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L'annonce faite à Marie, de Paul Claudel, Friche du Panier (Marseille 2ème), du 3 au 25 Décembre 2013, par Philippe Oualid

Nouvelle version de La Jeune Fille Violaine, œuvre de jeunesse écrite en 1892, L'Annonce faite à Marie a été composée en 1910-1911, et retouchée jusqu'en 1948. Drame humain de l'amour et de la jalousie, scène historique évoquant les bouleversements politiques et religieux du début du quinzième siècle, poème lyrique imprégné de liturgie catholique, parabole mystique exaltant les pouvoirs du sacrifice et de la foi, cette pièce peut être considérée comme l'une des plus accomplies de Claudel.


© DR
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L'action se situe à Combernon, en pays champenois, à la fin du Moyen-Age. Parce qu'elle a contracté la lèpre, en donnant un baiser sur la bouche à Pierre de Craon, un bâtisseur de cathédrales, Violaine, fille aînée d'Anne Vercors qui vient de prendre la décision de partir en pélerinage à Jérusalem, est abandonnée par son fiancé Jacques Hury. Quelques années plus tard, devenue aveugle, elle accomplit un miracle en ressuscitant Aubaine, l'enfant de sa sœur Mara qui a épousé Jacques. Mara, possessive et passionnée, la tue en la précipitant dans un trou à sable. En mourant, la lépreuse obtient le pardon de la meurtrière et la réconciliation des époux.

En fait, et c'est là le sens que Claudel a voulu donner à son œuvre, le pardon de Violaine à Mara est un pardon infléchi vers l'approbation de la violence poussée jusqu'au crime. . . une violence qui prétend aux droits et aux pouvoirs de la spiritualité ! Et ce qui se cache derrière ce paradoxe, c'est l'idée que la violence de Mara permet l'accomplissement de la vocation de Violaine au sacrifice. On assiste dès lors à l'inversion des données fondamentales de l'action divine rédemptrice : ce n'est plus le mal qui a besoin de la sainteté pour s'amender et se régénérer, c'est la sainteté qui a besoin du mal et qui, pour cette raison, l'approuve.

La mise en scène d'Yvan Romeuf va à l'encontre de cette problématique sur laquelle repose la religion claudélienne. Elle place Violaine au centre du drame, la fait consentir au sacrifice dans un détachement total, et la métamorphose même symboliquement, au moment du miracle, en enfant de Mara rendue à la vie. A la fin de la pièce, la mourante, ramenée par son père au foyer familial, se dépouille de ses hardes de lépreuse, et ressuscite, belle et guérie, dans le regard des siens.

Dans l'ensemble, les six personnages participent habilement à la mise en valeur de ce drame psychologique. Si Pierre de Craon (Pascal Rozand), le charpentier lépreux du prologue attaché à sa mission spirituelle, n'a guère d'importance dans le déroulement de l'action, Jacques Hury (Antoine Amblard), au contraire, rude et gauche, timide et violent, se rend très attachant. Anne Vercors (Maurice Vinçon) se conforme à une image de vieux paysan patriarche, d'une autorité souveraine, tandis que sa femme (Marie-Line Rossetti) cantonnée dans les besognes matérielles, reflète la soumission absolue à son époux. Violaine (Mikaëlle Fratissier) d'abord pleinement humaine, monte vers la sainteté pour accéder à l'invisibilité, et en face d'elle, Mara « la Noire » (Lucile Oza), cruelle, amère, toute en violence, apparaît comme l'envers de sa lumineuse figure. Tous ces acteurs, par ailleurs, déclament leurs répliques avec une diction précise et éclatante.

Relevant à la fois du Mystère médiéval et du drame symboliste, ce spectacle accorde, à juste titre, une importance considérable à la puissance spirituelle du Verbe claudélien, cherche à soulever, comme le dit Yvan Romeuf, une grande vague de mysticisme, et y parvient. On déplore seulement que la Friche du Panier ne puisse accueillir chaque soir, qu'une trentaine de spectateurs.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mercredi 4 Décembre 2013
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