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Jacques-Emile Blanche, peintre, écrivain, homme du monde, exposition au Palais Lumière, Evian, du 7 Mai au 6 Septembre 2015. Par Philippe Oualid

Le Palais Lumière d'Evian présente, en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Rouen, une remarquable exposition consacrée au peintre Jacques-Emile Blanche (1861-1942), disciple à la fois de Manet, Renoir, Degas ou Whistler, et portraitiste de talent des grandes figures du monde des Arts et des Lettres françaises et anglaises.


Le Chérubin de Mozart (portrait de Désirée Manfred), vers 1903. Huile sur toile, 157 x 118 cm. Musée des Beaux-arts de la Ville de Reims © Christian Devleeschauwer
Le Chérubin de Mozart (portrait de Désirée Manfred), vers 1903. Huile sur toile, 157 x 118 cm. Musée des Beaux-arts de la Ville de Reims © Christian Devleeschauwer

Fils du docteur Blanche, célèbre médecin aliéniste qui eut comme patients Nerval, Théo van Gogh et Maupassant, J.E. Blanche doit à sa famille d'avoir rencontré très jeune les principaux artistes de l'époque et côtoyé la brillante société du Paris fin-de-siècle. Peintre, écrivain, critique d'art, musicien, excellant dans tous les domaines, sa culture, ses goûts littéraires, ses passions se révèlent dans la sélection de ses modèles, écrivains ou musiciens avec lesquels il entretient des relations privilégiées, et qui lui apportent la célébrité dès le début de sa carrière: Mallarmé (dont il fut l'élève au lycée Condorcet), Cocteau, Proust, Gide, Barrès, Mauriac, Claudel, Radiguet, Anna de Noaïlles, Paul Valéry, Igor Stravinsky, figurent en bonne place ici dans des peintures à l'huile ou au pastel qui retiennent l'attention pour leur caractère sublime, et qui occultent pratiquement tout le reste de l'œuvre...
On s'attarde aussi bien volontiers devant des natures mortes inspirées par Chardin, des scènes intimes ou d'intérieurs d'une exquise distinction, et tout particulièrement devant le décor du pavillon français pour la biennale de Venise 1912, avec sa frise décorative et ses scènes de spectacles des Ballets Russes dansés par Ida Rubinstein, dans l'Oiseau de Feu, ou Tamara Karsavina et Nijinski dans Sheherazade.
En revanche, d'autres parties de l'œuvre peint, relevant de la célébration édifiante, suscitent une relative indifférence, comme ce mémorial paroissial de style néo-réaliste en hommage aux morts de la Grande Guerre 14-18, offert à l'Eglise Saint-Ouen d'Offranville, ou ces scènes anglaises de style impressionniste, paysages de rues de Londres(où le peintre effectue de fréquents séjours entre 1905 et 1911), Derby d'Epsom, régates à Henley, ou cérémonies du couronnement du roi Georges V, vouées à la décoration de salles d'attente ou de salons bourgeois.
En définitive, ce qui surprend le plus dans cette rétrospective, c'est une certaine incohérence entre les goûts et les préjugés très conservateurs d'un peintre qui se déclare "traditionnaliste-né", qui paye de sarcasmes sa fréquentation des grands écrivains, et son esthétique caractérisée par une intelligente curiosité à l'endroit des avant-gardes artistiques des XIXe et XXe siècles.
Un très beau catalogue, richement illustré, rédigé par les commissaires de l'exposition (Sylvain Amic, Diederik Bakhuys, Anne-Charlotte Cathelineau et Marie-Claude Coudert), édité par SilvanaEditoriale (Milano) est en vente au prix de 35 Euros.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Dimanche 9 Août 2015
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