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Ballet d'Europe Jean-Charles Gil : soirées de duo, à la Friche Belle de Mai (Marseille), par Philippe Oualid

C'est une fois de plus à la Friche de la Belle de Mai que le Ballet d'Europe nous donnait rendez-vous, en ce début d'Avril, pour une soirée de duos que son directeur Jean-Charles Gil avait commandés à deux jeunes chorégraphes talentueux : Pierre Henrion et Christophe Garcia,


Daniel and Alice © Laurent Grino
Daniel and Alice © Laurent Grino
dans le dessein de rendre hommage à Joseph Lazzini, précurseur en la matière, avec son célèbre CANTADAGIO, créé en 1972 à l'Opéra de Paris, avec Claude Bessy et Georges Piletta, sur le final de la troisième symphonie de Mahler.
Daniel et Alice de Pierre Henrion, inspiré par les dialogues du film CLOSER de Mike Nichols, évoque les tensions, les contrariétés, l'agressivité au sein d'un couple de jeunes mariés. Mariyé Shimada et Erik Odriozola-Soraluce se contemplent d'abord face à face aux deux extrémités d'une sorte de marelle constituée de carreaux rouges, puis se livrent à des portés acrobatiques, dansent ou gesticulent nerveusement sur des bruits divers, des sons, des percussions désagréables, se battent, tombent ensemble, courent, rampent, errent sur le plateau avant de se séparer d'un air méditatif dans l'éclat d'un chant spirituel. Erik Odriozola est émouvant dans sa façon de se défendre contre les ruses féminines par des regards percutants et des signes diaboliques ou vampiriques réalisés des deux mains. Et Mariyé Shimada impressionne par sa volonté féroce d'écraser ou de dominer l'homme qu'elle aime.
Dans Un peu plus loin, Christophe Garcia cherche à décrire le parcours de deux jeunes hommes qui cherchent à s'appuyer fraternellement l'un sur l'autre. Inspiré par la liaison de Jean et de Jacques après le départ du Christ, il met en évidence une quête du Divin avec ses doutes, ses chutes, ses impasses. Antonino Ceresia et Ludovic Le Floch interprètent ce duo avec conviction à partir de projections communes de jambes et de bras, de caresses, d'étreintes, de portés ou de figures de Pieta, dans un écho de vent violent qui souffle sur le désert, et devant trois sacs de sable qui s'écoulent lentement.
Ils nous quittent dans une marche grave et hésitante, en se protégeant de l'avant-bras contre une lumière terrible, aveuglante, celle qui va sans doute les amener à propager l'Evangile.
Remonté par Estela Erman, danseuse formée à l'Ecole du Bolchoï, et muse du chorégraphe Joseph Lazzini, directeur du Ballet de l'Opéra de Marseille de 1959 à 1968, CANTADAGIO reste le moment magique de cette soirée : c'est une grande cantilène à deux où les partenaires s'appellent et se répondent avec d'admirables sourires, dans des poses d'attitude et d'arabesque classiques, avant que le danseur ne réalise dans les temps forts de la musique de Malher, de beaux portés athlétiques de la danseuse sur le jarret ou l'épaule. Sara Lupoli et Jean-Philippe Bayle, enlacés de temps à autre dans des figures de danse indienne, suscitent une émotion violente dans l'exaltation de ce duo d'amour.
Le public enthousiaste a fait un triomphe à ces six jeunes danseurs du Ballet d'Europe que Jean-Charles Gil a formés dans le respect d'une esthétique souveraine qui se partage toujours à Marseille avec une généreuse complicité.
Philippe Oualid

Ballet d'Europe Jean-Charles Gil : soirées de duo, à la Friche Belle de Mai (Marseille)
6, 7, 8 Avril 2011.


Pierre Aimar
Lundi 11 Avril 2011
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