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5 et 6.10.10 : La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès au Bel Image, Valence

« Un homme tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers. Une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner… » (Bernard-Marie Koltès)


La nuit juste avant les forêts © Pascal Victor
La nuit juste avant les forêts © Pascal Victor
« Lorsque Bernard-Marie Koltès est venu me voir la toute première fois, en décembre 1979, il avait apporté avec lui deux textes : La Nuit juste avant les forêts et Combat de nègre et de chiens. Je n’ai pas compris le premier et je me suis concentré sur le second que j’ai eu envie de monter. Là non plus sans tout à fait comprendre, mais il y avait dans ce second texte des situations, des personnages, une langue, il ne se présentait pas, contrairement au premier, sous la forme intimidante d’une grande phrase unique de vingt-cinq pages qui ne me donnait aucune porte pour y entrer, pas une fenêtre, pas un soupirail pour regarder à l’intérieur.

Aujourd’hui, avec Thierry Thieû Niang et Romain Duris, nous travaillons ce texte. J’ouvre la première édition parue quelques années plus tard aux Éditions de Minuit, sur la page de garde, une dédicace de Bernard à laquelle je n’avais pas prêté attention : “À Patrice, mes premières mille et une nuits, Bernard.”

Relisant le beau livre de Brigitte Salino*, je découvre une autre phrase de Bernard, dans une lettre à Yves Ferry, le créateur du rôle : “Ce que je vois, c’est un véritable emballement dans la tête, à toute vitesse, jusqu’à ce que mort s’ensuive.”

Pour cet homme qui nous parle, la mort est au bout du chemin, sous les apparences de ces “loubards sapés” qui ont fini par lui casser la gueule ; que pour la retarder, cette mort, il lui faut raconter, raconter encore et encore à ce garçon auquel il s’adresse, ajouter une histoire après l’autre, “le retenir par tous les mots qu’il peut trouver” dit ailleurs Koltès, conte après conte, mille et une fois, dans une rhapsodie vertigineuse. “Il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, un enfant peut-être, silencieux, immobile.” Et que cet homme, là, qui parle si obsessionnellement à cet enfant à peine entrevu, parviendrait ainsi à retarder sa mort, qu’il ait enfin pu lui prendre le bras, avant que la fureur des coups reçus ne le fasse basculer de l’autre côté ; et puis, toujours, “la pluie la pluie la pluie” ? »
Patrice Chéreau


* « On peut faire des tas de choses pour la fin de mon texte, lui écrit-il avant de partir pour Prague, y compris changer en cours de répétition si le souffle de ton génie dépasse, emporte ou transfigure le mien. Ce que je vois, c’est un véritable emballement dans la tête, à toute vitesse, jusqu’à ce que mort s’ensuive. (B-M. Koltès, Lettres, op.cit., p. 284) » (Brigitte Salino in Bernard-Marie Koltès, éd. Stock)

Texte Bernard-Marie Koltès / Mise en scène Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang / Avec Romain Duris / Costumes Caroline de Vivaise / Lumière Bertrand Couderc / Production Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche / Coproduction Centre National de Création et de Diffusion Culturelles de Châteauvallon dans le cadre d’une résidence de création, Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre / Le spectacle sera présenté à l’automne 2010 dans le cadre du cycle « Le Louvre invite Patrice Chéreau » /

5 et 6 octobre 2010, 20h00, Le Bel Image
La Nuit juste avant les forêts
Bernard-Marie Koltès / Romain Duris / Patrice Chéreau / Thierry Thieû Niang
Création 2010 / Reprise exceptionnelle en jauge réduite


pierre aimar
Lundi 20 Septembre 2010
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