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Emile Savitry, un photographe de Montparnasse, Maison de la Photographie Robert Doisneau, Gentilly, du 25 octobre 2012 au 27 janvier 2013

Emile Savitry (1903-1967), peintre surréaliste français devenu photographe vers 1930, ravive avec ses images réalisées jusqu’à la fin des années 1950 le souvenir des « heures chaudes » de Montparnasse ; époque où ce quartier de Paris abritait les artistes et intellectuels du monde entier.


Emile Savitry un photographe de Montparnasse

Réfugiés espagnols à Perpignan, probablement en 1939, après la chute de Barcelone. © Emile Savitry, courtesy Sophie Malexis
Réfugiés espagnols à Perpignan, probablement en 1939, après la chute de Barcelone. © Emile Savitry, courtesy Sophie Malexis
Fuyant le succès fulgurant d’une première exposition de peinture à la Galerie Zborowski en 1929 présentée par Louis Aragon, Savitry s’embarque pour Tahiti où sa rencontre avec le réalisateur F.W. Murnau qui y tourne son film Tabou va le mettre sur la voie de la photographie. A son retour, il découvre le guitariste manouche Django Reinhardt sur le port de Toulon qu’il révèle au monde du jazz, le ramène à Paris et réalise quelques images peu communes du virtuose et de sa famille logés chez lui pour quelque temps. Le café du Dôme, La Coupole, l’Académie de la Grande Chaumière, ce carrefour de Vavin qu’il ne quittera plus lui réservent ses plus belles rencontres : le groupe Octobre avec les frères Prévert et Paul Grimault, la jeune diariste Anaïs Nin, le poète chilien Pablo Neruda, l’écrivain cubain Alejo Carpentier, les sculpteurs et peintres Alberto Giacometti, Anton Prinner, Victor Brauner, Oscar Dominguez qu’il saisit dans l’intimité de leur atelier.

Avec Brassaï, puis Robert Doisneau, il développe sa carrière de photographe à l’agence Rapho. Il sera reporter pour la presse française illustrée, immortalisant l’exil des réfugiés républicains de la guerre d’Espagne au moment de la Retirada, comme le petit peuple du quartier de Pigalle, les rues d’un Paris parfois mélancolique où les bougnats poussent encore leurs charrettes et les clochards s’assoupissent sous les arches de pont, mais aussi les clowns du cirque Medrano et autres prestidigitateurs aux regards étranges, aux visages de masque surréaliste.

Ami de Jacques Prévert, il devient photographe de plateau de Marcel Carné sur les tournages de Les portes de la nuit et du film inachevé La fleur de l’âge tourné à Belle-Ile en 1947 avec la toute jeune Anouk Aimée et Serge Reggiani en mauvais garçon évadé du pénitencier de l’île, Arletty jouant son premier rôle au sortir de la seconde guerre mondiale. A travers des centaines de photos, il apporte un témoignage unique de ce film interrompu au bout de trois mois ; les bobines ayant mystérieusement disparu ! Collaborateur des magazines de mode Vogue et Harper’s Bazaar, la photographie de nu constitue un des sujets de prédilection qui lui vaut un véritable succès au Japon, avant de retourner à la peinture. Sur un dernier salut de Chaplin – une des ultimes images du photographe – comme un adieu souriant et mutin, Savitry quitte ce monde en 1967. Son oeuvre méconnue et foisonnante mérite aujourd’hui d’être mise en lumière. La Maison de la Photographie Robert Doisneau, qui a toujours accordé une place importante aux acteurs de la photographie humaniste comme Izis ou plus récemment Henriette Grindat et Jean Dieuzaide, ajoute à sa pierre à l’édifice de cette révélation tardive. Sophie Malexis

Pratique

Maison de la Photographie Robert Doisneau
1 rue de la Division du Général Leclerc
94250 Gentilly
tél : 01 55 01 04 86
www.maisondelaphotographie-robertdoisneau.fr


Pierre Aimar
Lundi 10 Septembre 2012
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