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Entretien d'Elisabeth Oualid avec Emio Greco sur L'Etranger, présenté au Théâtre du Gymnase, le16 Mai 2014.


E. Greco © Alwin Poiana
E. Greco © Alwin Poiana
Elisabeth Oualid : Qu'est-ce qui rend pour vous L'Etranger d'Albert Camus actuel ?
Emio Greco : Son geste de gratuité!Meursault fait les choses qui lui conviennent dans une société où tout est marchandise, où tout est mesuré. . . Son geste de gratuité est un geste de rebellion. . . Meursault rejette le système social parce que les jeux sont faits sans attendre quelque chose en retour.

E. O : En ce qui concerne la scénographie, quel est le but de cette lumière agressive, omniprésente ? Joue-t-elle le rôle de la pression sociale ?
G : La lumière, c'est le côté nature;le soleil, élément de puissance chez Camus, est très important. Il parle beaucoup de la mer, de l'air, du soleil. D'un autre côté, c'est la société, la pression sociale, la surveillance, l'œil d'autrui, le jugement.
E. O : La pression sociale qui finit par anéantir Meursault ?
G : Oui, bien sûr !
E. O : Que recherchez-vous, d'une manière générale, dans votre démarche artistique ?
G : La transposition en mouvements d'une intériorité qui cherche à se libérer des normes sociales. Je me rends compte de plus en plus que je définis un corps et que j'essaye de me dégager de ce corps.
E. O : Un corps social tel qu'il a été codifié ?
G : On a plusieurs corps : le corps physiologique, le corps qui vous tient, qui est à la fois votre ami et votre ennemi, et puis notre grand ennemi, le corps social. Moi, je les considère tous les trois ensemble, mais parfois, c'est l'un ou l'autre qui prend le dessus, et je me sers ainsi de l'un ou de l'autre.
E. O : Vous essayez, dans votre projet, de libérer votre corps de tous les possibles, un peu comme Forsythe qui exploite intérieurement les limites du mouvement.
G : Nous, c'est plus au niveau de la construction extérieure.
E. O : Vous déclarez que le corps exprime plusieurs idées. C'est un spinoziste d'Amsterdam qui parle !
G : Moi, vous savez, j'ai découvert tout ça avec la danse. C'est la danse qui m'a appris tout ça !
E. O : Plusieurs idées, ça veut dire que nous sommes affectés par des quantités d'impressions qui nous modifient. Est-ce cela que vous voulez dire ?
G : Oui, il y a des modifications qui nous viennent de l'intérieur.
E. O : Donc ce que vous recherchez, c'est la transposition en mouvements d'une intériorité qui cherche à se libérer des normes sociales.
G : Voilà, c'est ça. C'est mon objectif chorégraphique.
E. O : Le corps peut-il tout dire ?
G : Il peut beaucoup. En tout cas, on cherche toujours le Tout !


Pierre Aimar
Vendredi 23 Mai 2014
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