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A vies contraires. Une comédie de Julien Roullé-Neuville. Ciné-théâtre de Tournon (07), le 10 octobre 2014

Pour Arno, ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une bonne soirée.
Julie vient de partir. Il se retrouve seul.
Enfin seul… Pas vraiment.


A vies contraires. Une comédie de Julien Roullé-Neuville. Ciné-théâtre de Tournon (07), le 10 octobre 2014
Sophie et Daniel débarquent à l’improviste.
Enfin à l’improviste… Pas vraiment !
Ils ont un « petit service » à demander à Arno.
Enfin « petit »… Pas vraiment !!!

En résumé :
Arno peut…mais ne veut pas,
Daniel veut…mais il ne peut pas,
Sophie veut…mais Daniel ne peut pas,
Julie veut…mais Arno ne veut pas.


Une comédie de Julien Roullé-Neuville
Mise en scène Judith D’Aleazzo
Assistée de Marine Montaut

Avec
Marine Montaut ou Fabienne Galloux,
Laetitia Giorda ou Céline Petit, Alexandre Texier,
Julien Roullé-Neuville ou Vincent Varinier

Entretien avec Julien Roullé-Neuville

Quelle est l’origine de l’écriture de la pièce ?
J’avais depuis longtemps envie d’écrire une pièce. L’idée m’est venue après avoir rompu avec mon amie, elle voulait un enfant et moi, non. Dans la même période, mon meilleur ami m’annonce qu’il ne peut pas en avoir. J’ai trouvé intéressant de confronter ces deux points de vue. Je me suis rendu compte, au fur et à mesure de l’écriture, que c’était un biais intéressant pour développer une critique de ce que nous sommes, de ce qui nous anime, de la société dans laquelle nous vivons, et surtout, dans laquelle nous nous débattons. Pointer les divergences de chacun pour pouvoir mieux en rire.

Comment avez-vous construit vos personnages ?
Autant la situation de base est réelle, autant les personnages sont fictifs. J’ai mis dans chacun d’eux une part de moi. J’ai pris tout ce que je pense être des qualités et les ai poussées à leur paroxysme pour que chaque personnage passe du statut de victime à celui bourreau dans cette même situation. Le plus important était qu’aucun d’eux n’aient tort ni raison. Ils sont dans leur vérité. Ils sont animés et unis dans cette confrontation par l’amour sincère qu’ils se portent mutuellement.

L’amitié, la confiance et la complicité sont des moteurs essentiels de cette pièce.
Le cœur de cette pièce est l’amitié. Ce sentiment qui se construit sur le long terme. Cette relation fraternelle sans liens familiaux. C’est la relation que je privilégie le plus dans ma vie car les amis, contrairement aux membres de notre famille, nous les choisissons, et contrairement au sentiment amoureux, les amis ne nous « appartiennent » pas. Il n’y a qu’en amitié où la divergence d’opinion n’est pas un frein à la relation. Que sommes-nous capables de faire pour un ami que nous ne ferions pas pour nous même ? Tout ! C’est le sujet de la pièce.

Peut-on rire de tout et si oui, comment ?
Il est pour moi indispensable de rire de tout. Le meilleur moyen de parler de ce qui est grave, lourd, de ce qui nous fait mal, c’est d’en rire. « Je me presse de rire de tout avant d'être obligé d'en pleurer » (Figaro dans le Barbier de Séville de Beaumarchais). C’est ce que je choisis. Le fond de la pièce est dramatique, et la forme, légère et comique. On peut rire de tout avec bienveillance et sans méchanceté. Je cherche plus à donner un recul sur nous-mêmes, susciter une interrogation, qu’à dénoncer une situation, et donner des leçons.

Est-ce une pièce générationnelle ?
Oui… enfin c’est ce que je croyais. Ma génération est la première à vivre moins bien que celle de ses parents, qui de plus eux, ont vécu une période faste. Nous sommes les premiers aussi à pouvoir, et devoir, nous poser certaines questions, et faire des choix. En ce sens, oui c’est une pièce générationnelle. Et puis, grâce aux témoignages du public, je me rends compte qu’elle est multi-générationnelle, chacun y voit et en prend ce qu’il veut. Un monsieur d’un certain âge m’a dit, avec un grand sourire, « Ce qui est bien avec votre pièce, c’est que ceux de 20 ans voient ce qui les attend, ceux de 40 sont en plein dedans, et ceux...de mon âge se souviennent ». Il a tout résumé.

La pièce a été présentée 2 saisons au Festival d’Avignon Off. Comment expliquez-vous ce succès ?
Du travail, des bons choix, des opportunités... de la chance ! Le choix du lieu, et des personnes qui le dirigent avec qui j’ai des valeurs communes. Les opportunités qui se sont présentées à nous, celles que nous avons provoquées... et la chance d’avoir rencontré notre public. Nous avons été soutenus par les plus grands quotidiens locaux, Le Vaucluse Matin, La Provence et La Marseillaise, réputé pour soutenir un théâtre plus engagé, qui a titré de façon positive « Le boulevard du 21ème siècle ». Les articles sur les sites spécialisés nous ont également encensés. Et bien sûr, le bouche à oreille. Une des critiques qui est le plus revenue c’est « Enfin une comédie qui a du fond », un ami auteur m’a dit « Tu as écrit un truc que j’ai jamais vu, un boulevard intelligent ! ». Voilà, un peu de fond, un peu de forme, et l’envie d’en rire !
Le succès de la pièce, je le souhaitais, je l’espérais, je « l’angoissais » …mais, il m’a avant tout surpris et réjouit.

Note de mise en scène

« Lorsque Julien m’a confié la mise en scène, c’est avec enthousiasme que j’ai accepté. J’ai immédiatement eu envie de donner corps à ces quatre personnages, démunis, cocasses, dépassés qui se connaissent depuis toujours, mais qui pour autant ne savent pas ou plus s’écouter. Des amis qui comme bien souvent dans l’existence, se sont vus assigner un rôle dont ils ne parviennent plus à se défaire (le-garçon-qui-rate-tout, la-fille-rigolote, l’éternel-bon-copain, le-boute-en-train-de-service, etc…) mais à la faveur d’évènements inattendus, sont amenés à changer de repères, et finissent par se révéler sans échappatoires possibles. Avec une note supplémentaire dans le propos qui dépasse celui des habituelles comédies dramatiques générationnelles : nous sommes bien face à ces trentenaires d’un côté qui peinent à s’engager dans leur vie amoureuse, qui ont peur de l’avenir et qui du coup n’osent pas vivre leur présent, Et de l’autre, à ceux dont au contraire la vie ne se conçoit pas sans la construction d’un foyer solide. Julien arrive à les réunir et surtout, n’a pas peur de montrer, tout attachants qu’ils soient, des personnages foncièrement égoïstes, qui finissent par baisser pavillon : pour le meilleur ou pour le pire.
Cette pièce s’avère être du pain béni pour un metteur en scène. L’écriture incisive de l’auteur, son sens des ruptures et du coup de théâtre, ce ton qui n’appartient qu’à lui, les acteurs choisis permettent, en “déjouant sans cesse ce qui se joue”, de donner à voir ce que les personnages ne s’avouent pas, même et surtout, s’ils sont bavards…
En nous tendant ce miroir, il nous emmène, quelque soit notre âge, sans donner de leçon, sans juger, à questionner nos choix de vie, nos renoncements, notre façon plus ou moins consciente de nous ancrer dans l’existence. »
Judith d’Aleazzo


Pierre Aimar
Lundi 29 Septembre 2014
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