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Autrement Pareil, Ballet d'Europe Jean-Charles Gil, Opéra de Marseille, par Philippe Oualid

Fin Octobre, le Ballet d'Europe Jean-Charles Gil nous donnait rendez-vous à l'Opéra de Marseille pour la création Autrement Pareil et la reprise d'une très belle pièce de son répertoire : One more time, créée en Mai 2005 à La Busserine.


One more time se présente comme un ballet qui rend hommage à un ami prématurément disparu, Alfred Hofkunst, l'artiste créateur du logo tournoyant de la Compagnie. Cette pièce d'une trentaine de minutes baigne dans une atmosphère mélancolique qui évoque à la fois nos aspirations à l'infini et l'impossible maîtrise de la fuite du temps.
La musique de John Adams, d'un lyrisme désespéré, accompagne les danseurs dans l'effervescence de sauts, de pirouettes et d'envolées qui participent du souvenir des instants disparus ou d'une course inquiète contre la mort. Evoluant sur un plateau nu, devant des reproductions de toiles du peintre, dans une pénombre incertaine, les corps des danseurs, mis en valeur par des jupes multicolores pour les garçons et des maillots pour les filles, parviennent à traduire dans un style néo-classique d'une force étonnante, l'urgence des heures qui passent et le mécanisme fatal que l'on ne peut arrêter. Ainsi le Temps mesuré et compté devient le thème dominant de figures dynamiques qu'ils réalisent dans l'espace.
Multipliant les écartés et les grands relevés de jambe, les bras dressés, les index pointés comme les aiguilles d'une montre, ils disent dans la vélocité de leurs entrées et sorties, cette valse des heures sombres qui se confond avec la valse des couples épris sur des lignes parallèles qui finissent par se rejoindre au moment de la mort perçue non comme finalité mais comme coup d'arrêt dans la nuit.

Autrement Pareil
Avec ce titre oxymorique qui rapproche deux termes contradictoires, Jean-Charles Gil explore dans les mouvements et les gestes de ses danseurs les effets de lenteur et de rapidité qui les font vibrer à l'unisson des musiques de jazz de Charles Lloyd ou Duke Ellington.
Après avoir parcouru, en se hâtant lentement, le plateau de cour à jardin, les danseurs font rouler des éléments de mobiler "design" de Dominique David, des tabourets noirs, des miroirs qui les réfléchissent et derrière lesquels ils disparaissent de temps à autre, des comptoirs qui leur servent de points d'appui comme des barres, mais réalisent aussi d'agréables figures de danse dignes des chorégraphies versatiles de Jérôme Robbins ou de celles plus spontanées de Fred Astaire. On se croirait parfois dans une boîte de nuit existentialiste des années cinquante avec, au regard de certains comportements chargés de lassitude, des pas de deux très dynamiques de Shelby Williams et Francesco Tubolino, de Marié Shimada et Pierre Henrion, de Sara Lupoli et Jean-Philippe Bayle, le solo ironique en diable d'Erick Odriozola-Soraluce, les etreintes des couples qui se font et défont au gré du jazz.
Faute de pouvoir danser avec Monique Loudières, souffrante, Jean-Charles Gil, dans son duo avec Florencia Gonzalez, Trace avec moi, qui termine le ballet, part à la recherche du temps perdu avec sa fidèle danseuse étoile dans une sorte de tango délicieusement démodé. Sur les notes de Brad Mehldau et d'Herbie Hancock, et devant des vidéos vaporeuses du groupe Dunes, il exprime comme un danseur mondain nostalgique, la mélancolie de liens affectueux dans la complicité de souvenirs partagés.
Il va sans dire que devant ce spectacle, l'émotion était au rendez-vous, ce soir-là, en particulier chez les spectateurs marseillais qui gardent en mémoire les triomphes de Jean-Charles dans les différents ballets de Roland Petit créés sur cette même scène, il y a plus de trente ans.
Philippe Oualid, 28 Octobre 2010


pierre aimar
Mardi 2 Novembre 2010
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