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Exposition Soulèvements au Jeu de Paume, Paris, du 18 octobre 2016 au 15 janvier 2017

« Soulèvements » est une exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, des événements politiques


Gilles Caron, Manifestations anticatholiques à Londonderry,  1969
Gilles Caron, Manifestations anticatholiques à Londonderry, 1969
... en tant qu’ils supposent des mouvements de foules en lutte : il sera donc question de désordres sociaux, d’agitations politiques, d’insoumissions, d’insurrections, de révoltes, de révolutions, de vacarmes, d’émeutes, de bouleversements en tous genres.

C’est une interrogation sur la représentation des peuples, au double sens — esthétique et politique — du mot « représentation ». L’exposition se fonde sur un travail historique et théorique que Georges Didi-Huberman tente de mener depuis quelques années, notamment à travers une série d’ouvrages intitulés L’Œil de l’histoire et dont les derniers affrontent la question de l’« exposition des peuples » ainsi que de l’émotion en tant qu’elle serait à ne pas exclure d’une anthropologie politique.

La figure du soulèvement sera déclinée à travers divers médiums : manuscrits d’écrivains, peintures, dessins, gravures, photographies, films. Ceux-ci, parce que la représentation des peuples en mouvements — depuis Griffith et Eisenstein jusqu’aux réalisateurs d’aujourd’hui — est l’une des grandes affaires du cinéma, feront l’objet d’une attention particulière qui donnera sans doute à l’exposition son style particulier.

Le parcours de l’exposition suit un cheminement sensible et intuitif dans lequel le regard peut, cependant, se focaliser sur des « cas » exemplaires traités avec précision, afin d’échapper à tout regard généralisateur, à travers cinq grandes parties :
• éléments (déchaînés)
• gestes (intenses)
• mots (exclamés)
• conflits (embrasés)
• désirs (indestructibles)

Eléments (déchaînés)

Les éléments sont instables : se soulever déchaîne.

Se soulever, comme lorsqu’on dit « une tempête se lève, se soulève ». Renverser la pesanteur qui nous clouait au sol. Alors, ce sont les lois de l’atmosphère tout entière qui seront contredites. Surfaces – draps, drapés, drapeaux – qui volent au vent. Lumières qui explosent en feux d’artifice. Poussière qui sort de ses recoins, qui s’élève. Temps qui sort de ses gonds. Monde sens dessus dessous. De Victor Hugo à Eisenstein et au-delà, les soulèvements seront souvent comparés à des ouragans ou à de grandes vagues déferlantes.
Parce qu’alors les éléments (de l’histoire) se déchaînent.
On se soulève d’abord en exerçant son imagination, fût-ce dans ses « caprices » ou ses « disparates », comme disait Goya. L’imagination soulève des montagnes. Et lorsqu’on se soulève depuis un « désastre » réel, cela veut dire qu’à ce qui nous oppresse, à ceux qui veulent nous rendre les mouvements impossibles, on oppose la résistance de forces qui sont désirs et imaginations d’abord, c’est-à-dire forces psychiques de déchaînement et réouvertures des possibles.

Dennis Adams, Léon Cogniet, Marcel Duchamp, Francisco de Goya, William Hogarth, Victor Hugo, Leandro Katz, Eustachy Kossakowski, Man Ray, Jasmina Metwaly, Henri Michaux, Tina Modotti, Robert Morris, Hélio Oiticica, Roman Signer, Tsubasa Kato, Jean Veber, anonyme français.

Gestes (intenses)

Les gestes sont intenses : se soulever s’agit ou s’agite.

Se soulever est un geste. Avant même d’entreprendre et de mener à bien une « action » volontaire et partagée, on se soulève par un simple geste qui vient tout à coup renverser l’accablement où jusque-là nous tenait la soumission (que ce fût par lâcheté, cynisme ou désespoir). Se soulever, c’est jeter au loin le fardeau qui pesait sur nos épaules et nous empêchait de bouger. C’est casser un certain présent – fût-ce à coups de marteau, comme auront voulu le faire Friedrich Nietzsche ou Antonin Artaud – et lever les bras vers le futur qui s’ouvre. C’est un signe d’espérance et de résistance.
C’est un geste et c’est une émotion. Les républicains espagnols l’ont pleinement assumé, eux dont la culture visuelle avait été formée par Goya et Picasso, mais aussi par tous les photographes qui recueillaient sur le terrain les gestes des prisonniers libérés, des combattants volontaires, des enfants ou de la fameuse Pasionaria Dolores Ibárruri. Dans le geste de se soulever, chaque corps proteste de tous ses membres, chaque bouche s’ouvre et s’exclame dans le non-refus et dans le oui-désir.

Paulo Abreu, Art & Language, Antonin Artaud, Joseph Beuys, Désiré-Magloire Bourneville, Gilles Caron,
Claude Cattelain, Agustí Centelles, Chim, Pascal Convert, Gustave Courbet, Michel Foucault, Leonard Freed, Gisèle Freund, Marcel Gautherot, Agnès Geoffray, Jochen Gerz, Jack Goldstein, Alvaro Hoppe, Käthe Kollwitz, Alberto Korda, Germaine Krull, Hiroji Kubota, Annette Messager, Lisette Model, Tina Modotti, Friedric Nietzsche, Willy Ronis, Graciela Sacco, Lorna Simpson, Wolf Vostell, anonymes français.

Mots (exclamés)

Mots d’ordre : se soulever s’écrit.

Les bras se sont levés, les bouches se sont exclamées. Maintenant il faut des mots, il faut des phrases pour le dire, le chanter, le penser, le discuter, l’imprimer, le transmettre. Voilà pourquoi les poètes se situent « en avant » de l’action elle-même, ainsi que le disait Rimbaud aux temps de la Commune. En amont les romantiques, en aval les dadaïstes, les surréalistes, les lettristes, les situationnistes, etc., auront mené de poétiques insurrections.
« Poétique » ne veut pas dire « loin de l’histoire », bien au contraire. Il y a une poésie des tracts, depuis la feuille de protestation écrite par Georg Büchner en 1834 jusqu’aux résistances numériques d’aujourd’hui, en passant par René Char en 1943 et les « ciné-tracts » de 1968. Il y a une poésie propre à l’usage des papiers journaux et des réseaux sociaux. Il y a une intelligence particulière – attentive à la forme – qui est inhérente aux livres de résistance ou de soulèvements. Jusqu’à ce que les murs eux-mêmes prennent la parole et que celle-ci investisse l’espace public, l’espace sensible en son entier.

Antonin Artaud, Ever Astudillo, Ismaïl Bahri, Artur Barrio, Georges Bataille, Charles Baudelaire, Joseph Beuys, Alfredo M. Bonanno, Enrique Bostelmann, André Breton, Marcel Broodthaers, Cornelius Castoriadis, Claude Cefort,
Champfleury, Gustave Courbet, Dada, Armand Dayot, Guy Debord, Carl Einstein, Jean-Luc Fromanger, Federico García Lorca, Groupe Dziga Vertov, Raymond Hains, Raoul Hausmann, John Heartfield, Bernard Heidsieck, Victor Hugo, Asger Jorn, Jérôme Lindon, Rosa Luxemburg, Man Ray, Germán Marín, Cildo Meireles, Henri Michaux, Tina Modotti, Pier Paolo Pasolini, Pablo Picasso, Sigmar Polke, Jacques Rancière, Armando Salgado, Álvaro Sarmiento, Philippe Soupault, Charles Toubin, Félix Vallotton, Gil Joseph Wolman, anonymes allemands, chiliens, cubains, espagnols, français, italiens, mexicains, russes, ciné-tracts anonymes.


Conflits (embrasés)

Violences : se soulever détruit.

Alors tout s’embrase. Les uns n’y voient que pur chaos. Les autres y voient surgir, enfin, les formes mêmes d’un désir d’être libre. Des façons de vivre ensemble s’inventent pendant les grèves. Dire qu’on
« manifeste », c’est constater – même pour s’en étonner, même pour ne pas comprendre – que quelque chose est apparu, qui était décisif. Mais il aura fallu un conflit pour cela. Motif important de la moderne peinture d’histoire (de Manet à Polke) et des arts visuels en général (photo, cinéma, vidéo, arts numériques).
Il arrive que les soulèvements ne produisent que l’image d’images brisées : vandalismes, ces sortes de fêtes en négatif. Mais on construira sur ces ruines l’architecture provisoire des soulèvements : choses paradoxales, mouvantes, faites de bric et de broc, que sont les barricades. Puis, les forces de l’ordre répriment la manifestation, quand ceux qui se soulèvent n’avaient pour eux que la puissance de leur désir (la puissance : mais pas le pouvoir). Et c’est pourquoi il y a tant de gens, dans l’histoire, qui sont morts de s’être soulevés.

Manuel Álvarez Bravo, Hugo Aveta, Ruth Berlau, Malcolm Browne, Henri Cartier-Bresson, Agustí Centelles, Chen Chieh- Jen, Armand Dayot, Honoré Daumier, Adolphe-Eugène Disdéri, Robert Filliou, Jules Girardet, Arpad Hazafi, John Heartfield, Dmitri Kessel, Herbert Kirchhorff, Héctor López, Édouard Manet, Marville, Ernesto Molina, Jean-Luc Moulène, Voula Papaioannou, Sigmar Polke, Willy Römer, Pedro G. Romero, Jesús Ruiz Durand, Armando Salgado, Allan Sekula, Thibault, Félix Vallotton, Jean Veber, anonymes français, mexicains.

Désirs (indestructibles)

Se soulever, donc, s’espère : s’imagine, se tend vers le futur.

Mais la puissance survit au pouvoir. Freud disait du désir qu’il est indestructible. Même ceux qui se savent condamnés – dans les camps, dans les prisons – cherchent tous les moyens pour transmettre un témoignage, un appel. Ce que Joan Miró évoqua dans une série d’œuvres intitulée « L’Espoir du condamné à mort », en hommage à l’étudiant anarchiste Salvador Puig i Antich exécuté par le régime franquiste en 1974.
Un soulèvement peut se terminer dans les larmes des mères sur le corps de leurs enfants morts.
Mais ces larmes ne sont pas que d’accablement : elles peuvent encore se donner comme puissances de soulèvement, comme dans ces « marches de résistance » des mères et des grand-mères à
Buenos Aires. Ce sont nos propres enfants qui se soulèvent : Zéro de conduite ! Antigone n’était-elle pas presque une enfant ? Que ce soit dans les forêts du Chiapas, à la frontière gréco-macédonienne, quelque part en Chine, en Égypte, à Gaza ou dans la jungle des réseaux informatiques pensés comme une vox populi, il y aura toujours des enfants pour faire le mur.

Taysir Batniji, Francisca Benitez, Ruth Berlau, Bruno Boudjelal, Agustí Centelles, Eduardo Gil, Mat Jacob, Ken Hamblin, Maria Kourkouta, Joan Miró, Pedro Motta, Voula Papaioannou, Estefania Peñafiel Loaiza, Enrique RamÍrez, anonymes argentins, grecs, mexicains.

Pratique

Mardi (nocturne) : 11 h-21 h
Mercredi à dimanche : 11 h -19 h. Fermeture le lundi
TARIFS
Plein tarif : 10 € / Tarif réduit : 7,50 €



Pierre Aimar
Mercredi 21 Septembre 2016
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