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31 janvier au 21 mars, exposition Jan Voss à l'Hôtel des Arts de Toulon

« Peut-être y a-t-il une sorte d’anticipation, un sentiment de déjà-vu projeté en avant quand un peintre affronte sa toile vierge ? Un instinct pareil à celui de l’aveugle qui a une idée de ce qui se trouve devant
lui et autour de lui, sans encore en connaître les détails ».


Signes de Voss, par Gilles Altieri, directeur de l’Hôtel des Arts, commissaire de l’exposition

Jan Voos, Omnivores, 2003, 220 x 400 cm, acrylique sur toile
Jan Voos, Omnivores, 2003, 220 x 400 cm, acrylique sur toile
Né en 1936 à Hambourg, Jan Voss s’est établi à Paris en 1960. Il vit donc en France depuis 50 ans. Je ne sais si cette longue imprégnation de l’art français a modelé sa façon de peindre ou si à l’inverse il a préci-sément choisi la France en pensant que sa peinture pourrait s’y épanouir mieux qu’ailleurs.
Quoi qu’il en soit son oeuvre me semble dégager un parfum étrangement matissien, et se trouve en sympathie avec celle de Claude Viallat, ce qui ne saurait surprendre tant l’artiste nîmois, il est vrai, est proche du maître du Cateau-Cambrésis. Je vois entre ces trois artistes des liens qui tiennent à la franchise et à la fraîcheur des couleurs utilisées, à l’art de l’assemblage, et au goût pour l’expérimentation ; à une légèreté profonde enfin qu’ont en commun plusieurs artistes français exposés
à l’Hôtel des Arts.
En évoquant avec témérité – en ces temps de débat autour de l’identité nationale – une certaine francité de la peinture de Voss, j’avais en réalité à l’esprit l’exposé fait par Itzhak Goldberg à l’Hôtel des Arts en
septembre 2009 à l’occasion de l’exposition consacrée à Georg Baselitz.
Il s’était attaché à montrer comment dans leur oeuvre, les artistes allemands de la génération de Baselitz se sont confrontés à l’histoire de leur pays et au nazisme, s’appuyant notamment, outre Baselitz, sur les
exemples d’Anselm Kiefer, Markus Lüpertz et Jorg Immendorf.
Le moins qu’on puisse dire est que Jan Voss, né pourtant deux ans avant Baselitz, et qui, enfant, a donc vécu toute la guerre en Allemagne, est resté totalement étranger à ce courant. S’il évoque quelques souvenirs de cette période dans son excellent ouvrage À la couleur, son oeuvre en tous cas n’en porte nulle trace.
L’oeuvre de Voss dont la durée permet aujourd’hui d’en mesurer la portée, possède une cohérence impressionnante que n’affectent ni les développements en spirale de son travail, ni la diversité des techniques et des moyens employés, ni les expérimentations auxquelles son esprit fertile ne cesse de se livrer.

Il est en effet frappant de constater dès le début des années 60 que le vocabulaire plastique de Voss est en quelque sorte déjà fixé ; un univers poétique à la Calder peuplé de petits personnages, d’« animaux amicaux » et de monstres gentils dessinés à l’aide d’un tracé enfantin et maladroit un peu à la manière des petites histoires dessinées de Copi ou des personnages de C. M. Schulz dans la bande dessinée Peanuts, mais qu’il est aussi tentant de rapprocher de Dubuffet ou d’artistes Cobra comme Pierre Alechinsky et Asger Jorn.
Évoquant cette période, Jan Voss raconte qu’il alignait des mots français sans connaître leur sens exact mais qu’il aimait pour leur sonorité, et qu’il mélangeait à des graffitis figuratifs pour constituer des faux petits épisodes.

Son travail subit une première mutation au milieu des années 65, avec l’adoption d’une touche neutre et appliquée, et la présence de saynètes énigmatiques qui ne se succèdent plus à la manière de bandes
dessinées ou des romans-photos, mais se trouvent disséminées dans l’espace de la toile, faisant d’une certaine manière penser aux peintures de Miró ou de Kandisky dans les années 30. Il a pu ainsi être considéré à cette époque comme un artiste de la Figuration Narrative.
Mais cette période de son travail qui sacrifie peut-être à l’air du temps, ne correspond sans doute pas à sa nature profonde, et très rapidement Jan Voss se libère de ce cadre qui l’aurait rapidement confiné
dans la production d’une peinture d’idées.
Il s’aventure donc en territoire inconnu en affrontant la couleur et la matière dans le style de l’Action painting américaine sans se résoudre pourtant à abandonner son petit monde peuplé de gnomes, de lapins et d’animaux bizarres auxquels s’ajoutent peu à peu des signes plus ou moins abstraits qui s’apparentent aux idéogrammes orientaux.
Le sens du tracé de Jan Voss révèle ainsi l’assimilation de l’art et de la pensée d’Extrême Orient qu’on retrouve également dans l’oeuvre de Julius Bissier – grand artiste allemand décédé en 1961 – avec lequel la peinture de Jan Voss présente de profondes affinités.

De sa démarche l’artiste dit :
« Peut-être y a-t-il une sorte d’anticipation, un sentiment de déjà-vu projeté en avant quand un peintre affronte sa toile vierge ? Un instinct pareil à celui de l’aveugle qui a une idée de ce qui se trouve devant
lui et autour de lui, sans encore en connaître les détails.
Cette chose à venir, je la vois immanquablement comme une addition de formes… que j’ordonnerai plus tard pour obtenir une surface dense et d’une répartition plus ou mois égale. Petit à petit le champ pictural
se peuplera donc de différentes figures ou de différentes formes qui entreront en relation les unes avec les autres simplement à cause de leur voisinage, ou par une fortune commune, ou encore en réponse de
l’une à l’autre ».

Pratique

L'exposition aura lieu à Toulon du 30 janvier au 21 mars 2010.
Le vernissage est prévu le vendredi 29 janvier à 18 h 30.

HÔTEL DES ARTS
236 boulevard Général Leclerc
83000 Toulon
Tél. 04 94 91 69 18 - Fax 04 94 93 54 76
www.hdatoulon.fr
Horaires : exposition ouverte tous les jours de 11 h à 18 h,
sauf les lundis et les jours fériés.
Tarif : entrée gratuite


pierre aimar
Samedi 5 Décembre 2009
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