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A. Stella, artiste présenté par Documents d'artistes Rhône-Alpes


A. Stella. Planogramme 1 + découpe, 2009
A. Stella. Planogramme 1 + découpe, 2009


Percepts (extrait). Par A.Stella, 2014
De l'articulation de deux éléments, deux notions, deux processus complémentaires qui opèrent simultanément, je crée une mécanique de perception.

J'aborde, depuis une quinzaine d'années, l'espace peinture par et dans sa constitution matérielle/structurelle. Ce travail, basé sur la réalisation de l'œuvre physique, est la mise à plat de tous ses éléments constitutifs (processus d'élaboration, de matérialité, constantes, solutions, limites...). La géométrie s'impose par son caractère perceptible commun et précis.

Le processus de son élaboration et matérialité consiste à inscrire les mêmes actions sur deux toiles de dimensions identiques 160 x 120cm. À installer les deux «matrices» qui vont par la suite être recouvertes par des strates successives de matériau peinture à l'huile, jusqu'à obstruction totale de la grille adhésive. A la fin de ce processus, cette grille adhésive va être retirée pour ne faire apparaître que le matériau peinture structuré sur les deux toiles.
Deux peintures, chacune constituée par le procédé plein/vide, inversé de l'autre. Chacune contient l'objet réel et l'objet mental, le physiquement présent constitué par l'absence de l'autre. La perception de l'une implique sa complémentaire.

Le premier percept : comment à partir de l'observation et de l'analyse d'un phénomène, le percept peut émerger et par quels moyens plastiques il peut se concrétiser.

Tracer à l'intérieur d'un rectangle un élément géométrique. Sa délimitation interne/externe produit l'apparition simultanée d'un deuxième élément, inscrit dans la surface du rectangle et imbriqué à l'autre.
De l'observation de ce phénomène, je crée et définis le Géogramme : unité constituée dans un rectangle par l'imbrication de deux éléments géométriques, articulés en plein/vide.

À partir de cette articulation de deux éléments complémentaires, le géogramme se concrétise dans l'espace peinture et répond radicalement à la problématique du fond et de la forme par le plein/vide.

Ce double espace des interactions entre les deux peintures complémentaires se retrouve dans le Planogramme : structure plane, constituée de deux éléments complémentaires, incisés et articulés par le pliage/dépliage.

À partir de la même articulation, le planogramme se déploie dans la surface de papier par l'incision qui délimite les deux éléments et par le pli/dépli qui les projette dans l'espace tridimensionnel. Le papier est support et matériau, ses propriétés sont l'origine du planogramme.

La solution de chaque planogramme est préalablement traitée par un graphique. L'action mentale est étroitement liée à la production de l'action physique qui va transformer l'espace de la surface. Par incisions verticales et articulations horizontales, sans ajouts ni déductions, d'une feuille de papier je dresse cette nouvelle dimension. L'incision/articulation agit sur le recto et le verso de la surface du papier en simultané et produit la perception de deux éléments par leur projection qui les place, l'un en premier plan, l'autre en arrière-plan.

Ce qui lie les deux recherches est la problématique de la surface. Les actions portées et les procédés utilisés sont différents, pourtant en ayant la même fonction : transformer la surface en introduisant une articulation et produire une mécanique de perception.

Le planogramme, la plus petite unité, répété crée une deuxième unité, le rail, lequel répété crée la construction finale : le Planogramme tautologique. Installé au sol il conserve dans sa construction finale le même mécanisme d'articulation que le plus petit élément qui le constitue.

Après le travail des planogrammes tautologiques et une fois que les planogrammes étudiés (P1, P2, P3, P4, P5, P6, P7) sont répertoriés, j'isole une articulation et j'approfondis une recherche avec toujours le même planogramme, le P6.
La recherche spécifique, à l'intérieur du planogramme, est une longue pratique quotidienne, une expérience réflexive qui doit passer et repasser par la même articulation, la «pratiquer» et approcher le plus possible les mécanismes intérieurs qui constituent sa logique. Elle peut conduire à des résultats ou pas, à des situations d'aporie, à des limites... Dans le meilleur des cas, ces recherches peuvent rester en attente d'une observation différente, d'un élément qui n'était pas encore là qui peut provoquer un nouvel événement.

Ces événements sont la clef de l'évolution de ce travail. Passer de l'espace frontal de la peinture avec les géogrammes, en plein sol avec les planogrammes tautologiques et revenir à la verticalité du mur avec les géo-planos. Déployer l'architectonie de cette mécanique de perception dans l'espace articulé du livre. Entre les géo-planos et les «livres percepts», reliés et articulés, surgit un nouvel événement, l'«angle» !

Les deux éléments complémentaires de chaque planogramme sont insérés dans deux volets reliés, articulés. Ainsi autonomes, ils peuvent investir le sol en combinatoire de plusieurs diptyques, le mur dans leur frontalité à 360°, les angles à 90° et 270° et aussi s'agencer en continuum, du frontal mural à l'angle.

J'utilise l'espace physique du livre, son articulation, l'angle, la reliure, la double page, le recto et verso, car ces propriétés se trouvent déjà dans la mécanique du planogramme. Le fonctionnement et le déploiement dans l'espace, mur, sol, angle se reporte et se synthétise dans l'articulation du livre qui devient son espace actif.

Je veux bien penser que la formation de la mémoire, du langage, de la pensée ne peut se faire sans articulation au moins de deux rapports, processus, notions... Les articulations présence/absence, pli/dépli, sont propres à cette mécanique mentale. C'est ainsi que je considère que le planogramme n'est pas un objet mais une mécanique qui pointe ce «entre» les deux états de sa formation. C'est une structure mentale qui analyse ce passage et acquiert une matérialité par et dans la surface de papier. Son extension physique rend perceptible cette mécanique.

Quand nous sommes en contact avec mes œuvres, qu'il s'agisse de peinture ou de planogramme, ce que l'on observe est toujours une formation. Nous sommes toujours observateurs d'une formation.
Ce qui se met en premier plan est le «comment» de cette formation ; l'articulation de la pensée et le processus qui est engagé. C'est le point fondamental que l'on retrouve dans tout mon travail. Non pas uniquement isolé dans chaque élément mais dans le rapport que les œuvres entretiennent entre elles.

Le planogramme dans sa répétition forme le plano tautologique, structure posée au sol. Les assemblages géo-planos en frontalité au mur, les combinatoires par l'utilisation du diptyque articulé investissant tout l'espace. Les éléments matriciels du planogramme, composent de nouveaux ensembles et forment un nouvel espace synthétique et autonome, celui du livre.

Tous les éléments, depuis le commencement de ce travail à aujourd'hui, peuvent fonctionner ensemble, la date de leur production ne pose aucune limite.


Pierre Aimar
Mercredi 21 Janvier 2015
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