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Körper de Sasha Waltz (Berlin), Festival de Marseille au Silo, 6 Juillet 2013, par Philippe Oualid

Dans Körper, nous dit Sasha Waltz, "le corps humain est présenté nu, mais de façon neutre, sans aucune connotation culturelle ou sexuelle. Ce n'est pas de l'exhibitionnisme, car le corps y est présenté comme une coquille plus que comme une personne".


Körper Sasha WALTZ © Bernd Uhlig
Körper Sasha WALTZ © Bernd Uhlig
Inspirée par les horreurs des camps de la mort dont les photographies ou les films nous renvoient des images de corps suppliciés enchevêtrés, de chairs amassées, de cadavres amoncelés au sortir des chambres à gaz, la pièce créée au cœur du musée juif de Berlin en 2000, se déploie comme une fresque organique de l'espèce humaine menacée de naufrages passés ou futurs. Témoignage et vision, elle s'empare de la mémoire de l'Holocauste pour nous révéler de nouveaux cauchemars en évoquant génocides, manipulations génétiques, clonage ou trafic d'organes. . . Le spectacle qui ne relève pas totalement de la danse-théâtre (Tanztheater) cherche" à parler de la vie, de l'humain, de ce qui nous soude, de ce qui bouge", et exige des performers conscients ou des danseurs à forte personnalité, capables de propager une énergie fortement émotionnelle.

La première partie du spectacle nous montre des corps nus emprisonnés qui gravissent une paroi ou glissent le long d'un mur noir, au ralenti, en s'agrippant à des barreaux, et des bras, des mains, une chevelure qui sortent de deux guichets, sur un bruitage de gaz d'échappement, de souffles. Entrent ensuite deux femmes, un homme qui dessinent sur leur corps des zones d'organes en partant des seins, du coeur, des intestins, des mollets, et les mettent à prix. Après des séquences burlesques où des couples présentent leur corps inversé à hauteur du bassin, où des paires de bras agitent des soucoupes derrière un maître d'hôtel, nous voilà plongés dans l'atmosphère d'un asile de fous où un skieur glissant verticalement sur la paroi, un pêcheur à la ligne, des tagueurs, un malheureux dont les haillons représentent des membres écorchés, ensanglantés, exécutent leur numéro délirant sans se préoccuper du reste.

La seconde partie qui débute avec la chute du mur transformé en tremplin, représente des files de corps debout, couchés, en tas, dans des bruits de portes-glissière de wagon à bestiaux, mixés à une ritournelle d'accordéon, une procession de femmes nues traçant sur un tableau noir des lignes et des cercles, une soliste qui actionne avec des perches son immense chevelure tressée, un acteur qui parle de son corps tandis que d'autres miment ce qu'il déclare avec les gestes expressifs de la langue des sourds-muets ; au final, hommes et femmes valsent dans la nuit, se querellent ou cherchent à se reconnaître derrière une vitre. . .

A revoir cette pièce si peu "dansée", plus de dix ans après sa création, et dans une nouvelle scénographie de Thomas Schenk, on éprouve, fasciné, l'impression que Körper, éloigné de tout geste codifié, exige de ses interprètes des qualités athlétiques, un goût prononcé pour l'esthétique expressionniste allemande, et surtout un tempérament inflexible susceptible de s'affronter à une extravagante expérience des limites.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mardi 9 Juillet 2013
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