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Du 1er Octobre au 24 Janvier 2010, Jean Cocteau et La Méditerranée à la Fondation « Regards de Provence » à Marseille. Par Philippe Oualid

Pour célébrer le cent-vingtième anniversaire de la naissance de Jean Cocteau, la fondation « Regards de Provence » présente dans ses deux grandes salles du Palais des Arts, Place Carli, à Marseille, une très belle exposition de dessins, peintures, tapisseries, photographies et céramiques de ce poète touche-à-tout surdoué, dont le fantôme hante encore de nos jours aussi bien les rivages de la Méditerranée que la mémoire de ses fidèles lecteurs parisiens.


Le commissaire de l'exposition, M. Michel Bépoix, et les principaux prêteurs, Stéphane Dermit, Carole Weisweller et Pierre Bergé, président du comité Jean Cocteau, suscitent l'émotion, dès l'entrée, en nous confrontant aux productions du dernier Cocteau, celui du Testament d'Orphée, avec des objets prestigieux crées entre 1957 et 1961, à Villefranche-sur-mer, dans l'atelier Madeline-Laupin, des bijoux, des céramiques, en face de peintures et de photographies qui prouvent à quel point le poète reste vivant dans le foyer de ses amitiés méditerranéennes. Des objets réalisés pour la plupart au crayon d'oxyde et à l'émail, des peintures chargées de symboles qui traduisent la passion du poète pour la mythologie grecque, avec des titres évocateurs : Eurydice, Les gardiens de l'Olympe, Les Vestales, Antinoüs, Oedipe et ses filles, Phèdre et Oenone, Ulysse et les Sirènes.
La Côte d'Azur, en effet, aura été pour Cocteau, tout autant que Paris, dès l'adolescence, le lieu de toutes les rencontres, de toutes les passions, mais aussi l'inspiratrice d'une importante partie de son oeuvre poétique ou graphique, les dessins étant considérés comme “ de l'écriture dénouée et renouée autrement “ . Ceux qui sont présentés ici, à la mine de plomb, au crayon de couleur ou à l'encre de chine, constituent les projets ou les études pour les chapelles de Fréjus, de Villefranche, ou de l'hôtel de Ville de Menton, et ces dessins de pêcheurs, de centurions, de soldats endormis, de Christ ou d'anges à la moue boudeuse, doivent être perçus comme le cordon ombilical qui rattache le poète aux créatures fantasmatiques de ses poèmes, un cordon qu'il considérait d'ailleurs comme le prolongement de toutes les lignes d'ombre qu'il voulait laisser de lui lorsqu'il disparaitrait. . .
“ Toute ma poésie est là : je décalque l'Invisible “ écrivait-il. Et le chemin qui donne accès à l'invisible n'est pas une route droite et plane mais une route zigzagante au bord de la Méditerranée. En pénétrant dans la seconde salle, le pélerinage va donc nous conduire de la Grèce à l'Espagne en passant par l'Italie.
La Grèce, source importante d'inspiration avec Antigone, Oedipe ou Orphée, pays qui relève du mythe permanent pour Cocteau, est ici exposée à travers les célèbres profils d'Orphée aux points, aux perles, aux cercles ou à la Lyre, des Sirènes, des Centaures, des têtes de boucs et de chèvres, des bergers d'une pureté de traits dignes des figures de cratères ou d'amphores antiques.
Les séjours en Italie, à Venise ou à Rome, où il se rendit en 1917 avec Picasso et Diaghilev pour les représentations de Parade inspirent des dessins d'une grande habileté graphique, des caricatures étonnantes croquées à la terrasse du Harri's Bar ou au Lido.
Les voyages en Espagne, enfin, entre 1953 et 1961, suscitent une production de dessins spontanés où s'exprime sa fascination pour Don Quichotte, les toreros, les chanteurs et les danseurs de flamenco, des personnages opposés à tout intellectualisme dont il dévoile subtilement le secret.
Le visiteur de cette exposition sera peut-être surpris par l'importance accordée à l'aspect ornemental ou décoratif de dessins qui représentent la manifestation la plus éblouissante d'un fétichisme obsessionnel exprimé jusque dans le rite iconographique de la petite étoile de la signature, mais les séjours en Méditerranée de Cocteau ne relèvent pas des angoisses ou des terreurs avec lesquelles le poète d'Opium eut à découdre. Ici, point de figures d'horreur qui cherchent à fuir un vertige de mort ou de folie, seulement quelques yeux érectiles ou des narines béantes pour signifier la tragédie d'Oedipus Rex.
Marseille célèbre donc avec bonheur le Prince frivole que nous aimons, qui continue à nous envahir, à nous habiter, à être indispensable, même si on ne sait pas à quoi, le Cocteau merveilleux qui, selon Paul Morand, dansait sur les pointes au nom du génie français tout simplement.
Un luxueux catalogue(35 euros)reproduisant les pièces exposées est en vente au Palais Carli. On peut aussi le commander en écrivant à regards-de -provence@wanadoo. fr
Philippe Oualid


pierre aimar
Lundi 5 Octobre 2009
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