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Exposition Jean Le Gac, "Choses peintes-photographiées-écrites", d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde, Perpignan, du 9 avril au 12 juin 2016

« Je suis un peintre de photos et de textes que l’on accroche aux murs »: ainsi se définissait Jean Le Gac en 1979 au terme d’une décennie où il fut sans doute le premier de l’art dit contemporain, à associer systématiquement des récits à ses images pour construire une histoire dont le héros est « le peintre ».


Tintin c'est moi, 1999. Technique mixte sur toile, 180 x 215 cm
Tintin c'est moi, 1999. Technique mixte sur toile, 180 x 215 cm
À la verticale des monuments des « chutes d’armes », glaives, boucliers, casques et panaches célèbrent des hauts faits, des victoires. Mettant à profit la hauteur sous plafond du Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde, Jean Le Gac présentera le vaste cycle de ses travaux des dernières années, célébrant un peintre imaginaire, à la fois obscur (au travers de grandes natures mortes d’accessoires qui lui ont servi à sa mise en récit, accompagnés de photos de multiples retours en arrière connus, inconnus, oubliés), à la fois un peintre glorieux, tutoyant à l’atelier d’autres personnages de légende2, Buffalo Bill, Tarzan, l’indien, Tintin, Corto Maltese, Maitrejean, Braque, Picasso, Matisse, le champion cycliste Louison Bobet, afin d’établir des preuves, des filiations inconnues, d’une fiction étalée sur presque cinquante ans et en dresser le panorama, ce que l’on appelait autrefois l’Oeuvre.

Pratiquement sans rien y changer, écrit Jean Le Gac, j’emprunte ces mots au philosophe. Je ne dirai pas lequel pour ne pas me parer des plumes de paon. Du titre de l’exposition « Choses peintes-photographiées-écrites », dire que sans eux (sans ces mots-là) l’exposition serait très différente ne suffit pas : elle ne serait pas. Ce mots disent si bien ce que j’ai voulu faire qu’ils m’obligent à me demander si je l’ai vraiment fait, être en même temps polymorphe (les nouvelles formes), entre les lignes3, ici et là-bas de l’art, moi au travers des autres (les copies-délassements « d’après »).

Jean Le Gac en quelques mots

Jean Le Gac est né en 1936 à Alès dans le Gard, puis il va vivre à Carmaux dans le Tarn, où sa famille s’installe. Adolescent, au collège et dans sa famille, on repère très vite son talent précoce pour le dessin et dans cet environnement minier il fait figure de mythe, il décide qu’il sera Peintre. Nanti d’une Bourse d'État, il part à Paris et obtient le diplôme de professeur de dessin et d’arts plastiques en 1958. Mais la quasi disparition d’une pratique picturale traditionnelle remet en question son projet.

Professeur de dessin, il n'est guère tenté par une carrière conforme aux tendances qui dominent les années 1960, et ses premières activités, promenades, envois postaux, s'affirment en marge des catégories admises, comme celles de Christian Boltanski qu'il connaît depuis 1966. Jean Le Gac manipule des objets naturels et photographie ses interventions dans la nature en y ajoutant des mots. Puis, afin de contourner le système clos des galeries, il adresse par la poste aux personnes repérées sur le fichier de la galerie Gévaudan, sous forme de lettres anonymes, ses photographies accompagnées de textes.

Paradoxalement, c’est ce choix du deuil de la peinture et d’activités apparemment régressives qui vont lui ouvrir les portes du monde de l’art. Pour la première fois, Jean Le Gac expose dans une grande manifestation artistique internationale : la Documenta de Kassel en 1972. Il a 36 ans et c’est un artiste sans œuvre. Il dit : "J’ai regroupé sous forme de cahiers mes lettres et mes photos élaborées durant les années 1969-1970." Dès lors, il expose régulièrement et entre à la galerie Daniel Templon à Paris.

Passionné de littérature, il en vient à proposer, d'abord dans de modestes cahiers juxtaposant photos et textes également allusifs, le récit des faits et gestes d'un peintre anonyme : ce matériel narratif l'autorise à se définir comme artiste-peintre, projetant ses problèmes, ses doutes et ses humeurs sur son double.

Présenté par Harald Szeemann à la Documenta V dans le cadre des Mythologies individuelles, Le Gac est alors intégré dans une figuration narrative aux côtés de Christian Boltanski, Annette Messager ou Jochen Gerz. Son travail rejoint progressivement la présentation classique de la peinture : photos et textes, eux-mêmes photographiés, s'organisent en panneaux encadrés, sans renoncer à l'aspect livresque (Le Peintre de Tamaris, 1989, Introduction aux œuvres d'un artiste dans mon genre, 1987). Depuis 1981, il reproduit avec les techniques traditionnelles (fusain, pastels) des illustrations empruntées à la littérature populaire, qui permettent à son personnage de vivre de nouvelles aventures, toutes également stéréotypées, et complète ses images par des objets (machine à écrire, appareil photo, projecteur de cinéma) évocateurs d'une mise en scène ou d'une fiction qui n'en finit pas de mettre en abyme ses procédés : l'œuvre de Le Gac s'élabore sur l'absence d'œuvre de son héros.

Cependant, Jean Le Gac refuse de se laisser entraîner dans les nouveaux courants de l’art qu’il avait pourtant semblé inaugurer par des démarches proches du Land Art ou de la Performance. Il replonge alors dans les livres de son enfance, dans cette littérature illustrée et désuète qui avait contribué à sa vocation de peintre, et dans un esprit de modestie et d’authenticité, il poursuit une oeuvre où le peintre, lui-même, devient le sujet-objet. Désormais, l’illustration et la légende, toujours décalées, resteront le vocabulaire de base de la construction mythique d’une figure d’artiste.

Pratique

Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde
3, avenue de Grande Bretagne
66000 Perpignan



Pierre Aimar
Mardi 2 Février 2016
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