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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Avignon, comme un éternel été, par Jacqueline Aimar

Il y a le In. Nous n’en dirons rien ; terrain d’essai pour les grands, en instance ou en attente d’être connus, en instance de scandale ou d’inattendu, ils n’ont pas besoin de nous ; à force de vouloir innover ou se faire remarquer, ça marche, même s’ils sont parfois ennuyeux. Mais on parle d’eux.
Nous parlerons plutôt du Off, remarquable animateur de la cité papale, celui par qui vient vie et mouvement.


Celui qui, le 28 juillet venu, laisse la ville comme vide, comme inerte, sonnée par le silence, livrée à des touristes nombreux longtemps incapables de lui rendre sa consistance de ville.

Avignon un grand théâtre à ciel ouvert

Car Avignon demeure la ville du théâtre, le petit et le laborieux, celui qui peine avec parfois un acteur ou actrice et son technicien (un couple), ou une petite troupe qui porte déjà un nom, et dans laquelle, à douze, à vingt, on monte, on joue, on se fait souvent plaisir en reprenant de grands textes, de grands auteurs parce qu’on aime jouer ; et que venir à Avignon, un mois ou dix jours, cela vaut la dépense - s’inscrire, louer un lieu, vivre et se loger- ça coûte cher, mais qu’on peut aussi y rencontrer une part de chance et vendre son spectacle.
Avignon lors du festival, ça vit et ça grouille d’une foule en tous genres, jeunes et moins jeunes, curieux et vrais habitués qui parviennent à voir en cinq jours, 30 spectacles, - nous les avons rencontrés- des fidèles qui sont organisés, des curieux aussi, des passants surpris et médusés de ce qu’ils voient et rencontrent ; une ville qui paraît sale au premier abord, (elle l’était plus il y a dix ans), sale parce que couverte d’affiches en tous genres accrochées un peu partout et mal, aux barrières et aux chéneaux, aux panneaux indicateurs et aux crochets des volets, partout, au moindre relief, à la moindre saillie qui permet une ficelle tenant un bout de carton…
Et surtout aux dragueurs de clients, qui une affichette à la main, vous présentent en moins de vingt secondes leur spectacle sous son meilleur jour, aux spectacles des rues, ces extraits que d’autres mettent en démonstration, un air d’opéra, une scène, un défilé, et aux costumes souvent beaux, gais et colorés, mais aussi fort chauds, qu’ils proposent aux regards des passants et des enfants séduits ; un carnaval en juillet quel délice !

Tout ça, le 28 juillet, c’est fini.

Restent encore des affiches qui semblent abandonnées et auxquelles on peine à croire, des accrocheurs qui portent un petit espoir encore en vous proposant leur dernière, un demi silence dans la rue des Teinturiers si vivante hier encore, et la lumière.
L’été d’Avignon tout en bleu qui pèse et densifie l’atmosphère (je n’ai jamais vu pleuvoir au Festival), et partout, dans tous les quartiers, la rencontre avec les vieilles pierres, le Palais des Papes et ses énormes tours et murailles bien sûr, mais aussi des églises et des chapelles souvent devenues théâtres comme le Chêne Noir, des cours de vieilles demeures à colonnettes et pavements anciens, cours d’écoles aussi, cours intérieures et petits patios, lieux de charme où l’on a ri, où l’on a eu des chagrins de théâtre, redevenus garages et entrepôts ou caves à vins ou fourre-tout.
Avignon avec ses 1250 spectacles est un phénomène ! Quand c’est fini, ils semblent avoir surgi de rien, fleuri en sauvages et disparu comme par enchantement.
Avignon off tient du miracle. Qu’il faut avoir vu.
Jacqueline Aimar


Pierre Aimar
Mardi 6 Août 2013
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