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Exposition Il était une fois l’Orient Express, Institut du Monde Arabe, Paris, du 1er avril au 3 août 2014

Plus qu’une exposition… un événement : l’Orient Express dans toute sa splendeur d’autrefois vient faire halte sur le parvis de l’Institut du monde arabe à l’occasion d’une grande exposition consacrée à ce train mythique, à cette icône de l’Art-Déco qui a fait le ravissement de générations de voyageurs, ouvrant grand à ceux-ci les portes de l’Orient.


Verrerie Lalique pour l'Orient Express. Elles servent de décor à la voiture Flèche d'Or.
Verrerie Lalique pour l'Orient Express. Elles servent de décor à la voiture Flèche d'Or.
Rendue possible grâce au concours de SNCF, cette manifestation de grande envergure est conçue en deux parties : z C’est tout un train d’abord – locomotive en tête, suivie de trois voitures exceptionnelles et d’un wagon-restaurant – qui prend place sur le parvis de l’Institut. Le visiteur entreprend son parcours sur un quai de gare reconstitué le long du train, avant de monter dans celui-ci et de le parcourir, voiture après voiture, y découvrant l’atmosphère luxueuse et feutrée qui accompagnait le voyageur tout au long d’un périple dont l’aboutissement était la découverte de l’Orient.

La visite se poursuit à l’intérieur de l’Institut du monde arabe où, sur deux niveaux et quelque huit cents mètres carrés, le public se voit présenter objets et documents d’archives, affiches, films et photographies, dont certains sont montrés dans d’immenses malles-vitrines qui sont autant d’allégories du voyage et l’occasion d’aborder certaines thématiques particulières. Cette vaste exposition permet de comprendre les origines de l’Orient Express, à travers la personnalité de son « inventeur », Georges Nagelmackers, mais aussi dans ses aspects techniques, sociaux et culturels. Les questions liées à la dimension géopolitique de l’Orient Express y sont également développées, à travers les différents itinéraires du train et les correspondances permettant, à partir d’Istanbul, de rallier Alep, Damas, Beyrouth, Bagdad, Le Caire, Louxor, Assouan…

Un train sur le parvis de l’Institut

C’est d’abord la locomotive de l’Orient Express que découvrent les visiteurs sur le parvis de l’Institut du monde arabe !... Puis, tels les voyageurs d’autrefois, longeant un quai flanqué d’une gare aux proportions réduites, les voici qui embarquent dans un véritable train, constitué de trois voitures particulièrement prestigieuses : la voiture-bar-restaurant dite « Train Bleu », immortalisée dans le film Le Crime de l’Orient Express, tiré du roman éponyme écrit par Agatha Christie en 1934, puis la « Flèche d’Or », voiture-salon dite « Lalique », enfin une voiture-couchettes « Orient Express ».

Le mythe de l’Orient Express doit beaucoup à la littérature comme au cinéma. Aussi la dimension cinématographique est-elle omniprésente tout au long du parcours, le visiteur-voyageur apercevant, au fil de sa déambulation d’une voiture à l’autre, les silhouettes d’Hercule Poirot ou de Sherlock Holmes, celles de Lauren Bacall ou de Sean Connery, comme si ces derniers venaient à l’instant de quitter leur compartiment ou de descendre du train.
C’est l’existence à bord qui est donnée à voir : les objets de la vie de tous les jours de ces voyageurs prestigieux sont là, à portée de la main, dans le confort étrange, un peu irréel, de cabines parées de fines marqueteries et de laitons étincelants. Portant la tenue du personnel de la Compagnie des Wagons-Lits, conducteurs et contrôleurs sont présents dans le train, prêts et prompts à renseigner le visiteur…
Dessin de l’agence Clémence Farrell
Dessin de l’agence Clémence Farrell

Un véritable « musée » de l’Orient Express

Affiche pour le Simplon-Orient Express, représentant la Citadelle d’Alep, De La Nezière, 1927
Affiche pour le Simplon-Orient Express, représentant la Citadelle d’Alep, De La Nezière, 1927
Une très remarquable exposition attend le visiteur après son parcours à l’intérieur du train. Celle-ci occupe deux niveaux de l’Institut du monde arabe où sont retracées les origines et l’histoire de l’Orient Express.

Telle une constante, le traitement cinématographique continue de s’appliquer aux objets et aux documents de tous ordres présentés dans cette seconde partie. Physiquement présent sur le parvis et l’esplanade, le train se trouve symbolisé au cours de ce nouveau parcours par la présence récurrente de trains miniatures, bien de nature à séduire les jeunes visiteurs.

Lien mécanique mais aussi fantasmatique entre l’Occident et l’Orient, ce train emblématique d’un art du voyage raffiné à l’extrême mais aujourd’hui révolu, est aussi le symbole du passage du xixe au xxe siècle. L’inventeur de l’Orient Express, Georges Nagelmackers, « célèbre inconnu », était un homme de son époque, féru de modernité. C’est ce capitaine d’industrie que permet de découvrir l’exposition. Créateur de la Compagnie des Wagons-Lits et concepteur de l’Orient Express, qu’il va lancer en 1883, Nagelmackers était aussi un visionnaire, tentant de concilier dans son oeuvre son goût pour l’orientalisme et le rêve d’une Europe unie, et achevant son existence en victime ruinée du capitalisme…

Si, bien évidemment, les trajets de ce train de légende le conduisent en Orient, il lui faut pour parvenir à ce but, traverser tout d’abord l’Europe entière. Un « musée » du train est ainsi proposé aux visiteurs, s’attachant à tous les éléments, objets et documents qui sont à l’origine du mythe de l’Orient Express. Trois malles de voyageur aux proportions considérables – de quelque cinq mètres par deux et demi – contiennent ces différents éléments classés selon des thématiques destinées à assouvir la curiosité du visiteur. L’art de vivre constitue le premier de ces thèmes, rassemblant ces décors et ces objets qui ont tant fait pour la renommée du train : le cabinet de toilette avec des vitraux, le meuble lavabo, vaisselles et pièces d’argenterie, menus du restaurant, valises et sacs de voyage, témoins du raffinement et du luxe de l’époque. La seconde malle-vitrine est consacrée à l’extraordinaire réseau mondial de communication mis en place par la Compagnie des Wagons-Lits et l’Orient Express : voyages touristiques organisés au bout du monde, destinations exotiques et mystérieuses, affiches, documents de voyage, publicités, horaires et itinéraires… Enfin, la troisième malle recense quelquesunes des nombreuses, très nombreuses anecdotes et aventures liées à la petite histoire, mais parfois aussi à la grande, d’un train qu’ont emprunté, en son temps, beaucoup des grands de ce monde et des célébrités de l’époque.

Un diaporama constitué d’images documentaires, de bandes d’actualité mais aussi puisées dans la filmographie de l’Orient Express, permet d’évoquer toutes les villes placées sur le parcours du train – Londres, Paris, Vienne, Venise, jusqu’à Istanbul – et celles encore auxquelles des correspondances donnaient accès : Alep, Damas, Beyrouth, Bagdad, Le Caire, Louxor, Assouan… C’est là l’occasion de découvrir les hôtels célèbres des grandes villes d’Orient – du Pera Palace d’Istanbul au Old Cataract d’Assouan, en passant par le Baron à Alep et le Winter Palace de Louxor – ou les premiers champs de fouilles ouverts à la curiosité de ces voyageurs d’il y a un siècle et plus… Ce diaporama est projeté sur des écrans qui adoptent l’apparence de ces rideaux de train que l’on tire pour dormir mais qui deviennent, dans l’exposition, des miroirs ouverts sur le monde et sur des rêves fabuleux : le visiteur est ainsi tout à la fois dans l’intimité du train et dans l’immensité des territoires parcourus, de Londres à Bagdad ou Assouan.

Une importante section est enfin consacrée au désir d’Orient tel que l’Orient Express l’a porté pendant tantôt un siècle… Si l’Orient a intensément nourri l’imaginaire occidental, l’Orient Express, pour sa part, a certainement été l’un des vecteurs les plus efficaces de ces aspirations et de ces rêves. Car, de fait, l’Orient Express rendait possible ce voyage en Orient qui n’avait appartenu jusquelà qu’aux aventuriers et aux artistes. Des lignes de chemin de fer se construisent – souvent à l’initiative d’un Empire ottoman moderniste –, qui permettent au voyageur occidental de s’enfoncer dans des régions en plein bouleversement dont il découvre, souvent, qu’elles sont fort différentes des fantasmes cultivés en Europe. Ce choc avec la réalité orientale fait aussi parti du voyage… A l’inverse, les notables d’Orient empruntent aussi le train pour découvrir l’Europe et, parfois, la fréquenter avec assiduité. Ces hommes et ces femmes, issus d’Orient et d’Occident, apprennent ainsi à se connaître dans l’espace clos et confiné de l’Orient Express. Ainsi disparaissent les frontières… – le temps d’un avant-guerre ou d’un entre-deux-guerres – pour réapparaître à la suite de l’écroulement de l’Empire ottoman et du développement des nationalismes arabes, dont Lawrence d’Arabie fut l’un des acteurs les plus illustres. C’est-là l’occasion de méditer sur ce que ces frontières sont devenues, à l’aune du rêve qui fut celui de Nagelmakers.

Renseignements pratiques

Institut du monde arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed V
75236 - Paris Cedex 05


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Pierre Aimar
Mercredi 27 Novembre 2013
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