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Ernani de Verdi clôt de manière flamboyante la saison lyrique monégasque 2014. Par Christian Colombeau

Une prise de rôle générale pour l'ensemble de l'équipe, et un exploit !


Ernani, avril 2014 © Opéra de Monte-Carlo
Ernani, avril 2014 © Opéra de Monte-Carlo

Un souffle "risorgimental" rare pour un spectacle exceptionnel dans sa moderne tradition

Donner vie à l’Ernani de Verdi, tiré bien sûr de la pièce de théâtre de Victor Hugo qui provoqua en son temps la Bataille que l’on sait, relève de l’exploit. Car œuvre de jeunesse pour le musicien et le poète, sur un livret des plus abracadabrantesques de ce dernier.
A se demander également si le sujet a vraiment inspiré Verdi, qui même débutant, était déjà soucieux de vérité humaine, comme le prouvera Nabucco puis Macbeth.

Ernani souffre bien entendu de la forme mi opera-seria voulue par le compositeur. On se trouve donc devant une partition où les airs abondent, où la facilité naturelle de Verdi pour l’invention mélodique en fait autant de morceaux agréables à écouter. Partition forcément influencée par Donizetti, fraîche, spontanée, avec un joli équilibre entre airs de bravoure et souci dramatique.
Pour une fois, enfonçons le clou : une collection d’airs agréable fait-elle un opéra digne de ce nom ? Et ce, malgré un crescendo final à couper le souffle ? Dans cet Ernani/Hernani il semble n’y avoir… que des fantoches. Verdi ne pouvait rien faire de cette situation sinon de composer une musique agréable. Un rien gratuite ?

Ne boudons pas notre plaisir devant la fresque historique (coproduite avec l’Opéra Royal de Wallonie) signée par Jean-Louis Grinda, qui propose non pas des pantins chantants, la main sur le cœur, à l’avant-scène, mais bien des êtres de chair et de sang qui vivent, aiment, se battent et meurent pour le plus grand plaisir de tous.
Voilà du théâtre lyrique, du vrai, qui ne phagocyte pas la musique, sans esbroufe, sans tapage. Une décoratrice (Isabelle Partiot-Pieri) et une costumière (Teresa Acone) inspirées, des chanteurs qui jouent le jeu et donnent le meilleur d’eux-mêmes, et c’est parti pour une soirée à marquer d’une pierre blanche dans la nuit monégasque.
Le grand mérite du metteur en scène est avant tout d’avoir simplifié à l’extrême les lignes de force, sans priver le théâtre de sa vie, de son mouvement, de sa chaleur pour retrouver ainsi l’équilibre même de l’opéra verdien : des conflits schématiques, exacerbés par un lyrisme ardent.

Chapeau bas au septuor vocal engagé : une prise de rôles pour tous. Même pour le chef. Un petit exploit, sympathique, à souligner.
A tout seigneur, tout honneur. Ludovic Tézier, n’est pas seulement le plus grand baryton français du moment, c’est aussi un interprète génial qui confère une exceptionnelle stature à son Carlos, roi d’Espagne. Il est superbe de noblesse, de phrasé, de compréhension du texte, de diction. Un timbre éclatant, un vrai monarque.
De son côté, Ramon Vargas, solaire, d’une santé vocale à toutes épreuves, très jeune premier romantique, ne manque ni de souplesse, ni de style, ni d’allure. Les aigus sont là aussi naturels, le côté estatico du rôle-titre séduisant, car à la fois plein de mordant et de morbidezza quand il le faut.
Le très jeune Alexander Vinogradof présente une figure bouleversante du vieux Silva, vrai cocu planté sur les ergots de l’honneur castillan. Un jeu infini de nuances et de couleurs, une fantastique maîtrise des clairs-obscurs, bref, un artiste à suivre de très près…
Svetla Vassilieva, sans avoir toutes les facettes vocales du rôle, se heurte au sfogato d’Elvira, l’un des sopranos verdiens les plus délicats à distribuer. Tendue, mi-ombre mi-lumière, l’artiste semble se lancer un défi, comme la Freni à la Scala voici trente ans. Ernani involami, plat comme une sole, laisse indifférent, la vocalisation, exotique, amuse. En deuxième partie, la belle bulgare trouvera des accents déchirants au trio final, assumant de belle manière l’invective et le désespoir de sa malheureuse héroïne. Laissons-lui le temps d’approfondir tout cela.
L’Ernani du chef milanais Daniele Callegari relève du roman d’aventures, telle une vraie bande son pour le meilleur film hollywoodien. Entre fracas d’épées, conciliabules politiques, voici une course-poursuite nocturne hallucinante et hallucinée, un souffle « risorgimental » rare… Percutants seconds rôles et chœurs, épiques, parfaits, simplement parfaits, qui rayonnent d’un éclat mystérieux dans le célèbre « Si ridesti il Leon di Castiglia »…
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Mercredi 23 Avril 2014
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