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Karl Marx, un retour d’actualité. Vu à l'Espace Léo Ferré au Théâtre Toursky, Marseille, du 1 er au 5 décembre

La pièce de Howard Zinn(*), interprétée par Ivan Romeuf, a interpellé et éclairé un public attentif.


Ivan Romeuf personnifie avec finesse un Karl Marx empreint d’humanité et d’esprit de résistance @ Christian Robin
Ivan Romeuf personnifie avec finesse un Karl Marx empreint d’humanité et d’esprit de résistance @ Christian Robin
Le couvercle de la Boîte s’entrouvre, coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche. Et finalement Karl Marx sort pour profiter de l’heure qui lui est accordée pour un retour sur terre qui va lui permettre de faire le point sur notre monde d’aujourd’hui et détruire quelques idées reçues qui ont la vie dure.
Durant ces soixante minutes, Karl Marx va évoquer sa vie, ses exils, sa famille, leur pauvreté, ses discussions avec Proudhon ou Bakounine. Mais il va surtout constater que ses analyses sur le capitalisme naissant au 19e siècle sont toujours d’actualité, seulement dépassées par la réalité qu’il découvre.
Il dénonçait alors notamment la concentration du capital dans un petit nombre de mains, au détriment du plus grand nombre, avec une augmentation de la classe prolétarienne. Ses effets aliénants pour l’Homme et son travail, son absence de valeurs humaines. Un système à la fois injuste et instable.

« J'avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans », commente Karl Marx, débarqué par erreur pour ce bref retour aux Etats-Unis au lieu du quartier de Soho où il avait vécu à Londres. « Moins de cinq cents personnes contrôlent deux mille milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? N’ai-je pas dit, voilà cent cinquante ans, que le capitalisme allait augmenter la richesse dans des proportions énormes mais que cette richesse serait concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ? (…) Gigantesque fusion de la Chemical Bank et de la Chase Manhattan Bank. Douze mille travailleurs vont perdre leur emploi… Actions en hausse. Et ils disent que mes idées sont mortes !… » Et de citer les enfants qui meurent de faim, les personnes qui ne peuvent se soigner… « Le capitalisme creuse sa propre tombe ! ».

Mais Karl Marx veut aussi profiter de cette incursion dans notre société pour tordre le cou à une autre idée reçue : l’amalgame entre le communisme et le dévoiement qui en a été fait par des dictateurs, en particulier Staline : « Comment un homme qui extermine des camarades de combat peut-il se réclamer du communisme ? »
Dans son Manifeste communiste, Marx considère que la première nécessité pour le prolétariat est « la conquête de la démocratie. » « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu'à être identifiées aux cruautés staliniennes, écrit à ce sujet l’auteur Howard Zinn. Je pensais qu'il fallait sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient instauré un ordre répressif dans différents coins du monde, mais aussi de ces essayistes et de ces politiciens de l'Ouest qui s'extasiaient devant le triomphe du capitalisme. »
Ivan Romeuf, avec humour, émotion, parfois colère, donne chair de façon saisissante à ce Karl Marx empreint d’humanité. Et contribue à la réussite du souhait exprimé par l’auteur en conclusion de sa préface : « Je souhaite que cette pièce n'éclaire pas seulement Marx et son temps mais également notre époque et la place que nous y avons. »
Jacqueline de Grandmaison

(*)Historien politologue, écrivain américain (1922-2010)


Pierre Aimar
Mercredi 9 Décembre 2015
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