Mais dans le calme terrible et ordonnancé d'un peloton d'exécution.

A qui le soldat O doit-il de n'avoir pas eu le temps de montrer le courage et la loyauté qu'il s'était promis face à l'ennemi ? A Montesquieu ? Michelet ? Victor Hugo ? Balzac ? Taine ou Daudet... ? Pas encore à Céline ou Alexis Carrel. L'ombre de nos grands écrivains n'a-t-elle pas scellé par avance le sort du soldat O ? L’immense poids de leur renommée n’a-t-il pas eu sa part de responsabilité dans son destin tragique?

Sur un fond de légèreté va-t-en-guerre entretenue par une Madelon exaltant le courage des "piou-piou de Provence", le Soldat O écrit entre deux obus. Il parle du trou creusé et recreusé dans la boue pour s'enterrer, des godasses qu'il a empruntées à celui qui n'en avait plus besoin - « il a fallu chercher pour enlever la deuxième à l'autre pied, un peu plus loin » - du dernier colis, du papier à lettres qui ne supporte pas la pluie d'ici.

La Madelon, omniprésente, le remet debout par la magie de son exhortation aux charmes débordants. Pendant que le soldat O raconte, des images défilent derrière lui. Celles d'une caméra qui fait ses premiers pas dans la vérité de la guerre. L'image bascule. L'opérateur n'a peut-être pas vu venir l’obus qui… On appelle le soldat O. Pour la relève ou pour monter à l'attaque? Il reviendra dans son nid de poule, blessé au pied.

Le Soldat O sera donc fusillé.

Alors le soldat O se souvient. Il se souvient, puisque cela a été écrit, qu'il ne peut être qu'un lâche parce qu’il est du Midi. Il va alors se prêter, dans un procès tragi-comique, au jeu de l'ethnotype méridional auquel il était condamné par avance, un procès conduit par les plus emblématiques de nos grands écrivains, philosophes, historiens qui, à travers leurs écrits sur le Sud, sont étonnants de mépris, d'ironie voire d’hostilité. Un procès qui suscite des rires parfois grinçants et ébranle les gloires les plus immortelles.

Plus d’infos et vidéo :
theatremediterranee.fr/soldat.html

Espace Comedia / CDO
04 94 36 19 16
www.espacecomedia.com


Pierre Aimar
Mardi 11 Mars 2014
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