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Exposition Escales Méditerranéennes, Musée Regards de Provence, Marseille, du 17 juin 2017 au 7 janvier 2018

Le Musée Regards de Provence met à l’honneur la thématique des Escales méditerranéennes. Près de 80 œuvres invitent à un parcours pictural qui nous fait caboter de port en port, grâce aux regards d’artistes des XIXème et XXème siècles, qui célèbrent un art de vivre méditerranéen, en rapport avec la mer, où l’élément humain tient une place prépondérante.


Jacques Martin Ferrière, (1893-1972), Retour de pêche à Collioure, Huile sur toile 50 x 73 cm, Collection particulière. © Adagp, Paris, 2017
Jacques Martin Ferrière, (1893-1972), Retour de pêche à Collioure, Huile sur toile 50 x 73 cm, Collection particulière. © Adagp, Paris, 2017
Autant d’artistes qui vinrent poser leur chevalet dans ces escales de la Côte Vermeille à la Côte d’Azur, de l’Algérie à l’Adriatique, inspirés par le pittoresque de certaines villes, l’animation des ports, la géographie exceptionnelle du littoral, entre calanques et collines. Autant d’approches esthétiques qui mêlent romantisme, réalisme, néo-impressionnisme, divisionnisme, fauvisme, pointillisme et expressionnisme, et forment la trame narrative de ces dix étapes : Collioure, Martigues, Marseille, Cassis - La Ciotat, Toulon - Iles d’Hyères, Estérel - Agay, Saint-Tropez, Antibes - Cannes, Venise – Naples et Alexandrie - Alger.
Cette exposition présente ainsi une diversité de points de vue enchanteurs, magnifiés par des artistes, comme Ambrogiani, Bioulès, Camoin, Courdouan, Dyf, Friesz, Guillaumin, Lebasque, Marquet, Martin, Olive, Peske, Picabia, Ponson, Puy, Seyssaud, Valtat, Verdilhan, Ziem.

L’art de vivre en rapport avec la mer

Les peintres de la Méditerranée, qu’ils appartiennent ou non à l’Ecole Provençale, n’échappent pas à la dialectique de la nature et du mode de vie. Une affirmation d’une identité méridionale transparait à travers leurs œuvres face à l’art officiel de leur époque. Sans négliger le paysage de l’arrière-pays provençal, ces peintres-là vont s’attacher à magnifier la vieille cité phocéenne, multipliant les points de vue sur son anse portuaire. Ils vont également se tourner vers le littoral, redécouvrant - tels Garibaldi, Olive, Verdilhan ou Seyssaud - le charme de petites villes comme Cassis et la Ciotat. Tandis que Ponson, de façon plus romantique, ira poser son chevalet dans les calanques, encore sauvages.
L’Italie, tant sur sa partie méditerranéenne (Gênes, Naples) que sur son versant Adriatique (Venise) attira avant Monet et Whistler, Ziem s’émerveillera lors des fêtes nautiques de la Sérénissime pour restituer ces moments magiques dans des tableaux lumineux qui nous fascinent toujours. Dans la mouvance de l’épopée orientaliste, c’est à Alger et Alexandrie que Friesz et Courdouan feront des escales durables, s’y emplissant de sensations, fixant sub specie aeternitatis des moments de leur histoire mouvementée.

Autant d’artistes, autant de sensibilités qui constituent la narration de ces dix Escales méditerranéennes au charme contagieux.

Les escales

Escales à Collioure
Dans cette première escale à Collioure, petite ville en bordure de la Méditerranée, dans les Pyrénées orientales, on apprécie tout particulièrement la touche délicatement pointilliste de Pierre Boudet qui a fixé, dans Plage de Collioure, toute sa douceur estivale. On trouve également une persistance du divisionnisme dans le tableau d’Henri Martin, Port de Collioure ; mais ce sont les pêcheurs, plutôt que les baigneurs, qui ont nourri son inspiration.

Escales à Marseille
Découvrons Marseille avec ses vingt-six siècles d’histoire, ses forts, son Vieux Port et sa Bonne Mère où d’innombrables peintres, connus ou inconnus, ont entrepris de la célébrer, entre ciel et eau, avec leurs pinceaux et leurs couleurs. La cité phocéenne semble indissociable de la Méditerranée qui la baigne, comme du soleil qui conforte sa réputation de farniente. C’est ce que dégage sans doute des tableaux comme Kiosques et manèges sur le Vieux Port - admirables jeux d’ombres - de Gilbert Galland et Voiliers dans le port de Marseille de Charles Camoin, avec la Vierge de la Garde en perspective.

Mais Marseille ne se réduit pas à ses visions un peu trop idylliques ; il y a aussi une ville sombre et industrieuse, qui connût bien des heures tragiques. La présence du Pont Transbordeur (dynamité en 1944) dans les toiles de Marcel Dyf, Jacques-Martin Ferrières et Adolphe Gaussen, nous le rappelle incidemment. Cette vue des Catalans peinte par Vincent Bioulès, nous illustre que son compagnonnage avec Support-Surface ne l’a pas empêché d’être aussi un bon peintre figuratif !

Escales à Cassis et la Ciotat
Avant de devenir les cités balnéaires et huppées que l’on sait, Cassis et la Ciotat furent longtemps des communes industrieuses, où la pêche, le commerce alimentaire et les chantiers de construction navale faisaient autorité. Elles ne bénéficiaient pas moins d’une géographie exceptionnelle, mélange de calanques et de collines qui fascinèrent assez vite les artistes. L’un des premiers, Othon Friesz posa son chevalet devant Le Baou du Redon à Cassis et la Calanque de Figuerolles, moins pour les représenter que pour les réinventer. Plus tard, c’est Pierre Ambrogiani qui donnera une vision tout en volumes chromatiques du Cap Canaille. Aux antipodes de ces audacieuses compositions, il y a le réalisme quasi photographique de Joseph Garibaldi (Port de Cassis, le quai des Baux), de Paul Bistagne (Pêcheurs sur le quai de Cassis) ou de Jean-Baptiste Olive (Port de Cassis) qui retiennent l’attention par leur sobriété lumineuse.

Escales à Martigues
Si Martigues, sous l’angle pictural, reste marquée par la présence écrasante de Félix Ziem (qui en fît sa ville de cœur), elle a également su capter l’attention d’autres peintres. Avec ses canaux et ses petits ponts, la Venise Provençale offrait bien des points de vue sur une Méditerranée s’immisçant jusque dans la vie quotidienne de ses habitants. Si l’on observe ici Bord de côte à Martigues d’Antoine Ponchin ou Retour de pêche à Martigues d’Edouard Ducros, on revivra un instant les conditions de vie précaire des pêcheurs, avec leurs vieilles barques et leurs filets que réparaient les femmes devant leurs masures.

Escales à Toulon et les îles d’Hyères
Port militaire riche en heures glorieuses et tragiques, Toulon n’en recèle pas moins quelques très belles perspectives quand on l’aborde par sa jetée. On appréciera certainement, au cours de cette escale, la chaude vision qu’en a donnée Louis-Mathieu Verdilhan. Tandis qu’à l’opposé, Othon Friesz a choisi de montrer sa rade à la tombée de la nuit, sous un ciel lourd et menaçant dans lequel on devine – à gauche du tableau – la fumée d’une explosion.
Mais Toulon, c’est aussi ces petites îles posées sur la mer, que le touriste aperçoit de loin et qui semblent faire de l’œil aux bateaux. Avant que les marées humaines ne la submergent, Raphaël Ponson pût peindre la Calanque de l’Oustaou de Diou à Porquerolles dans sa pureté quasi originelle. Ou ces Îles d’Hyères vues du Cap Bénat fixées sur la toile par Jean Peské avec une rare expressivité, tant dans son dessin que dans ses couleurs.

Escales à l’Estérel et les roches rouges d’Agay
C’est une curiosité géologique adossée au massif de l’Estérel. Un de ces sites bénis des dieux comme en recèle la Provence. Forcément, ces roches rouges d’Agay ne pouvaient qu’attirer les peintres toujours en quête d’émerveillements. Si Paul Gervais et Antoine Ponchin ont insisté, dans leurs tableaux respectifs, sur la végétation qui habille ces promontoires rocheux, Armand Guillaumin s’est intéressé davantage à la couleur minérale (entre l’ocre et le rouge-bordeaux), au premier plan dans son Bord de mer à Agay. René Seyssaud, lui aussi, exalte les nuances rocheuses avec un goût particulier pour le contraste qu’elles offrent avec le bleu céruléen de ses flots (Les roches rouges à Agay). Toutefois, c’est Louis Valtat qui, en émule de Signac, donne à voir du même site une composition aussi pointilliste que fauve. La luminosité de ses roches rouge-orangé rend presque superflus les deux personnages féminins qui s’y prélassent au premier plan.

Escales à Saint-Tropez
Saint-Tropez occupe une place à part. Avant de devenir, à partir des années 50, l’un des points de ralliement de la jet-set internationale, la petite commune varoise fut prisée par de très grands peintres qui la croquèrent sous tous ses aspects. En l’occurrence, on se laissera charmer ici par la douceur des tons pastel qui caractérisent les compositions de Pierre De Belay et d’Henri Lebasque. Henri Person, avec Attelage à la Mole Saint-Tropez, s’inscrit dans la mouvance de Signac. Tandis que Charles Camoin, plus fauve, met la femme au centre de son tableau Sous la tonnelle à Saint-Tropez. Ce sont des ambiances plus crépusculaires qui émanent des moyens-formats d’Henri Person, Jean Puy et Victor Cordouan (sa Ponche nous rappelle des côtés plus austères de cette rieuse cité). Ker Xavier Roussel donne volontiers dans un esthétisme grécisant avec son Eté en Méditerranée, prolongeant ainsi les aspirations syncrétistes des Nabis - dont il fut d’ailleurs l’un des membres.

Escales à Antibes, Cannes, Menton, Monaco
Des générations de peintres vinrent poser leur chevalet dans les abords du littoral méditerranéen jusqu’à Monaco, trouvant à profusion la matière de leurs exercices d’admiration. De citer Julien Gagliardini peignant par beau temps Un dimanche sur la Croisette, à Cannes : devant son tableau on peut mesurer tous les changements qui l’ont affectée depuis. François Nardi s’est, lui, arrêté devant la Plage du Suquet, avec ses barques toutes voiles au vent. Quant à Joseph Inguimberty, il se fait le chantre de la dolce vita, avec ses vues quasi photographiques de Menton et de Monaco. On y appréciera son sens aigu de la lumière à travers une approche différente.

Escales à Venise, Dubrovnik et Naples
Ce sont les deux grandes escales italiennes de ce périple en Méditerranée. Deux cités aux charmes diamétralement opposés. Venise est grise, mystérieuse, aristocratique. Naples est solaire, populaire, bruyante. L’une est menacée par l’affaissement et les inondations ; l’autre est exposée à la colère du Vésuve, véritable monstre géologique qui surplombe sa magnifique baie. Et cependant, l’une et l’autre n’ont cessé d’enthousiasmer, depuis des siècles, une multitude de voyageurs. On peut encore voir, au crépuscule, La Salute à Venise peinte par Jean-Baptiste Olive ; ou ce pont faiblement ensoleillé qui enjambe un Canal à Venise et qui a séduit Marius Bompard en son temps.
On peut en dire tout autant des Petits métiers et gourmands à Naples de August Fink, avec son ciel jaune soufre, même si depuis d’autres revendeurs ont pris la relève. C’est l’expressivité napolitaine que François Reynaud s’est attaché à montrer dans ses Lazzaroni à Naples. Tandis que Raphaël Ponson nous offre, avec sa Margellina, une vue de la Naples d’antan où seule demeure la masse grise et fumante de l’imposant volcan.
Pour finir, le port de Dubrovnik, d’Alix Aymé représenté de manière panoramique, est sublimé par les jaunes et la très fine pellicule d’or.

Escales à Alexandrie et Alger
Terminons ce voyage en nous projetant sur l’autre rive de la Méditerranée, dans ces deux villes-phares de l’Afrique du nord que sont Alexandrie et Alger. Perle de l’Egypte, haut lieu de la culture antique, la ville d’Alexandrie est toute bruissante des millions de vies qu’elle abrite derrière ses murs. Ses quais sont une sorte d’agora où les hommes viennent discuter. Mais à l’effervescence de la vie diurne s’efface devant la sérénité majestueuse qui accompagne la tombée de la nuit dans le tableau de Victor Cordouan présenté ici et simplement titré Alexandrie.
Qu’en est-il d’Alger, ville elle aussi chargée d’histoire, dans le regard des peintres européens ? Voici Gilbert Galland qui, à travers ses deux aquarelles, nous en offre une vision documentée et élégante, fasciné par ces deux figures de l’imaginaire orientaliste que sont la mosquée et le souk. Quant à Othon Friesz, il a choisi, dans Le port d’Alger, de la montrer sous un angle plus paysagiste, avec ses palmiers au premier plan qui insistent sur un exotisme presque atemporel.

Informations pratiques et Visites

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Billet expositions temporaires : Plein Tarif : 6,50 €. Tarifs réduits: 5,50 € - 4,70 € - 2,00 €.
Billet couplé expos. temporaires & scénographie permanente :
Plein Tarif : 8,50 €. Réduits 7,50 €, 6,50 €.
Visites commentées : tarif d’entrée + 6 € /pers., le mardi et samedi à 15h et tous les jours sur réservation.
Visite commentée gratuite le samedi à 10h30, hors droit d’entrée sur réservation (6 à 25 personnes).

Musée Regards de Provence
Allée Regards de Provence
Avenue Vaudoyer
13002 Marseille
Tél. : 04 96 17 40 40
Courriel : info@museeregardsdeprovence.com
Site : www.museeregardsdeprovence.com



Pierre Aimar
Lundi 12 Juin 2017
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