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L'Avare de Molière, Mise en scène de Jean-Louis Martinelli, Théâtre Toursky, Marseille, les 17 et 18 Avril 2015. Par Philippe Oualid

La célébration de L'Avare comme illustration du théâtre classique français ne doit pas nous faire oublier que le public de 1668 a boudé cette oeuvre et lui a même réservé un accueil médiocre, déconcerté par l'emploi de la prose en un temps où les convenances dramatiques exigeaient l'écriture versifiée pour la grande comédie en cinq actes.


Il faut reconnaître qu'après Le Misanthrope et Le Tartuffe, Molière se faisait concurrence à lui-même, en créant à la hâte, à partir d'une marqueterie d'emprunts allant de Plaute à Boisrobert, une comédie mélangeant les registres du drame et de la farce, alliant le réalisme et la fantaisie, le burlesque et le romanesque invraisemblable.
Il est par ailleurs remarquable qu'après la cabale des dévots, Molière ait présenté au public, à travers Harpagon, l'image d'une âme ravagée par la puissance corruptrice de l'argent qui se substitue à l'amour de Dieu, litanie des prédicateurs du temps, et soit entré en connivence avec la censure chrétienne de la cupidité. Mais si l'avarice apparaît, somme toute, comme la compensation affreuse que se donne un homme à qui la vie échappe dans le naufrage de la vieillesse, l'esthétique du ridicule qui caractérise cette pièce oblige l'interprète du rôle à se faire instrument de pénétration des égarements obsessionnels et de la folie hallucinée.
Dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli qui se caractérise par un anachronisme déconcertant de costumes et de comportements contemporains au regard du registre suranné de la langue du Français classique(parler de hauts-de-chausses, d'aiguillettes, de rubans, de fraise à l'antique, de carrosse, ne rime à rien ici!), Jacques Weber incarne un Harpagon sombre, clairvoyant, pathétique, à peine burlesque, qui n'utilise même plus, dans l'esprit de la tradition, les ressources du rôle, en particulier les lazzis. Vieil homme de qualité, bourru, difficile, intraitable, d'une haute stature, il ne correspond plus à l'image du personnage moliéresque, soucieux d'effets comiques. Et la performance de cet acteur qui s'arroge le rôle vedette(et décède à la fin du spectacle devant sa cassette-sac poubelle)ne s'intègre malheureusement pas à la cohérence de la mise en scène pour nous révéler l'unité dramatique d'un ensemble.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Dimanche 19 Avril 2015
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