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Dinard, l’amour atomique, Palais des Arts et du Festival de Dinard, du 8 juin au 1er septembre 2013

Dinard aurait pu se contenter d’être une ville balnéaire, un lieu de villégiature idéal, à l’architecture racée. Or Dinard a su créer une identité unique, qui, plus qu’une ville d’art et d’histoire ou fief du festival du film britannique depuis 1990, en fait un centre culturel dynamique


JR , The Wrinkles of the City (La Havana, Rafael Lorenzo y Obdulia Manzano, Cuba), 2012 Tirage photographie © 2013 JR – ADAGP/Courtesy l’artiste et Galerie E. Perrotin, Paris
JR , The Wrinkles of the City (La Havana, Rafael Lorenzo y Obdulia Manzano, Cuba), 2012 Tirage photographie © 2013 JR – ADAGP/Courtesy l’artiste et Galerie E. Perrotin, Paris
Dans cette exposition réunissant une cinquantaine d’œuvres de plus de quarante artistes de nationalités différentes, Ashok Adicéam poursuit la quête : montrer comment l’art contemporain donne à voir des sentiments universels et questionne des images paradoxales. Pour cela, il dresse d’abord dans cette exposition un panorama des bords de mer qui progressivement aboutit à la dernière section autour d’une synergie silencieuse. La notion même de littoral, endroit magique situé entre la terre, le ciel et la mer, est alors posée tout au long du parcours : comment l’homme se positionne par rapport à ses limites géographiques que la nature lui impose, comment tente-t-il de les repousser jusqu’à arriver à saturation, comment réagit-il face à ces contraintes ? Des bords de mer aux châteaux de sable, du plaisir des rivages aux ravages des guerres qui s’y déroulent, les artistes explorent la notions de confins et la plage ici, dévoile ici ses ambiguïtés.

La plage, la ville et le dernier rivage
Alain Corbin (né en 1936) dans son ouvrage Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage, 1750-18140 (1988) a mis en avant le « spectacle » du monde que représentent les vues de littoral dans la production artistique. Ce thème est en effet cher aux peintres, comme il l’est désormais aux plasticiens dont les oeuvres composent l’exposition. Seul un artiste, qu’il soit peintre, vidéaste, sculpteur, photographe ou poète sait rendre le sentiment que chaque être humain éprouve dans sa relation aux rivages, à cet espace de tous les dangers, de tous les risques. Espace de perte de soi qui, par ricochet évoque la perte de soi dans une relation d’amour fusionnel. Cette « expérience de la plénitude » évoquée par Albert Camus (1913-1960) dans Noces à Tipasa (1938) est celle de cette union de l’homme avec le monde, certes, mais aussi avec son prochain.

L’Amour, le Bikini et la bombe atomique !
Source de conflits intérieurs, de vertiges, de troubles, tant physiques qu’émotionnels, l’amour est donc semblable à une vague qui vient se briser sur les rivages des coeurs amoureux, à l’image de l’oeuvre de JR (né en 1983) montrant un couple à Cuba, dont la douceur de l’intimité contraste avec le mur en ruine sur lequel la photographie est présentée. Pour faire vivre et ressentir ce trouble, Dinard va également accueillir des oeuvres in situ sur la plage de l’Ecluse. Cette présentation exceptionnelle a pour but d’amener le spectateur à poursuivre la quête de sentiments exprimée par les artistes. Dans le choix de certaines de ces réalisations, ainsi que dans le titre même de l’exposition, la notion d’amour telle qu’elle est proposée va renvoyer à l’essentiel, à l’essence de toute chose, l’atome. Ainsi, après la confrontation de l’homme avec des paysages côtiers qui l’incitent à s’interroger sur sa nature intrinsèque, celle de l’atome prend le relais. Exit l’amour éphémère, ou à l’amour platonique place à l’amour viscéral ! D’ailleurs quelle meilleure manière que comparer l’amour avec une explosion intérieure destinée à répandre l’énergie de la vie ? Chaque corps est constitué d’une agrégation d’atomes. De ces liaisons naissent des corps. Corps qui sont alors destinés à s’unir avec d’autres. C’est le sens de la nature, le sens de la vie. Et le sens de la mort, lorsque ses atomes se désagrègent et qu’ils produisent des bombes atomiques. C’est alors que l’homme reprend le dessus, reprend les rennes du contrôle de sa vie, et crée l’impensable, en prenant le contre pied de ce qui détruit pour redonner de la vie, la montrer, la sublimer. Alors qu’en1946 une explosion atomique se produit de l’autre côté du globe, presque par un effet papillon, le bikini est inventé. Son inventeur Louis Réard (1897-1984) se plaît alors à raconter cette anecdote : le nom du bikini aurait été choisi en référence à ce fameux atoll homonyme. La bombe atomique détruit. Le bikini, lui, exalte d’autres bombes atomiques, à tel point que la rédactrice de Vogue dira à l’époque que : « le bikini est la chose la plus importante depuis l’invention de la bombe atomique ».

Entre l’énergie et l’humilité, le sentiment océanique !
L’Amour atomique sur le littoral c’est donc un fil tendu entre la fusion des êtres et leur irréversible fission. Cette exposition porte au bout du compte sur la relation des hommes avec la nature et avec les objets, des hommes entre eux et enfin de l’homme face à son destin, c’est-à-dire face à ses limites et sa fin. Une invitation à l’humilité d’une vie face à l’éternité du rivage ; un retour à l’énergie simple, celui qui permet de réinventer un art de vivre moderne et harmonieux, ce que proposent d’ailleurs souvent les artistes. C’est avec eux que l’on pourra ré-apprivoiser la joie de cette topographie bénie du littoral, allégorie de nombreuses espérances et de notre bonheur tumultueux. C’est cela L’Amour atomique, une tension tenace entre le sentiment océanique évoqué par le littoral et le désir de lui résister.


Pierre Aimar
Mercredi 10 Avril 2013
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