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L’art et l’enfant. Chefs-d’œuvre de la peinture française, Musée Marmottan Monet, Paris, du 10 mars au 3 juillet 2016

Le musée Marmottan Monet présente, du 10 mars au 3 juillet 2016, l’exposition « L’Art et l’enfant. Chefs-d’œuvre de la peinture française ».


Fernand Pelez – Un Martyr. Le marchand de violettes 1885 – Huile sur toile 87 x 100 cm – Paris, Petit Palais, musée des Beaux- Arts de la Ville de Paris Photo © Petit Palais / Roger-Viollet
Fernand Pelez – Un Martyr. Le marchand de violettes 1885 – Huile sur toile 87 x 100 cm – Paris, Petit Palais, musée des Beaux- Arts de la Ville de Paris Photo © Petit Palais / Roger-Viollet
Signées Le Nain, Philippe de Champaigne, Chardin, Greuze, Corot, Daumier, Millet, Manet, Cézanne, Monet, Morisot, Renoir, Bastien-Lepage, Pelez, Bonnard, Vallotton, Maurice Denis, Matisse, Picasso, Chaissac, Dubuffet… près de soixante-quinze œuvres provenant de collections particulières et de prestigieux musées français et étrangers sont réunies au musée Marmottan Monet. Fruit de la collaboration d’historiens et d’historiens de l’art, cette exposition inédite retrace l’histoire du statut de l’enfant du XIVème au XXème siècle et permet de porter un regard nouveau sur ces œuvres en interrogeant différemment la peinture.

Une invitation à découvrir sous un jour nouveau des chefs-d’œuvre tels que L’Enfant au toton de Chardin, La Becquée et La Leçon de tricot de Millet, Le Clairon d’Eva Gonzalès, Un Martyr. Le marchand de violettes de Pelez, En promenade près d’Argenteuil de Monet, Eugène Manet et sa fille Julie de Berthe Morisot, Portraits d’enfant (les enfants de Martial Caillebotte, Jean et Geneviève) et La Leçon, Bielle, l’institutrice et Claude Renoir lisant de Renoir, Le Ballon de Vallotton, le Portrait de Pierre par Matisse et Le Peintre et l’enfant de Picasso.

Pour en savoir plus, par Dominique Lobstein et Marianne Mathieu. Extraits du catalogue de l’exposition

A la fin du 19e siècle, à Paris, les expositions qui, jusqu’alors, avaient été rares et canton-nées à quelques endroits bien précis, connaissent un accroissement sans précédent. En 1895 déjà, quatre-vingt-quatorze expositions sont répertoriées ; dix ans plus tard, en 1905, on en compte cent-quarante-sept qui, non seulement, se déroulent dans les palais officiels et les galeries les plus célèbres, mais envahissent aussi de nouveaux lieux aussi différents que le hall de la revue La Plume, le garde-meuble de la rue du Colisée ou le foyer de plusieurs théâtres. Deux types d’expositions prévalent. La première, à l’image du très ancien Salon, réunit périodiquement un nombre plus ou moins important d’artistes sous une bannière commune, telles les expositions de la Société internationale de peinture et de sculpture ou celles de la Société des pastellistes français à la galerie Georges Petit concurrencées, par exemple, par le Salon des Cent de La Plume qui, à sa création réunis-sait cent artistes que rien ne liait vraiment. Bien plus courantes ont été les expositions monographiques ou réunissant un nombre limité de créateurs. C’est ainsi que la galerie Le Houssel, présentait à partir du 1er janvier 1895 les peintures de « Gustave Lemaître, J. Moteley, Jules Adler », la veille du jour où la galerie Le Barc de Boutteville rendait hommage au seul peintre Georges d’Espagnat. La peinture n’était pas la seule honorée et, ponctuellement, ce sont des sculpteurs et surtout des céramistes qui bénéficient de manifestations largement ouvertes au public.

A ces deux axes principaux s’en ajoutera très progressivement un troisième, sur le modèle du premier que nous avons évoqué, mais où un lien existe entre les exposants, celui des expositions thématiques. Et ce sont les expositions de portraits qui furent le moteur de cette nouvelle catégorie. Les premières eurent une origine officielle puisque présentées en 1883 et 1885 à l’Ecole des Beaux-Arts sous le titre Portraits du siècle. Les galeries emboitèrent le pas qui proposèrent, en 1893, à la galerie Georges Petit l’Exposition des portraits des écri-vains et des journalistes du siècle (1793-1893), tandis qu’un peu plus tard dans l’année la galerie Le Barc de Boutteville, en septembre-octobre, présentait un accrochage sous le titre Portraits du prochain siècle. Après celui des adultes, le tour des enfants allait arriver. Après avoir été honorés de multiples manières, et pas seulement artistiques, dans le grand théâtre du Palais de l’Enfant de l’Exposition Universelle de 1889, les enfants n’al-laient d’abord pas être seuls puisque leur première apparition allait se faire en compagnie de leur mère, en 1897, dans l’Exposition de portraits de femmes et d’enfants organisée par la Société philanthropique à l’Ecole des Beaux-Arts à partir du 30 avril 1897. Le but était nouveau ; il s’agissait pour cette société charitable fondée en 1780 et reconnue d’uti-lité publique en 1838, de promouvoir son action afin de récolter des fonds pour ses « trente Fourneaux, trois Asiles de nuit pour femmes et enfants, son Asile maternel, son Hospice pour les vieilles femmes, ses vingt-huit Dispensaires pour les adultes, ses quatre dispensaires spéciaux pour les enfants et son Dispensaire-Hôpital Chirurgical ». Sous la présidence de S. A. I. la princesse Mathilde et avec la collaboration de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie parisienne, c’est un nouveau Palais de l’Enfant qui est offert au public.

Quatre ans plus tard, d’avril à juin 1901, le Petit Palais, tout nouveau musée des beaux-arts de la Ville de Paris allait, une fois encore, faire appel aux prêteurs parisiens pour illustrer avec plus de deux mille numéros les multiples aspects de l’enfance, en reprenant et augmentant la sélection réalisée pour l’exposition rétrospective des jouets et jeux anciens présentés dans la Classe 100 de l’Exposition Universelle de 1900. Quinze sections envahissaient alors le Palais pour traiter de L’enfant à travers les âges, dont certaines bien éloignées des arts plas-tiques : la sixième s’intitulait « Galerie des industries de luxe » ; la septième « Hygiène et assistance » ; la huitième « Prévention morale et correction » ; seule la cinquième offrait à voir quelques peintures sous le titre « L’enfant dans l’art et dans l’histoire ».

De juin à octobre 1905, dans les salles d’exposition qu’étaient alors les Serres de la Ville de Paris sur le Cours-la-Reine, se tient une Exposition et fêtes de l’enfance qui a laissé peu de souvenirs, avant que, cinq ans plus tard, à nouveau Paris rende hommage à l’enfance. Du 14 mai au 15 juillet 1910, une exposition organisée par la Société nationale des Beaux-Arts dans le Palais du domaine de Bagatelle, intitulée Les Enfants, 1789-1900, leurs portraits, leurs jouets se montre plus sélective quant aux œuvres exposées, mais là encore les salles ne seront pas uniquement consacrées aux peintures mais présenteront aussi jouets, modèles réduits et maquettes qui se retrouvent en partie dans l’exposition du musée Galliera de 1913, L’Art pour l’enfance. Le sujet perd ensuite de son actualité et rien ne semble être advenu jusqu’à l’exposition de 1949 à la galerie Charpentier intitulée L’Enfance, thème que d’autres galeries ont ensuite traité. Depuis, à Paris, aucune manifestation d’importance consacrée exclusivement à l’enfance ne semble avoir été présentée dans un bâtiment officiel ; aussi, nous paraît-il utile d’expliquer pourquoi, plus de cent ans après les expositions du Petit Palais et de Bagatelle, nous avons souhaité renouer avec un tel sujet.
Excepté celle de 1910 limitée aux années 1789-1900, les expositions citées ont souhaité couvrir une longue période et montrer de très nombreuses choses. La plupart ont proposé des œuvres allant du 15e siècle jusqu’à l’époque contemporaine, originaires de différents pays européens, cependant aucune volonté d’exhaustivité ne peut-être repérée. Ainsi, la Belgique et les Pays-Bas, très présents pour les périodes anciennes, sont oubliés dès que le 19e siècle approche, aucun enfant de Fernand Khnopff ou de Jozef Israëls, par exemple, n’apparaît, pas plus que ne pointent leur nez les enfants peints par les impressionnistes, seule Berthe Morisot, en 1910, étant présente avec deux peintures, et plus rien après elle.

Ce que les organisateurs de ces manifestations ont souhaité privilégier, ce sont les portraits, en buste ou en pied – l’exposition de 1901 étant la plus divertissante qui multi-pliait les portraits des grands hommes de l’époque, de quelques mois à six ans, au besoin au moyen de daguerréotypes et de photographies – mais cette volonté achoppe dans le domaine de l’art ancien. Les premiers exemples sont toujours d’inspiration religieuse et réunissent Marie et l’Enfant-Jésus tandis que le 18e siècle se découvre plus largement à travers les scènes de genre de Louis Boilly qu’à travers ses portraits. Et puis, pour faire masse, les organisateurs ont toujours choisi d’associer peintures et sculptures à tout ce qui fait le monde de l’enfance, vêtements, meubles, biberons, jouets ou abécédaires… créant d’immenses présentations où se confondaient charité et négoce comme il est possible d’en juger à travers le catalogue officiel de l’exposition de 1901 au Petit Palais, fort de 224 pages dont soixante de publicités commerciales à destination… des parents.

A la différence de celles de nos prédécesseurs, cette exposition, malgré sa taille réduite, vise à offrir un panorama chronologique complété de tout ce que les historiens, anthropo-logues ou sociologues nous ont appris depuis un siècle sur l’évolution du statut de l’en-fance en France à travers ses représentations. Le portrait stricto-sensu ne se prêtant guère à ce genre d’analyse, c’est très largement à travers les scènes de genre que nous aborde-rons cette évolution. Un remarquable relief d’André Beauneveu ou de Jean de Liège, du 4e quart du 14e siècle, prêté par le musée de Cluny, nous offre un point de départ : l’enfant abstrait hérité de Byzance conserve son rôle mais son image évolue et se confond avec celle d’un petit homme emmailloté, identique à ses congénères humains. Du fils de Dieu au dauphin de droit divin, il n’y a qu’un pas que commanditaires et artistes franchissent rapidement ; l’enfant est libéré de ses langes et revêtu des symboles de sa fonction future. Il s’inscrit dès lors dans une lignée, ressort familial appelé à une longue postérité. Le Siècle des lumières et le nouveau regard qu’il aide à porter sur les premiers âges, puis les progrès de la médecine, vont permettre aux enfants de conquérir une nouvelle place tant au sein de la famille qu’au sein du monde. Ils vont devenir acteurs à part entière d’une existence que les artistes pourront évoquer sous de multiples aspects, riche ou pauvre, studieux ou joueur, pacifique ou guerrier. L’intérêt qu’il suscite finit par être tel que ses dessins ins-pirent les créateurs du 20e siècle qui découvrent dans ses essais graphiques l’enseigne-ment qui ouvre le dernier chapitre de cette exposition pour nous mener très avant dans le 20e siècle. Les peintres rejoignent là des écrivains bien oubliés tels que Henri de Régnier, auteur de l’article Jours heureux, René Boylesve, auteur de L’Enfant à la balustrade, ou Edmond Jaloux, auteur de Le Reste est silence, qui auraient pu reprendre à leur compte les mots de Gérard d’Houville6 dans le Gaulois du 3 septembre 1909 : « Au fond, les enfants savent presque tout, et ils font semblant de ne pas le savoir, soit pour ne pas nous gêner, soit pour ne pas nous faire de peine. »

Afin d’accompagner cette exposition, nous avons souhaité que le catalogue soit le reflet des œuvres présentées et de l’histoire qu’elle raconte, aussi avons-nous confié à trois universi-taires – Jacques Gélis, Catherine Rollet, Emmanuel Pernoud – tous spécialistes du monde des tout petits, le soin de nous mener sur ce double sentier. Pour leur disponibilité, leur aide, qui a aussi rejailli sur le choix des œuvres, nous tenons à les remercier chaleureusement. Nos remerciements s’adressent aussi au directeur du musée Marmottan Monet, Patrick de Carolis qui a toujours veillé avec attention et bienveillance sur la gestation de ce projet. Nous tenons à lui exprimer notre profonde gratitude.

Pratique



Pierre Aimar
Lundi 21 Décembre 2015
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