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Expositions inaugurales du MUCEM, Marseille, qui confirment que Marseille est une capitale culturelle depuis vingt-six siècles

Avec le MUCEM (Musée des civilisations de l'Europe et de La Méditerranée) conçu par le génial architecte marseillais Rudy Ricciotti, Marseille se dote d'un magnifique lieu d'expositions, d'échanges culturels à l'entrée du Vieux Port.


MUCEM, Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée © Mucem 2013
MUCEM, Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée © Mucem 2013
Ce parallélépipède rectangle, recouvert d'une mantille de dentelle en béton high tech, va célébrer désormais le croisement des civilisations des deux rives de la Méditerranée et instaurer de nouvelles relations entre la Cité phocéenne et ses habitants. Pour son inauguration, son directeur Bruno Suzzarelli propose trois expositions, une permanente et deux temporaires, à destination du public le plus large, pour définir les missions du Mucem.

La galerie de la Méditerranée, conçue par Zeev Gourarier, conservateur général du patrimoine, directeur scientifique et culturel du Mucem, est construite autour de quelques problématiques dans les espaces de quatre galeries : invention de l'agriculture et naissance des dieux, Jérusalem, ville trois fois sainte, citoyenneté et droits de l'homme, et navigation au-delà du monde connu. On y voit comment l'agriculture a modelé, il y a six mille ans, les sites de la Méditerranée, comment le cultivateur-chasseur se sédentarise, change son mode de pensée, vénère les dieux.
L'invention des monothéismes donne lieu à la visite du Mur des Lamentations, du Saint-Sépulcre et du Dôme du Rocher ; une troisième galerie fait état du progrès moral de la citoyenneté qui naît en Grèce, une guillotine et un morceau du Mur de Berlin montrent que le droit à la vie ou celui de circuler ne sont pas acquis, et enfin des cartes de Portulans, des astrolabes, des instruments de précision, une maquette de caravelle nous entraînent dans la découverte du Nouveau Monde. Cette exposition permanente qui cherche à exposer des pensées au gré de la déambulation, permet au visiteur de progresser, en fonction de sa culture personnelle, dans le temps et le patrimoine de la Méditerranée.

La seconde exposition, Le Noir et le Bleu, un rêve méditerranéen, de Thierry Fabre, fruit de vingt ans de réflexion, est inspirée par un tableau de Joan Miro : Bleu II (4 Mars 1961), visible dès l'entrée, qui fait vibrer et se répondre en tension deux couleurs du paysage méditerranéen, le noir et le bleu, la barbarie et les lumières. Elle interroge à partir de quatre cents images et documents, une civilisation le plus souvent agressive qui s'est développée lors de la colonisation des territoires africains. La conquête de l'Egypte par Napoléon Bonaparte, celle de l'Algérie, des intentions civilisatrices ambigües ou dominatrices, mais relevant d'une utopie, sont montrées à travers des toiles, des affiches, des objets, des photographies, des films. On y voit aussi comment le rêve cosmopolite s'étend à Istanboul, à Beyrouth, puis de quelle manière il vire au tragique à la veille de la seconde guerre mondiale, à Smyrne, à Barcelone, puis à Marseille en 1943, à Sétif en 1945, à Jéusalem en 1948, à Suez en 1956, et enfin à Alger en 1962. A la fin du parcours, Frédéric Nietzsche, Paul Valéry, Garcia-Lorca, quelques tableaux de Soutine, Masson, Picasso, De Staël, Klein sont exposés pour faire surgir le Bleu de l'Espoir, la puissance symbolique d'un désir esthétique, avec des œuvres d'art qui nourrissent la création artistique au XXe siècle.

La troisième exposition, Au bazar du genre : Féminin-Masculin en Méditerranée, conçue par Denis Chevallier, propose dans un contexte de bouleversement de l'ordre des sexes, un parcours intéressant à travers les façons d'être homme ou femme dans l'espace méditerranéen contemporain. L'exposition parle des revendications concernant la liberté d'assumer des choix de sexualité différents ou multiples, de l'actualité des formes de pactes ou de mariages homosexuels, et témoigne de l'homophobie à travers des documents télévisés;Aucune provocation dans cette démarche qui fait cependant apparaître clairement que des lois répressives sur l'homosexualité sont conservées dans certains pays du bassin méditerranéen.

Trois belles expositions qui devraient attirer les foules et qui ne déméritent pas de Marseille, capitale culturelle depuis vingt-six siècles.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Lundi 10 Juin 2013
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