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Delacroix et l’aube de l’orientalisme, de Decamps à Fromentin, peintures et dessins, Domaine de Chantilly présente, du 30 septembre 2012 au 7 janvier 2013

Le Domaine de Chantilly présente, du 30 septembre 2012 au 7 janvier 2013, une très importante exposition consacrée aux débuts de l’Orientalisme, qui propose d’explorer la naissance de ce mouvement majeur du XIXe siècle autour de la figure du peintre Eugène Delacroix, et de ces premiers artistes, dont Decamps et Fromentin, qui portèrent leur regard au-delà de l’Europe. Delacroix et l’aube de l’Orientalisme sera la première exposition temporaire organisée dans un nouvel espace restauré et aménagé par la Fondation pour la sauvegarde et de développement du Domaine de Chantilly : le Jeu de Paume.


L’orientalisme, un courant cher au duc d’Aumale

Le sujet choisi pour l’inauguration du jeu de paume est celui de l’orientalisme, l’un des temps forts des collections du musée Condé. Ce mouvement montre l'intérêt du XIXe siècle pour les cultures d'Afrique du Nord, turque et arabe, et de toutes les régions dominées par l'Empire ottoman, jusqu'au Caucase.
Inspiré par le Moyen-Orient, l'art orientaliste ne correspond en France à aucun style particulier et rassemble des artistes aux oeuvres et aux personnalités aussi différentes et opposées qu'Horace Vernet, Eugène Delacroix, Théodore Chassériau, Eugène Fromentin, Félix Ziem…

Le Domaine de Chantilly conserve grâce au duc d’Aumale plus d’une cinquantaine d’oeuvres orientalistes de la première moitié du XIXe siècle (dont 23 peintures et l’album de voyage de Delacroix au Maroc en 1832).
L’exposition est donc centrée sur le début du courant orientaliste, qui se développe avec le Romantisme ; c’est aussi la période du séjour du duc d’Aumale en Algérie, entre 1830 et 1848.

L’orientalisme dans les collections du musée Condé

Second musée de France pour la peinture ancienne, le musée Condé conserve de nombreuses oeuvres orientalistes, dont vingt-deux tableaux et plus d’une centaine de dessins, sans compter les ouvrages de la bibliothèque ni les nombreux objets algériens acquis par le duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe, qui combattit et vécut de 1840 à 1848 en Algérie (il en était le gouverneur général en 1848). Le musée Condé conserve un tableau majeur de cette période, Les Pestiférés de Jaffa de Gros, esquisse présentée à Bonaparte avant la réalisation de la grande toile conservée au Louvre. Delacroix est représenté à Chantilly par trois tableaux, dont deux oeuvres orientalistes, par son extraordinaire album de voyage au Maroc (1832) et par deux gravures orientalistes.

Le jeu de paume
L’exposition “Delacroix et l’aube de l’orientalisme” se tiendra dans un espace nouvellement restauré : le Jeu de Paume. Construit en 1756 à la demande du prince Louis Joseph de Bourbon Condé pour pratiquer le jeu de paume, cette salle fut transformée en salle d’exposition à l’époque du duc d’Aumale.
En 2012, le Jeu de Paume devient à nouveau un lieu d’expositions et de rencontres.

Delacroix et l’aube de l’orientalisme, de Decamps à Fromentin, peintures et dessins.

Le parcours de l’exposition s’organise de façon chronologique :

I- La découverte de l’orient : l’expédition de Bonaparte en Egypte (1798) et les premiers scientifiques.

Lors de sa campagne d’Egypte, Bonaparte est accompagné de scientifiques, ce qui débouchera notamment sur le décryptage des hiéroglyphes par Champollion. L’oeuvre phare de ce secteur est le grand tableau de Gros, Les Pestiférés de Jaffa (Chantilly, musée Condé ; première pensée pour le tableau du Louvre).
C’est l’époque de l’égyptomanie.

II- Les débuts du Romantisme (1824) ; la guerre d’indépendance grecque (1823) et l’Orient rêvé.

En 1823 la Grèce se soulève contre l’occupant turc. Cet événement politique enflamme les artistes romantiques comme Delacroix, et fait de la Grèce une nouvelle source d’inspiration non plus archéologique, mais idéologique. La Grèce constitue alors les portes de l’Orient. La plupart des artistes romantiques sont fascinés par l’Orient et rêvent de le découvrir ; Delacroix, Decamps peignent leurs premiers tableaux orientalistes sans être jamais allés au Proche-Orient ni en Afrique du Nord. “M. Auguste”, peintre et sculpteur, prête à Delacroix et à ses amis des vêtements, des broderies, des objets venus d’Orient.

III- Les premiers artistes voyageurs ;

dès 1827, les peintres vont se rendre en Grèce, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, notamment en accompagnant des missions scientifiques (Decamps, Marilhat, Dauzats) ou diplomatiques (Delacroix au Maroc) et en séjournant ensuite dans les pays visités (Marilhat signe : “l’Egyptien Marilhat”). Ils remplissent leurs carnets de croquis, réalisant leurs tableaux en France d’après leurs souvenirs et leurs notes de terrain. Delacroix s’inspirera ainsi de sa vie durant les six mois passés au Maroc en 1832 :Kaïd marocain, 1837, musée de Nantes ; Un Arabe, soldat de la Garde de l’Empereur du Maroc, 1845, Bordeaux, musée des Beaux-Arts ; La fiancée d’Abydos, musée du Louvre.
Mais l’artiste orientaliste le plus apprécié à l’époque n’est pas Delacroix. A l’Exposition Universelle de 1855, le critique Gustave Planche peut écrire : “Il y a dans l’école française trois noms qui dominent tous les autres et qui montrent les tendances diverses de notre génération dans le domaine de la peinture : Ingres, Delacroix et Decamps”.

Le duc d’Aumale, homme de son temps, possède onze peintures de Decamps, dont six peintures orientalistes (deux fois plus que de Delacroix !), et les installe à la place d’honneur dans ses galeries. Grâce à lui, Chantilly conserve les chefs-d’oeuvre de l’artiste.
Le peintre Prosper Marilhat est un peintre de paysage passionné par l’Egypte. Son succès est immense mais il meurt prématurément en 1847 à 36 ans en pleine gloire, c’est donc un artiste rare. Chantilly conserve trois de ses chefs-d’oeuvre, sans compter de très beaux dessins, le musée de Beauvais et le musée du quai Branly prêtent deux tableaux majeurs.

IV- L’orientalisme militaire : la conquête de l’Algérie (1830-1848)

En 1830 le roi Charles X prend Alger. Louis-Philippe, dernier roi des Français (1830-1848), achève la pacification et la colonisation de l’Algérie grâce à ses fils le duc d’Orléans et le duc d’Aumale. Celui-ci prend la smalah d’Abd el-Kader en 1843, reçoit la reddition de l’émir en 1847, et devient gouverneur de l’Algérie en 1847-1848. Dès 1834, Louis-Philippe envoie son peintre officiel Horace Vernet en Algérie (Scène d'Arabes dans leur camp écoutant une histoire , Chantilly, musée Condé), puis lui commande une gigantesque peinture de 21 mètres de long (c’est l e plus g rand tableau du monde !) pour les Galeries Historiques de Versailles afin de célébrer la prise de la smalah d’Abd el-Kader par le duc d’Aumale (Salon de 1845 ; une version réduite de 4,50 m de longueur à Chantilly par Alfred Decaen).


Pierre Aimar
Mardi 21 Août 2012
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