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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)




Alphonse Allais aurait pu écrire : "Construisons les librairies à la campagne". A Banon, Alpes de Haute-Provence, c'est fait

Comme c'est devenu l'habitude chaque été, je suis à Banon, un dimanche de juillet pour, riche programme culturel, acheter quelques tommes de chèvre. La tomme de chèvre de Banon si connue, si courue, si goûteuse.


Le Bleuet, un drôle de conte provençal

Le Bleuet, une des premières librairies de France © Pierre Aimar
Le Bleuet, une des premières librairies de France © Pierre Aimar
En cette fin de juillet quasi moribond peut-on dans ce coin de Provence faire autre chose qu'acheter des tommes de chèvres ? Surtout un dimanche.
Que peut-on faire un dimanche à Banon ?
Ne pas acheter de tommes. Mais acheter un livre, pas une livre de tomme, mais n'importe quel tome d'un livre. Avec une couverture, plein de pages, avec plein de signes sur les pages.

On peut, allez, soyons fous, acheter 170 000 livres ! Hé ! fada ! c'est le soleil qui t'a tapé sur la tête ?
Ben non. A Banon, village de moins de 1 000 âmes, la librairie Le Bleuet dispose d'un fonds de 170 000 titres.
Pas moins.

Et c'est une vraie librairie sur huit niveaux et des pièces dans tous les sens (800 m2 !), avec des rayonnages de partout et dessus des livres, des livres, des livres. A l'ivresse des livres.
Des livres que l'on peut toucher, feuilleter à n'importe quelle heure du jour, le dimanche à l'heure de la messe, à l'heure du repas de midi.
Rien de plus enivrant que le feuilleté de livre un dimanche à midi...

Il ne manque que Luchini le boulimique diseur dans le décor. Du reste, mirage ou rêverie, j'ai cru le croiser du côté de La Pléiade (400 titres !)

De la papeterie-bazar de 50 m2 à la librairie de 800 m2

Le Bleuet est créé en 1990 par Joël Gatefossé, homme du nord ayant grandi auprès d'un père imprimeur. Il a quitté l'Essonne pour vivre plus au sud. Rapidement, la papeterie-bazar laisse place à une librairie de plus en plus grande qui devient un lieu incontournable pour les lecteurs dans un rayon de 100 km. C'est le succès. Le Bleuet est le sujet de nombreux magazines qui assurent encore plus la notoriété et le succès de la librairie.
La réussite est totale. Pourquoi ne pas tenter la même aventure sur internet ? C'est dans l'air du temps. Chaque mois se font jour de nouvelles réussites d'entrepreneurs par le biais de l'internet. Tout semble facile, il suffit d'une bonne idée, d'un site marchand et hop ! les millions de dollars tombent dans l'escarcelle.
Mais de l'internet à l'escarcelle il y a tout un monde virtuel plein de mirages. La réussite capitaliste de quelques rares élus sert de carotte à la fois pour justifier un système économique pervers et également donner à croire que tout un chacun peut réussir. Le capitalisme triomphe dans le monde depuis trente ans comme il n'a jamais triomphé mais 90 % de la richesse mondiale reste dans les mains de moins de 5 % de la population. Cherchez l'erreur.

Bref, Joël Gatefossé s'est lancé dans le e-commerce en parallèle de la librairie physique, a engagé des sommes importantes, et n'a pas fait partie des "élus" du miracle capitaliste. Et a du passer la main en janvier 2015.

Christine Rey, professeur de lettres, pour l'amour des livres

Christine Rey © Pierre Aimar
Christine Rey © Pierre Aimar
Christine Rey, présidente de la nouvelle société Le Bleuet, est diplômée de musicologie et d'histoire de l'art, titulaire d'un DEA de lettres. Elle est assistée par son mari ancien directeur de Fibre Excellence, usine papetière à Tarascon, et par 11 libraires.
Habituée des lieux depuis plusieurs années comme lectrice, Christine Rey s'est lancée dans la reprise du Bleuet en janvier 2015. Avec comme objectif principal de maintenir la librairie à son niveau actuel.

Pour la commune de Banon, Le Bleuet est primordial sur le plan économique : la librairie est la véritable locomotive du commerce local. Joli paradoxe car généralement la culture est la résultante d'une économie établie et dégageant des excédents. Il en est ainsi depuis Sumer où commence l'Histoire. A Banon, c'est la culture livresque qui a pour résultante l'économie. De quoi mettre en rage Vincent Bolloré, l'impétueux capitaine d'industrie, qui vient de mettre au pas les Guignols de l'info et de les ranger au rang d'accessoires soigneusement cryptés. Dame, ces objets en latex gênaient les affaires par leurs propos impertinents. Jusqu'alors les Guignols de l'info attiraient le chaland, déclenchaient la prise d'abonnements. La culture des chansonniers enrichissaient Canal. Son abandon amorcera-t-il le déclin de Canal ? Allez savoir.
Même les génies de la finance africaine peuvent se tromper.

Bref, Banon respire. La tomme de chèvre se vend bien. Le maire est content. Les lecteurs viennent de plus en plus loin. "De Nice, de Marseille, de Toulouse", précise Christine Rey. C'est fou. Pas de librairies à Toulouse ? Si, on compte une trentaine de librairies, dont plus de 20 indépendantes dans la ville rose. Ouf. Pourtant, si l'on est en quête de Graal, il faut se rendre à Banon pour trouver dans les 170 000 titres LE livre que l'on cherche.
Pierre Aimar


Pierre Aimar
Mardi 28 Juillet 2015
Lu 424 fois


Commentaires articles

1.Posté par nelly d''''alesio le 29/07/2015 14:50
Cela donne envie de s'y rendre...de cette photo, émane l'odeur des livres ! et avec un peu de chance,y rencontrer Lucchini..
Dès que je le peux,je m'y rends !

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