Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Des Clochards Célestes, avec Thierry Lefever, Théâtre Les Trois Soleils, Avignon Off

Il y a du Jack Kérouac dans cette version revue du récit, en ces temps où l’on reparle de l’écrivain américain avec grand intérêt, à propos d’un film… Il y a du Kérouac dans cet univers si immédiatement réel recréé par le comédien au sac à dos et au tabouret, Thierry Lefever (Compagnie R.A.O.U.L et R.I.T.A). Avec quatre accessoires et un récit ponctué de gestes et d’élans mimés, de quelques bruitages, voilà le spectateur emmené dans cette Amérique des années 60, sac à dos lui aussi, entre rencontre de l’autre et beuveries diverses, sexe, discussions et échanges.


Thierry Lefever © P. Aimar
Thierry Lefever © P. Aimar
La vie à la Kérouac, la vie de cette Beat generation dont il est le phare, en opposition à celle des hippies, l’auteur la rencontre quand il a quitté la route qui l’a fait connaître ; il mène cette vie qualifiée d’inutile, de petite ville en cabane isolée, cette vie qui « a ébranlé la société américaine dans ses certitudes ». Une vie de clochard céleste.
Jusqu’au jour où, à trois, ils partent plus haut réalisant l’ascension d’une montagne à plus de 3000 mètres ; comme ça, facilement, en trois jours, de chaleur à brouillard, de cailloutis en prairies d’altitude et en ravins. Etrange récit dans cette langue très simple, à la Kérouac, et qui finit pourtant par vous traîner là-haut, vous faire accomplir cette ascension à peine laborieuse et qui semble un pari, emporté par le jeu de l’acteur et la véracité des mots si simples, trop simples. L’esprit zen, la zénitude, bouddha et le bouddhisme ne sont pas loin, présents en ombre, par la zen attitude évoquée, mais sans conviction et sans force, comme le dit l’auteur : « Je ne sais pas. Je m’en fiche. Et cela ne fait pas la moindre différence.» Ce qui renvoie selon l’écrivain au principe du « non-agir » mais révèle peut-être « de l’agressivité ou une certaine auto-justification ».
L’important étant en réalité que le texte, sans doute douloureux dans ses tréfonds, mis en vie par Thierry Lefever, soit tout à coup comme un témoignage réel et vécu, une grimpée vers un espoir sans nom et sans espérance, une rencontre qui ne débouche sur les vastes paysages américains que par quelques mots, une marche vers quelque désespoir sans doute utile pour habiter la peau de ces clochards célestes.
Spectacle à découvrir.
Jacqueline Aimar

Théâtre des Trois Soleils, 16h30


Pierre Aimar
Mercredi 18 Juillet 2012
Lu 607 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 82










Inscription à la newsletter