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Andy Warhol: Ombres, du 26 février au 2 octobre 2016 au Musée Guggenheim Bilbao

Le Musée Guggenheim Bilbao présente Ombres (1977–78) d’Andy Warhol.


Andy Warhol, Ombres (Shadows, 1978-79). Dia Art Foundation © Bill Jacobson
Andy Warhol, Ombres (Shadows, 1978-79). Dia Art Foundation © Bill Jacobson
Cette monumentale œuvre d’art se compose de 102 panneaux sérigraphiés de grand format qui renvoient à des explorations d’Andy Warhol sur l’abstraction, au moyen de la caractéristique palette aux couleurs vives et gaies qui caractérise une grande partie de son œuvre. La conservatrice Lucía Agirre travaille sur la présentation à Bilbao de l’exposition Andy Warhol : Ombres organisée par la Dia Art Foundation.

À 50 ans, Andy Warhol, irrévérencieux icône de l’art pop et chroniqueur de toute une époque, s’embarqua dans la production d’une œuvre monumentale intitulée Ombres (Shadows ), qu’il réalisa avec l’aide de personnes de son entourage dans la mythique Factory. Dans cette œuvre, l’artiste matérialisa certaines des explorations sur l’abstraction qu’il avait abordées l’année précédente dans ses tableaux Oxydation (Oxidation), Rorschach et Camouflage. Contrairement à Oxydation ou à Pisse (Piss), où la toile recouverte de cuivre se tachait en réagissant à l’acidité de l’urine versée sur elle, les panneaux des Ombres sont imprimés en sérigraphie. Pour comprendre la radicalité contenue dans les Ombres de Warhol, il faut d’abord s’arrêter sur le format de l’œuvre, conçue comme un seul tableau composé de plusieurs parties, dont le nombre définitif est déterminé par les dimensions de l’espace où elle est installée. Ainsi, lors de sa première présentation publique, seules 83 toiles furent exposées. Elles furent installées à seulement 30 cm du sol, tout près les unes des autres et dans l’ordre décidé par les assistants de l’artiste, Ronnie Cutrone et Stephen Mueller.

Avant que l’image y ait été imprimée, les toiles avaient été recouvertes de peinture acrylique. Elles arborent la palette aux couleurs vives et gaies propre à Andy Warhol. Ces fonds présentent plus d’une douzaine de tons différents, ce qui n’empêche pas les Ombres de porter des couleurs très caractéristiques de l’œuvre du peintre, comme le violet translucide de Désastre lavande
(Lavender Disaster , 1963) ou le vert aigue-marine de Marilyn turquoise (Turquoise Marilyn, 1964). À la différence de ses tableaux précédents, où de fines couches de peinture acrylique appliquée au rouleau constituaient le fond sur lequel des images noires pixélisées étaient imprimées en sérigraphie, les fonds des Ombres ont été peints à l’aide d’un balai-éponge, dont les lignes et les traces confèrent une impression de gestualité au plan pictural. Sept ou huit écrans différents ont été utilisés pour créer cette œuvre, comme en témoignent les légères différences d’échelle des zones sombres ainsi que la présence de taches lumineuses aléatoires.

Tout au long des murs de la salle se succèdent en alternance le positif et le négatif des
« ombres ». Malgré leur apparence répétitive, la méthode « mécanique » d’Andy Warhol est, en fait, entièrement manuelle. Un trait important des Ombres réside dans l’impossibilité de reproduire cette soi-disant « reproduction », ce qui remet en cause l’esthétique du plagiat d’Andy Warhol et rend son projet essentiellement pictural. Cette révélation, défendue par la commissaire Donna De Salvo dans son catalogue de l’exposition rétrospective de Warhol à la Tate Gallery de 2001, est fondamentale pour comprendre cette monumentale série 39 ans après sa création. Comme le fait remarquer Donna De Salvo, « chaque stratégie visuelle appliquée à ces tableaux est identique à celle qu’il avait utilisée 17 ans auparavant. Comme pour ses premiers tableaux imprimés en sérigraphie, on a cru au départ que toutes les toiles étaient pareilles – en raison de la répétition du motif de l’ombre – mais en réalité elles ne le sont pas ». Loin d’être une réplique, chaque Ombre renvoie à une forme qui révèle son espace avec précision et détermination, en dirigeant le regard de l’observateur vers la lumière, qui est le thème central de la série. En ce concentrant sur l’ombre pour concevoir la lumière sous forme d’éclats de couleur, Andy Warhol revient sur le problème fondamental de l’art, la perception. Comme il l’a lui-même affirmé, « Quand je regarde les choses, je vois toujours l’espace qu’elles occupent. Je veux toujours que l’espace reparaisse, qu’il fasse retour, parce que c’est un espace perdu quand quelque chose est dedans ».

Andy Warhol

Andy Warhol reconnaissait ouvertement avoir un penchant pour les « choses ennuyeuses » qui au début des années soixante l’avait poussé à employer des reproductions photographiques d’images tirées de journaux, de revues et d’archives. Accordant toute son attention à des icônes « ready-made » de la culture populaire, Warhol a établi au long de sa carrière un répertoire iconographique fait de produits de consommation, de portraits de célébrités, de personnages de la vie sociale ou de délinquants, ainsi que d’instantanés d’accidents de la circulation, de chaises électriques ou d’émeutes raciales, qu’il transposait ensuite sur la toile grâce à la technique commerciale de la sérigraphie. Les affirmations contradictoires de Warhol et les volubiles déclarations d’intention qui ont jalonné son parcours sont aujourd’hui jugées purement théâtrales et inscrites dans une auto-parodie soigneusement orchestrée.

Peut-être à la stupéfaction de l’artiste lui-même, son déploiement de sujets superflus et quotidiens va devenir un puissant modèle de subversion politique pour toute une génération marquée par Hollywood et la musique pop, mais aussi par la Guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques. Si l’on regarde en arrière, on verra que l’œuvre prolifique d’Andy Warhol, qui s’est matérialisée sur une grande diversité de médiums – dessin, gravure, toiles imprimées en sérigraphie, photos polaroid et impressions en noir et blanc, sans compter des films en super 8 mm et 16 mm – n’a aujourd’hui pas d’équivalent quant à leur profusion. En dépit de sa vacuité déclarée (n’affirma-t-il pas un jour « Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà, il n’y a rien dessous ? »), le processus de travail de l’artiste et la « chaîne de montage » de sa Factory annonçaient, avec une irrévérence et une ironie sans précédents, une transgression sociale et politique entièrement délibérée.

Biographie

Andy Warhol est né à Pittsburg (Pennsylvanie) en 1928, et a grandi à McKeesport, toujours en Pennsylvanie. De 1945 à 1949, il fait des études d’art au Carnegie Institute of Technology, où il obtient une licence en design pictural. En 1949, il s’installe à New York pour y devenir illustrateur commercial, et commence à exposer dessins et peintures dans les années cinquante. En 1962, il expose son premier tableau peint à la main d’une boîte de soupe Campbell à la Ferus Gallery de Los Angeles. Il accroche aussi ses peintures imprimées en sérigraphie à la Stable Gallery de New York. Dès lors, ses travaux sont largement exposés aux États-Unis et partout dans le monde. Andy Warhol est mort le 22 février 1987.

Pratique



Pierre Aimar
Vendredi 22 Janvier 2016
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