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Corrélation. Raphaël Zarka, Roman Moriceau, Vincent Mauger. Musée des Beaux-Arts, Angers. 25 octobre 2012 - 17 mars 2013

L’exposition Corrélation propose de réunir des œuvres de trois artistes à qui le musée a passé une commande. Mais qu’en est-il du rapport entre des artistes tels que Roman Moriceau, Raphaël Zarka et Vincent Mauger, comment l’un appelle logiquement l’autre ?


Vincent Mauger. Sans titre, 2012, sculpture, 3,30 x 3,30 m environ, bacs en plastiques découpés. Courtesy Bertrand Grimont
Vincent Mauger. Sans titre, 2012, sculpture, 3,30 x 3,30 m environ, bacs en plastiques découpés. Courtesy Bertrand Grimont
Il existe indéniablement un lien générationnel puisque ces trois artistes ont sensiblement le même âge, et une relation plus locale puisque deux furent étudiants à l’école des beaux-arts d’Angers et le troisième y a enseigné récemment.
Mais bien au-delà, le choix s’est porté sur leurs travaux. Une correspondance étroite nous est apparue, une réelle dépendance entre les œuvres présentées, une évidente corrélation. Cette exposition révèle des liens réciproques, des logiques de dispositifs, un tissu d’intentions, des relations implicites à un contexte. Ces œuvres que tout sépare dans l’exposition, agencées dans trois espaces distincts, appartiennent à un même puzzle, à un même squelette. Les éléments qui influencent et articulent les unes aux autres les pièces de cette exposition sont à trouver dans des postures, des savoirs spécifiques agissant sur leur création.

La production de connaissances acquises par l’expérience, l’enquête et l’étude est au cœur du travail de Raphaël Zarka. Sculpteur, photographe, vidéaste, il construit une œuvre à la fois conceptuelle et sensible autour de l’appropriation et la réinvention d’objets usuels décontextualisés. Son intérêt pour la géométrie, l’observation et l’inventaire d’un corpus de formes et d’images savants le conduisent dans sa pratique à des sculptures très élaborées et sophistiquées. A Angers, il concentre son intérêt sur Archimède, le rhombicuboctaèdre et Abraham Sharp.

Vincent Mauger, sculpteur également, s’intéresse à la connaissance et aux capacités physiques des matériaux, à leur relation à l’espace et à l’architecture dont il appréhende les limites. Il se confronte lui-même à la matière et aux volumes, use de techniques numériques de modélisation et recourt à des matériaux élémentaires : bois, brique, parpaings, polystyrène, PVC...pour créer dans l’espace des formes qui peuvent devenir expansives jusqu’à modifier leur rapport au lieu. Il crée pour l’exposition deux nouvelles formes «endless» extrêmement sophistiquées qui troublent la vision de l’espace.

Le travail de Roman Moriceau prend sa source dans l’observation et le détournement des codes, images et symboles du monde consumériste, qu’il transfigure. Son intérêt pour les objets, les constructions paradoxales et ambiguës lui permet d’interroger leur mode d’apparition et de retracer poétiquement les processus d’appropriation et de construction d’identités de nos sociétés modernes fétichistes. A la croisée du design et du graphisme, il s’attache à créer des œuvres dont le processus détermine la finalité, explorant de nouveaux médium à chaque fois.

Dans cet éclectisme apparent existe bien le squelette d’une famille de pensée, d’un espace mental partagé dans l’arbitraire de leur désignation. Le goût pour le savoir encyclopédique et scientifique sur les matériaux, le rapport de l’art aux sciences, l’intérêt porté à la peinture, l’architecture, les accessoires...pourrait être le signe d’un lien réciproque, causal entre les œuvres de ces artistes.

Dans la théorie de Cuvier sur la corrélation des formes, celle-ci permet de reconstituer l’ensemble du corps d’un animal à partir d’un seul de ses organes et inversement la modification d’un des éléments entraîne une modification correspondante sur les autres parties. Reprenant cette idée, l’exposition reconstitue à partir d’éléments distincts un corpus, un corps d’artistes qui installent des liens relatifs et réciproques et des liens de causalité, et dont le milieu serait celui de l’école des beaux-arts d’Angers.

Interrogeons-nous sur le corps d’artistes ainsi formé dans sa relation au milieu, celui de l’école des beaux-arts d’Angers, demandons-nous si ce contexte exerce ou non des modifications sur leurs modes de création ? Il est évidemment impossible d’y répondre car s’il existe des conséquences de cette corrélation, elles ne sont pas explicables comme par exemple le fait que tous les chats blancs aux yeux bleus sont sourds et que jusqu’à présent on n’en discerne pas la cause.

Pratique

Musée des Beaux-Arts d’Angers
14, rue du musée – 49100 Angers
Tél. : 00 33 (0)2 41 05 38 00
musees@ville.angers.fr
www.musees.angers.fr

Du mardi au dimanche de 10h à 18h
4 € / 3 €, gratuit moins de 26 ans
Renseignements / Réservation : 00 33 (0)2 41 05 38 38


Pierre Aimar
Vendredi 5 Octobre 2012
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